‹ uvres de Victor HugoChapitre 166 sur 599 · LA PÉRI · texte numérisé non relu

LA PÉRI

Ma sphère est l'Orient , région éclatante Où le soleil est beau comme un roi dans sa tente !

BALLADES

Son disque s'y promène en un ciel toujours pur. Ainsi , portant l'émir d'une riche contrée ,

Aux sons de la flûte sacrée , Vogue un navire d'or sur une mer d'azur.

Tous les dons ont comblé la zone orientale!

Dans tout autre climat , par une loi fatale ,

Près des fruits savoureux croissent les fruits amers ;

Mais Dieu , qui pour l'Asie a des yeux moins austères ,

Y donne plus de fleurs aux terres, Plus d'étoiles aux cieux , plus de perles aux mers !

Mon royaume s'étend depuis ces catacombes Oui paraissent des monts et ne sont que des lombes , Jusqu'à ce mur qu'un peuple ose en vain assiéger, Oui , tel qu'une ceinture où le Calhay resjiire ,

Environnant tout un empire , Garde dans l'univers comme un monde étranger !

•l'ai de vastes cités qu'en tous lieux on admire : Labore aux champs flrtiris , Golconde , Caciicmire , La guerrière Damas , la royale Ispahan , Bagdad que ses remparts couvrent comme une armure ,

Alep dont l'immense murmure Semble au pâtre lointain le bruit d'un Océan.

Mysore est sur son trône une reine placée ; Médine aux mille tours , d'aiguilles hérissée , Avec ses flèches d'or , ses kiosques brillants , Est comme un bataillon arrêté dans les plaines,

Oui , parmi ses tontes hautaines , Élève une foret de dards étincelanis.

On dirait qu'au désert , Thèbes debout encore Allend son peuple eulier absent depuis l'aurore. Madras a deux cités dans ses larges contours. Plus loin brille Delhy, la ville sans rivales,

El sous ses portes triomphales Douze éléphants de front passent avec leurs tours !

Bel enfant ! viens errer parmi tant de merveilles, Sur ces toits pleins de fleurs, ainsi que des corbeilles, Dans le camp vagabond des Arabes ligués. Viens; nous verrons danser les jeunes bayadères,

Le soir, lorsque les dromadaires Près du puits du désert s'arrêtent fatigués.

Là , sous de verts figuiers , sous d'épais sj'comores , Luit le dôme d'étain du minaret des Maures ; La pagode de nacre au toit rose et changeant ; La tour de porcelaine aux clochettes dorées.

Et , dans les jonques azurées , Le palancjuin de pourpre aux longs rideaux d'argent.

J'écarterai pour toi les rameaux du platane Oui voile dans son bain la rêveuse sultane ; Viens , nous rassurerons contre un ingrat oubli

La vierge qui , timide , ouvrant la nuit sa porte ,

Écoute si le vent lui porte La voix qu'elle préfère au chant du bengali.

L'Orient fut jadis le paradis du monde ! — Un printemps éternel de ses roses l'inonde, Et ce vaste hémisphère est un riant jardin ! Toujours autour de nous sourit la douce joie;

Toi qui gémis, suis notre voie :

Que l'importe le Ciel quand je t'ouvre l'Éden ?

tA FÉE.

L'Occident nébuleux est ma patrie heureuse. Là , variant dans l'air sa forme vaporeuse ,

Fuit la blanche nuée et de loin bien souvent

Le mortel isolé qui , radieux ou sombre ,

Poursuit un songe ou pleure une ombre,

Assis , la contemple en rêvant !

Car il est des douceurs pour les âmes blessées Dans les brumes du lac sur nos bois balancées ; Dans nos monts où l'hiver semble à jamais s'asseoir; Dans l'éloile, pareille à l'espoir solitaire,

Oui vient , quand le jour fuit la terre ,

Mêler son orient au soir.

Nos cieux voilés plairont à ta douleur amère , Enfant que Dieu retire et qui pleures ta mère ! Viens, l'écho des vallons , les soupirs du ruisseau , El la voix des forêts au bruit des vents unie.

Te rendront la vague harmonie

Oui l'endormait dans ton berceau !

Crains des bleus horizons le cercle monotone. Les brouillards , les vapeurs , le nuage qui tonne, Tempèrent le soleil dans nos cieux parvenu ; Et l'œil voit au loin fuir leurs lignes nébuleuses ,

Comme des flottes merveilleuses

Oui viennent d'un monde inconnu !

C'est pour moi que les venls font, sur nos mers bruyantes, Tournoyer l'air et l'onde en trombes foudroyantes ; La tempête à mes chants suspend son vol fatal ; L'arc-en-ciel pour mes pieds , qu'un or fluide arcose ,

Comme un pont de nacre , se pose

Sur les cascades de cristal.

Du moresque Alhambra j'ai les frêles portiques ; J'ai la grotte enchantée aux piliers basaltiques , Où la mer de StaflFa brise un flot inégal ; El j'aide le pêcheur, roi des vagues brumeuses ,

A bàlir ses buttes fumeuses

Sur les vieux palais de Fingal.

Épouvantant les nuits d'une trompeuse aurore, Là , souvent à ma voix un rouge météore

BALLADES

Croise en voûte de feu ses gerbes dans les airs;

Et le chasseur, debout sur la roche pendante , Croit voir une comète ardente Baignant ses flammes dans les mers ?

Viens , jeune âme , avec moi , de mes sœurs obéie , Peupler de gais follets la morose abbaye ; Mes nains et mes géants te suivront à ma voix ; Viens, troublant de ton cor les monts inaccessibles,

Guider ces meutes invisibles

Qui la nuit chassent dans nos bois.

Tu verras les barons, sous leurs tours féodales, De l'humble pèlerin détachant les sandales , Et les sombres créneaux d'écussons décorés; Et la dame tout bas priant , pour un beau page ,

Quelque mystérieuse image

Peinte sur des vitraux dorés.

C'est nous qui, visitant les gothiques églises , Ouvrons leur nef sonore au murmure des brises ; Quand la lune du tremble argenté les rameaux,

Le pâtre voit dans l'air, avec des chants mystiques , Folâtrer nos chœurs fantastiques Autour du clocher des hameaux.

De quels enchantements l'Occident se décore! — Viens , le ciel est bien loin , ton aile faible encore ! Oublie en notre empire un voyage fatal. Un charme s'y révèle aux heux les plus sauvages ;

Et l'étranger dit nos rivages

Plus doux que le pays natal !

Et l'enfant hésitait , et déjà moins rebelle Écoutait des esprits l'appel fallacieux ; La terre qu'il fuyait semblait pourtant si belle ! — Soudain , il disparut à leur vue infidèle... 11 avait entrevu les cieux !

NOTES

NOTES

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