‹ uvres de Victor HugoChapitre 196 sur 599 · HERNANI , DON RUY GOMEZ , DONA SOL · texte numérisé non relu

HERNANI , DON RUY GOMEZ , DONA SOL

DON RUY GOMEZ , immobile et croisant les bras.

Voilà donc le paîmenl de l'hospitalité ! Voilà ce que céans notre hôte nous apporte !

Tous deux se détournent comme réveillés en sursaut. Bon seigneur , va-t-en voir si ta muraille est forte , Si la porte est bien close et l'archer dans sa tour j De ton château pour nous fais et refais le tour ; Cherche en ton arsenal une armure à ta taille ; Ressaie , à soixante ans , ton harnais de bataille ! Voici la loyauté dont nous patrons ta foi ! Tu fais cela pour nous , et nous , ceci pour loi. — Saints du ciel ! j'ai vécu plus de soixante années , J'ai vu bien des bandits aux mains empoisonnées , J'en ai vu qui mouraient sans croix et sans pater ; J'ai vu Sforce , j'ai vu Borgia , je vois Luther ; Mais je n'ai jamais vu perversité si haute Qui n'eût craint le tonnerre en trahissant son hôte? Ce n'est pas de mon temps ! — Si noire trahison Pétrifie un vieillard au seuil de sa maison , Et fait que le vieux maitre , en attendant qu'il tombe , A l'air d'une statue à mettre sur sa tombe ! Maures et Castillans ! — quel est cet homme-ci?

Il lève les yeux et les promène sur les portraits qui entourent la salle.

0 VOUS ! tous les Silva qui m'ccoutez ici , Pardon si devant vous , pardon si ma colère Dit l'hospitalité mauvaise conseillère ! — Oh ! je me vengerai !

Ruy Gomez de Silva , Si jamais vers le ciel noble front s'éleva , Si jamais cœur fut grand , si jamais âme haute , C'est la vôtre , seigneur ! c'est la tienne , ô mon hôte : Moi qui te parle ici , je suis coupable , et n'ai Rien à dire , sinon que je suis bien damné !

HERNANI

Oui , j'ai voulu te prendre et t'enlever ta femme Oui , j'ai voulu souiller ton lit ; oui , c'est infâme ! J'ai tlu sang : tu feras très-bien de le verser , D'essuyer ton épée , et de n'y plus penser.

DOÎfA SOI..

Seigneur, ce n'est paslui!,.. ne frappez que moi-même!...

her:s\ni.

Attendez , dona Sol ; car celte heure est suprême. Cette heure m'appartient. Je n'ai plus qu'elle. Ainsi Laissez-moi m'expliquer avec le duc ici. Duc ! crois aux derniers mots de ma bouche ■ j'en jure, Je suis coupable ; mais sois tranquille , — elle est pure.

DO^A soi.

Ah ! moi seule ai tout fait ; car je l'aime.

A ce mot Ruy Oomez se (K'-loiirnc en tre.s.saillant , et Axe «ur dona Sol un regard terrible.

no'SK SOL , à genoux.

Oui , pardon.

Je l'aime , monseigneur !

DON RUY GOMEZ

Vous l'aimez !

A Hcrnanl.

Tremble donc.

Bruit des trompettes au dehors. Au page qui entre.

Qu'est ce bruit?

LE PAGE

C'est le roi , monseigneur , en personne , Avec un gros d'archers et son héraut qui sonne.

DONA SOL

Dieu ! le roi ! Dernier coup !

LE PAGE, au duc.

Il demande pourquoi La porte est close , et veut qu'on ouvre.

DON RCY GOMEZ.

Ouvrez au roi !

Le page s'incline et sort.

DONA SOL

Il est perdu !

Don Ruy Gomez va à l'un des tableaux , cfui est son propre portrait , et le dernier à gauche. Il presse un ressort ; le portrait s'ouvre comme une porte, et laisse voir une cachette pratiquée dans le mur. Le duc se tourne vers Hernani. DON RCY GOMEZ.

Monsieur, entrez ici.

HERNANI

Ma tète Est à toi , livre-la , seigneur, je la tiens prête. Je suis ton prisonnier.

Il entre dans la cachette. Don Ruy Gomez presse le ressort , tout

se referme, et le portrait revient à sa place.

DONA SOL , au duc.

Seigneur, pitié pour lui.

LE PAGE , entrant.

Son altesse le roi ! .^

Dona Sol baisse précipitamment son voile. La porte s'ouvre à deux battants. Entre don Carlos en habit de guerre, suivi d'une

foule de gentilshomme.'» également armés , «le pcrtuisannîers , d'arquebusiers, d'arbalétriers; il avance à pas lents, la main gauche sur le pommeau de son Opée, la droite dans sa poitrine, et fixe sur le vieux duc un œil de défiance et de colère. Le duc va au devant du roi et le salue profondément. Silence , attente et terreur A l'entour. Enfin le roi , arrivé en face du duc , lève brusquement la tête.

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