SUITE
D'oi'i vient donc aujourd'hui , Mon cousin , que ta porte est si bien verrouillée? Par les saints ! je croyais ta dague pins rouillée ! El je ne savais pas qu'elle eût hâte à ce point , Quand nous te venons voir, de reluire à ton poing !
Don Ruy Gomez veut parler, le roi poursuit avec un geste Impérieux.
C'est s'y prendre un peu tard pour faire le jeune homme' Avons-nous des turbans? serait-ce qu'on me nomme Mahom on Boabdil , et non Carlos, répond ' Pour nous baisser la herse et nous lever le pont ? DON Rl'Y GOMEZ, s'inclinant.
Seigneur !
DON CARLOS, â ses gentilshommes.
Prenez les clefs ! saisissez-vous des portes !
Deux officiers sortent , plusieurs autres rangent les soldats ei triple haie dans la salle. Don Carlos se tourne vers le duc.
Ah ! vous réveillez donc les rébellions mortes ; Pardieu ! si vous prenez de ces airs avec moi , Messieurs les ducs , le roi prendra des airs de roi ! El j'irai par les monts , de mes mains aguerries , Dans leurs nids crénelés , tuer les seigneuries !
DON RTIY GOMEZ , S6 redressant.
Altesse, les Silva sont loyaux.
DON CARLOS , avec colère.
Sans détours , Réponds, duc, ou je fais raser tes onze tours ! De l'incendie éteint il reste une étincelle , Des bandits morts il reste un chef : — qui le recèle ? C'est toi ! ce Hernani , rebelle empoisonneur, Ici , dans ton château , tu le caches !
DON KLY GOMEZ.
Seigneur, C'est vrai.
Fort bien ! je veux sa tête ou bien la tienne Entends-tu , mon cousin ?
DON RVY GOMEZ , s'inclinant.
Mais qu'à cela ne tienne !
Vous serez satisfait.
Dona Sol se cache la tête dans ses mains et tombe sur un fauteuil.
DON CARLOS , radouci.
Ah ! tu t'amendes !... Va Chercher mon prisonnier.
Le duc croise les bras, baisse la tête et reste un instant rêveur. Le roi et dona Sol l'observent en silence et agitd-s d'émotions contraires ; enfin le dnc relève son front , prend la main du roi , le mène devant le plus ancien des portraits , celui qui commence la galerie à droite du spectateur.
DO?i RCY GOMEZ, montrant le vieux portrait. Écoutez ! — des Siiva C'est l'aîné, c'est l'aïenl, l'ancêtre, le grand homme ! Don Silvius , qui fut trois fois consul de Rome. Mouvement d'impatience de Carlos.
DON RUY GOMEZ, à un autre portrait.
Écoutez-moi : — voici Ruy Gomez de Sllva ,
Grand-maître de Saint-Jacqueet de Calatrava.
Son armure géante irait mal à nos tailles.
Il prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles ,
Conquit au roi Motril , Antequera , Suez,
Nijar ; et mourut pauvre. — Altesse , saluez.
Il s'incline , se découvre et passe à un autre. Le roi l'écoute avec une impatience et une colère toujours croissantes.
Près de lui Juan , son fils, cher aux âmes loyales, sa main pour un serment valait les mains royales. A un autre.
i)on Gaspar, de Mendoce et de Silva l'honneur ! foute noble maison tient à Silva , seigneur. >andoval tour à tour nous craint et nous épouse, tfanrique nous envie et Lara nous jalouse. Llencastre nous hait. Nous touchons à la fois )u pied à tous les ducs , du front à tous les rois ! - Vasquez , qui soixante ans garda la foi jurée... Geste d'impatience du roi.
'en passe , et des meilleurs ! — Cette tête sacrée,
l'est mon père , il fut grand , quoiqu'il vînt le dernier.
,es Maures de Grenade avaient fait prisonnier
.e comte Alvar Giron son ami ; mais mon père
'rit pour l'aller chercher six cents hommes de guerre ,
I fil tailler en pierre un comte Alvar Giron ,
fu'à sa suite il traîna , jurant par son patron
•e ne point reculer que le comte de pierre
fe tournât front lui-même et n'allât en arrière;
I combattit , puis vint au comte , et le sauva.
DON CARLOS, hors de lui.
Ion prisonnier !
DON RUY GOMEZ
C'était un Gomez de Silva.
oilà donc ce qu'on dit , quand dans cette demeure n voit tous ces héros...
DON CARLOS, frappant du pied.
Mon prisonnier, sur l'heure !
DOIN RUY GOMEZ
s'incline devant le roi, lui prend la main et le mène devant le dernier portrait, derrière lequel est caché Hernani. Dona Solle suit des yeux avec anxiété.
B portrait , c'est le mien. — Roi don Carlos , merci ! îr vous voulez qu'on dise en le voyant ici :
« Ce dernier, digne fils d'imo l'ace si haute , » Fut un traître , et vendit la tête de son hôte ! »
Le roi déconcerté s'éloigne avec colère, et reste un instant silencieux, les lèvres tremblantes et l'œil enflammé. DON CARLOS.
Duc , ton château me gêne , et je le mettrai bas !
DON RUY GOMEZ
Car, vous me le paîriez , altesse , n'est-ce |)as ?
Duc , j'en ferai raser les tours pourtant d'audace , Et je ferai semer du chanvre sur la place.
DON RUY GOMEZ
Mieux voir croître du chanvre oi"i ma tour s'éleva , Qu'une tache ronger le vieux nom de Silva. Aux portraits.
N'est-il pas vrai , vous tous ?
Duc , cette tête est nôtre , Et tu m'avais promis...
DON RUY GOMEZ
J'ai promis l'une ou l'autre Se découvrant.
Je donne celle-ci. Prenez-la !
Ma bonté Est à bout ! livre-moi cet homme ?
DON RUY GOMEZ
En vérité , J'ai dit.
DON CARLOS, à sa suite.
Fouillez partout ! et qu'il ne soit point d'aile, De cave, ni de tour...
DON RUY GOMEZ
Mon donjon est fidèle Comme moi. Seul il sait le secret avec moi. Nous le garderons bien tous deiux.
Je suis le roi.
DON RUY GOMEZ
A moins de démolir le château pierre à pierre, D'assassiner le maître , on n'aura rien !
Prière , Menace , tout est vain ! Livre-moi le bandit, Duc , ou , tête et château , j'abattrai tout.
DON RUY GOMEZ
J'ai dit,
Hé bien donc ! au lieu d'une, alors j'aurai deux têtes.
Au duc d'AIcala.
— Jorge , arrêtez le duc.
DONA SOL, arrache son voile, et se jette entre le roi, le duc et les gardes.
Roi 'don Carlos , vous êtes Un mauvais roi !
HERNANI
bO?» CARLOS , se détournant avec nn cri île surprise. Grand Dieu ! que vois-je? dona Sol !