I)0N RICARD
Don Oil Tellez Giron.
Castille et Notre-Dame !
Il se t èvolte donc contre son roi , l'infâme ?
DON RICARDO
On dit qu'il vous trouva chez madame Giron,
Un soir ((iie vous veniez de le faire baron.
Il veut venger l'honneur de sa tendre compagne.
C'est donc qu'il se révolte alors contre l'Espagne i' — Qui nomme-t-on encore ?
D0> RICARDO
On cite avec ceux-là Le révérend Vasqucz, évèque d'Avila.
Est-ce aussi pour venger la vertu de sa femme?
DUN RICARDO
Puis Guzman de Lara , mécontent qui réclame Le collier de votre ordre.
Ah ! Gii/man de Lara !
Si ce n'est ([u'un collier qu'il lui faut , il l'auiM.
DON RICARDO
Le duc de Lulzelbourg. Quant aux plans qu'on lui prête. .
Le duc de Lulzelbourg est trop grand delà télé.
DON RICARDO
.luan de Haro, qui veut Aslorga.
Ces Haro Ont toujours fait doubler la solde du bourreau.
DO^ RICARDJ.
C'est tout.
Ce ne sont pas toutes mes tètes. Comte , Cil 1 ne fait que sept , et je n'ai pas mon compte.
DON RICARDO
Oh ! je ne nomme pas quelques bandits , gagés Par Trêve ou par la France...
DON C.VRLOS.
Hommes sans préjugés Dont le poignard , toujours prêt à jouer son rôle , Tourne aux plus gros écus , comme l'aiguille au pôle !
DON RICARDO
Pourtant j'ai distingué deux hardis compagnons , Tous deux nouveaux venus ; un jeune , un vieux.
Leurs noms; Don Ricardo lève les épaules en signe d'ignorance. Leur âge ?
DON KICARDO.
Le plus jeune a vingt ans.
HERNANI
DOIV RICARDO.
Le vieux , soixante au moins.
C'est dommage.
L'un n'a pas encore Tàge , El l'autre ne l'a plus. Tant pis. J'en prendrai soin , Le bourreau peut compter sur mon aide au besoin ! Mais... serai-je empereur, seulement i'
DOIV RICARDO.
Le collège , A cette heure assemblé , délibère.
Que sais-je?
Ils nommeront François premier, — ou leur Saxon , Leur Frédéric-le-Sage ! — Ah ! Luther a raison , Tout va mal ! Beaux faiseurs de majestés sacrées ! N'acceptant pour raisons que les raisons dorées ! Un Saxon hérétique ! un comte Palatin Imbécile ! un primat de Trêves, libertin ! —Quant au roi de Bohême, il est pour moi. — Des princes De Hesse , plus petits encor que leurs provinces ! De jeunes idiots , des vieillards débauchés ! Des couronnes , fort bien ! mais des tètes !... Cherchez. Des nains ! que je pourrais , concile ridicule , Dans ma peau de lion , emporter comme Hercule , Et qui , démaillottés du manteau violet, Auraient la tête encor de moins que Triboulet ! — Il me manque trois voix, Ricardo ! tout me manque! Ah ! je donnerais Gand , Tolède et Salamanque , Mon ami Ricardo , trois villes à leur choix , Pour trois voix ! s'ils voulaient ! vois-tu , pour ces trois Oui, trois de mes cités de Castille ou de Flandre, [voix : Je les donnerais ! — Sauf, plus tard , à les reprendre !
Don Ricardo salue profondément le roi et met son chapeau sur sa tète.
Vous vous couvrez ?
DON RICARDO
Seigneur, vous m'avez tutoyé , Saluant de nouveau.
Me voilà grand d'Espagne.
DON CARLOS, à part.
Ah ! tu me fais pitié.
Ambitieux de rien ! Engeance intéressée ! Comme à travers la nôtre ils suivent leur pensée ! Pour un titre ils vendraient leur âme , en vérité ! Vanité! vanité ! tout n'est que vanité. Dieu seul, et l'empereur sont grands, — et le Saint-Père ! Le reste , rois et ducs ! qu'est cela ?
DON RICARDO
Moi , j'espère Qu'ils prendront votre altesse.
DON CARLOS , A part.
Altesse ! altesse ! moi !
J'ai du malheur en tout. — S'il fallait rester roi !
DON RICARDO , ii part.
Baste ! empereur ou non , me voilà grand d'Espagne.
DON CARLOS , haut.
Sitôt ([u'ils auront fait l'empereur d'Allemagne, Quel signal à la ville annoncera son nom ?
DON RICARDO
Si c'est le duc de Saxe , un seul coup de canon ;
Deux , si c'est le Français; trois , si c'est votre altesse.
El cette dona Sol ! Tout m'irrite et me blesse !
Comte , si je suis fait empereur, par hasard ,
Cours la chercher. Peut-être on voudra d'un César !
DON RICARDO , souriant.
Votre altesse est bien bonne...
DON CARLOS, l'interrompant avec hauteur.
Ah ! là-dessus, silence !
Je n'ai point dit encor ce que je veux qu'on pense.
— Quand saura-t-on le nom de l'élu ?
DON RICARDO
Mais , je crois , Duis une heure au plus tard.
Oh ! trois voix ! rien que trois Mais écrasons d'abord ce ramas qui conspire , Et nous verrons après à qui sera l'empire. Va-t'en. C'est l'heure où vont venir les conjurés. Ah!... la clef du tombeau !...
DON RICARDO , remettant une clef au roi.
Seigneur, vous songerez Au comte de Limbourg , gardien capilulaire , Qui me l'a confiée , et fait tout pour vous plaire ,
DON CARLOS, le congédiant.
Fais tout ce que j'ai dit ! tout.
DON RICARDO, s'inclinant.
J'y vais de ce pas , Altesse.
11 faut trois coups de canon , n'est-ce pas ? Don Ricardo s'incline et sort.
Don Carlos resté seul tombe dans vinc profonde rêverie. Ses bras se croisent, sa tète se fléchit sur sa poitrine , il la relève et se tourne vers le tombeau.