LES MÊMES, BRICHANTEAU
BRICHANTEAL.
Ah ! deux mots à l'oreille.
Riant.
Mais depuis qu'il est mort, il se porte à merveille !
SAVERNY, bas, — lui montrant le marquis qui passe. Regarde, Brichanteau. — Pourquoi m'as-tu forcé De lui porter ce coup que j'étais trépassé? Si nous lui disions tout? Veux-tu pas que j'essaie?...
BRICHANTEAU
Garde-t'en bien. 11 faut que sa douleur soit vraie. 11 faut qu'à tous les yenx il pleure abondamment. Son deuil est un côté de ton déguisement.
SAVERNY
Mon pauvre oncle !
BRICRANTEAC.
Il se peut bientôt qu'il te revoie.
SAVERNY
S'il n'est mort de douleur, il mourra de la joie. De tels coups sont trop forls pour un vieillard.
BRICHANTEAU
Mon cher 11 le faut.
SAVERNY
J'ai grand'peine à voir son rire amer Par moments, son silence et ses pleurs. Il me navre A baiser ce cercueil !
BRICHANTEAU
Un cercueil sans cadavre.
SAVERNY
Oui, mais il m'a bien mort et sanglant dans son cœur. C'est là qu'est le cadavre.
LAFFEMAS, revenant.
Ah ! pauvre vieux seigneur !
Comme on voit dans ses yeux le chagrin qui le mine !
BRICHANTEAU, bas à Saverny.
Quel est cet homme noir et de mauvaise mine?
SAVERNY, avec un geste d'ignorance.
Quelque ami qui se trouve au château.
BRICHANTEAU, bas.
Le corbeau Est noir de même et vient à l'odeur du tombeau. Plus que jamais, tais-toi. — C'est une face ingrate Et louche , à rendre un fou prudent comme Socrate !
Rentre le marquis de Nangis, toujours plongé dans une profoml rêverie. 11 vient à pas lents, sans parailre voir personne, s'as seoir sur un banc de gazon au-devant du théâtre.