‹ uvres de Victor HugoChapitre 275 sur 599 · MARI · texte numérisé non relu

MARI

Didier ! j'en jure ici par la bonté divine. C'était pour vous sauver, vous arracher d'ici, Pour fléchir les bourreaux, pour vous sauver !

DIDIER

Merci !

Croisant les bra.s.

Ah ! qu'on soit jusque-là sans pudeur el sans âme ; C'est véritablement une honte, madame !

11 parcourt le thOàtre à grands pas avec une explosion de cris de rage.

Où donc est le marchand d'opprobre et de mépris"

Qui se fait acheter ma tête à de tels prix ?

Où donc est le geôlier? le juge? où donc est l'homme?

One je le broie ici , que je l'écrase comme

Ceci!

Il brise le portrait entre ses mains.

— Le juge ! — Allez, Messieurs! faites des lois Et jugez ! Que m'importe , à moi , que le faux poids Qui fait toujours pencher votre balance infâme Soit la tète d'un homme ou Thonneiir d'une femme !

A Marion.

— Allez le retrouver!

MARION

Oh ! ne me traitez pas Ainsi ! de vos mépris poussée à chaque pas. Je tremble , un mol de plus, Didier, je tombe morte ! Ah ! si jamais amour fut vraie, ardente et forte , Si jamais homme fut adoré parn\i tous , Didier ! Didier ! c'est vous par m(\i !

DIDIER

Ha ! taisez-vous.

— .Faurais pu,— pour ma perte,— aussi, moi, naîtrefemmcj J'aurais |iii,— comme une autre,— élre vile, être infâme; Me donner i)our de l'or, faire au premier venu Pour y dormir une heure offre de mon sein nu... Mais s'il était venu vers moi , bonne et facile. Un honnête homme , épris d'un honneur imbécile ; Si j'avais , d'aventure , en passant rencontré Un cœur d'illusions encor tout pénétré ; — Plutôt que de ne pas dire à cet homme honnête : i. Je suis cela ! " — Plutôt que de lui faire fête ; Plutôt que de ne pas moi-même l'avertir Que mon œil chaste et pur ne faisait que mentir ; Plutôt qu'être à ce point perfide, ingrate et fausse , J'eusse aimé mieux creuser de mes ongles ma fosse !

MARION

Oh!

Que vous ririez bien si vous pouviez vous voir Comme vous fit mon cœur, cet étrange miroir ! Que vous avez bien fail de le briser, madame ! Vous étiez là, candide, et pure, et chaste !... ô femme Que t'avait fait cet homme, au cœur profond eldoux, Et qui t'a si longtemps aimée à deux genoux ?

LE GEOLIER

L'heure passe.

MARION

Ah! le temps marche, et l'instant s'envole — Didier ! je n'ai pas droit de dire une parole , Je ne suis qu'une femme à qui l'on ne doit rien , Vous m'avez réprouvée et maudite , et c'est bien , Et j'ai mérité plus que haine et que risée , Et vous êtes trop bon , et mon âme brisée Vous bénit ; mais voici l'heure où le bourreau vient ; Lui que vous oubliez, de vous il se souvient 1 Mais j'ai disposé tout. Vous pouvez fuir... — Écoule, Ne me refuse pas, — tu sais ce qu'il m'en coûte ! —

MARION DE LORME

Frappe-moi , laisse-moi dans l'opprobre où je suis, Repousse-moi du pied, marche sur mol ; — mais fuis !

DIUIEK.

Fuir ! qui fuir ? Il n'est rien que j'aie à fuir au monde Hors vous,— et je vous fuis,— et la tombe est profonde.

LE GEOMËR.

L'heure passe.

MARIOiV.

Viens ! fuis !

DIDIER

Je ne veux pas !

HABION.

Pitié!...

DIDIER

Pour qui?

MARION

Te voir saisi , grand Dieu ! te voir lié , Te voir,..— Non, d'y penser, j'en mourrai d'épouvante. —Oh ! dis, viens, viens ! veux-tu que je sois ta servante? Veux-tu me prendre , avec mes crimes expiés , Pour avoir quelque chose à fouler sous tes pieds ? Celle que tu daignas nommer aux jours d'épreuve Épouse...

DIDIER

Épouse !

On entend le canon dans léloignement.

Alors , voici qui vous fait veuve.

ÏIARION.

Didier !

LE GEOLIER

L'heure est passée !

Un roulement de tambours. — Entre le con.seiller de la Grand' Chambre, accompagné de pénitents portant des torche.s, du bourreau, et suivis de soldats et de peuple qui inondent le théâtre.

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