‹ uvres de Victor HugoChapitre 32 sur 599 · PAN · texte numérisé non relu

PAN

OAoî voo?, OAOÎ fWS', O^OÎ OfOitA/X ClEM. ALEX.

Si l'on vous dit que l'art et que la poésie , C'est un flux éternel de banale ambroisie , Que c'est le bruit , la foule , altacliés â vos p.is , Ou d'un salon doré l'oisive fantaisie , Ou la rime en fuyant par la rime saisie , Oh ! ne le croyez pas !

G poëtes sacrés , échevelés , sublimes ,

Allez , et répandez vos âmes sur les cimes ,

Sur les sommets de neige en butte aux aquilons ,

Sur les déserts pieux où l'esprit se recueille ,

Sur les bois que l'automne emporte feuille â feuille ,

Sur les lacs endormis dans l'ombre des vallons !

Partout où la nature est gracieuse et belle , Où l'herbe s'épaissit pour le troupeau qui bêle , Où le chevreau lascif mord le cytise en fleurs , Où chante un pâtre assis sous une antique arcade , Où la brise du soir fouette avec la cascade Le rocher tout en pleurs ;

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Parloul ofj va la plume et le flocon de laine j One ce soit une mer, que ce soit une plaine , Une vieille forêt aux branchages mouvanls , lies au sol désert , lacs à l'eau solitaire , Montagnes , océans , neige on sable , onde ou (erre , Flots ou sillons; partoui où vont les quatre vents ;

Partout où le couchant grandit Tombre des chênes , Partout où les coteaux croisent leurs molles chaînes , Partout où sont des champs , des moissons, des cités ; Partout où pend un fruit à la branche é|)uisée , Partout où l'oiseau boit des gouttes de rosée , Allez , voyez , chantez !

Allez dans les forêts , allez dan> les vallées. Faites-vous un concert des notes isolées ! Cherchez dans la nature, étalée ;") vos yeux , Soit ((ue l'hiver l'attriste ou que l'été l'égaie , Le mot mystérieux que chaque voix bégaie. Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !

C'est Dieu qui remplit tout. Le monde , c'est son temple, Œuvre vivante , où tout l'écoute et le contemple! Tout lui parle et le chante. 11 est seul , il est un. Dans sa création tout est joie et sourire ; L'étoile qui regarde et la Heur qui lespire , Tout est flamme ou parfum !

Enivrez -vous de tout ! enivrez-vous , poêles , Des gazons , des ruisseaux , des feuilles inquiètes , Du voyageur de nuit dont on entend la voix , De ces premières fleurs dont févriir s'étonne , Des eaux , de l'air, des i)rés, et du bruit monotone Que font les chariots (pii prissent dans les bois !

Frères de l'aigle ! aimez la montagne sauvage : Surtout ù ces moments où vient un vent d'orage , Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés , Emplit l'espace au loin de nuages et d'ombres , r.t penche sur le bord des précipices sombres Les arbres effarés !

Contemplez du matin la pureté divine , Quand la brume en flocons inonde la ravine , (Juand le soleil que cache à demi la forêt , Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée , Grandit conune ferait la coupole dorée D'un palais d'Orienl dont on approcherait !

Enivrez-vous du soir ! A celte heure où , dans l'ombre . Le paysage obscur, plein de formes sans nombre , S'efface, de chemins et de fleuves rayé ; Quand le mont, dont la tête à l'horizon s'élève , Semble un géant couché qui regarde et qui rêve , Sur son coude appuyé!

Si vous avez en vous , vivantes et pressées ,

Un monde intérieur d'images , de pensées , De sentiments , d'amour, d'ardente passion , Pour féconder ce monde , échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre âme à la création !

Car, ô poëtes saints ! l'art est le son sublime , Simple , divers , profond , mystérieux , intime , Fugitif comme l'eau qu'un rii-n fait dévier , Hedit par un écho dans toute créature , Que sous nos doigts ]iuissants exhale la nature. Cet immense clavier !

Novembre 1S3I.

(îri:nk-iuttuicmi\

Jmor (le mipecho, l'ccho de m i ainor !

Arbol , que haa hecho Que lias hecho tlel flor ■

ROMANCK.

Avant que mes chansons aimées , Si jeunes et si parfumées , Du monde eussent subi l'affront, Loin du peuple ingrat ((ui les foule.

Comme elles fleurissaient en foule , Vertes et fraîches sur mon front!

De l'arbre à présent détachées , Fleurs par l'aquilon desséchées, Vains débris qu'on traîne en rêvant , Elles errent éparpillées , De fange ou de poudre souillées , Au gré du flot, au gré du vent.

Moi , comme des feuilles flétries , Je les vois , toutes défleuries Courir sur le sol dépouillé; Et la foule qui m'environne En broyant du pied ma couronne Passe et rit de l'arbre effeuillé !

St'ploiii'jrc isas.

LES FEUILLES D'AUTOMNE

Cnuaranttcmje.

Toi , vcvln , pleure si je meurs !

ANDRÉ Chénif.r.

Amis , un dernier mol ! — et je ferme à jamais Ce livre, [» ma pensée étranger désormais. Je n'écouterai pas ce qu'en dira la foule. Car, qu'importe ù la source où son onde s'écoule ? Et que m'importe , à moi , sur l'avenir penché , Oii va ce vent d'automne au souffle desséché Qui passe, en emportant sur son aile inquiète Et les feuilles de l'arbre et les vers du poëte?

Oui , je suis jeune encore , et quoique sur mon front ,

Oîi tant de |)assions et d'œuvres germeront ,

Une ride de plus chaque jour soit tracée ,

Comme un sillon qu'y fait le soc de ma pensée ,

Dans le cours incertain du temps qui m'est donné ,

L'été n'a pas encor trente fois rayonné.

Je suis fils de ce siècle ! une erreur chaque année

S'en va de mon esprit , d'elle-même étonnée ,

Et , détrompé de tout , mon culte n'est resté

Qu'à vous , sainte patrie et sahite liberté !

Je hais l'oppression d'une baine profonde.

Aussi , lorsque j'entends , dans quelque coin du monde ,

Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,

Un peuple qu'on égorge appeler et crier;

Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,

La Grèce , notre mère , agonise évenirée ;

Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix ;

Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;

Quand Lisbonne , jadis belle et toujours en fête ,

Pond au gibet , les pieds de Miguel sur sa tête ;

Lorsqu'Albani gouverne au pays de Caton ;

Que Naples mange et dort : lorsqu'à vec son bâton ,

Sceptre honteux et lourd que la peur divinise ,

L'Autriche casse l'aile au lion de Venise ;

Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc ;

Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc;

Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique;

Quand Vienne tient Milan; quand le lion belgique ,

Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon , '

IN'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;

Quand un Cosaque affreux , que la rage transporte,

Viole Varsovie échevelée et morte ,

Et souillant son linceul , chaste et sacré lambeau ,

Se vautre sur la vierge étendue au tombeau ;

Alors , oh ! je maudis , dans leur cour , dans leur antre ,

Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre !

Je sens que le poëte est leur juge ! Je sens

Que la muse indignée , avec ses poings puissants ,

Peut , comme au pilori , les lier sur leur trône ,

Et leur faire un carcan de leur lâche couronne ,

Et renvoyer ces rois (ju'on aurait pu bénir,

Marqués au front d'un vers que lira l'avenir!

Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.

J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance.

Et les molles chansons , et le loisir serein ,

Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain !

Novembre 1831.

POÉSIES

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