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OAoî voo?, OAOÎ fWS', O^OÎ OfOitA/X ClEM. ALEX.
Si l'on vous dit que l'art et que la poésie , C'est un flux éternel de banale ambroisie , Que c'est le bruit , la foule , altacliés â vos p.is , Ou d'un salon doré l'oisive fantaisie , Ou la rime en fuyant par la rime saisie , Oh ! ne le croyez pas !
G poëtes sacrés , échevelés , sublimes ,
Allez , et répandez vos âmes sur les cimes ,
Sur les sommets de neige en butte aux aquilons ,
Sur les déserts pieux où l'esprit se recueille ,
Sur les bois que l'automne emporte feuille â feuille ,
Sur les lacs endormis dans l'ombre des vallons !
Partout où la nature est gracieuse et belle , Où l'herbe s'épaissit pour le troupeau qui bêle , Où le chevreau lascif mord le cytise en fleurs , Où chante un pâtre assis sous une antique arcade , Où la brise du soir fouette avec la cascade Le rocher tout en pleurs ;
LES FEUILLES D'AUTOMNE
Parloul ofj va la plume et le flocon de laine j One ce soit une mer, que ce soit une plaine , Une vieille forêt aux branchages mouvanls , lies au sol désert , lacs à l'eau solitaire , Montagnes , océans , neige on sable , onde ou (erre , Flots ou sillons; partoui où vont les quatre vents ;
Partout où le couchant grandit Tombre des chênes , Partout où les coteaux croisent leurs molles chaînes , Partout où sont des champs , des moissons, des cités ; Partout où pend un fruit à la branche é|)uisée , Partout où l'oiseau boit des gouttes de rosée , Allez , voyez , chantez !
Allez dans les forêts , allez dan> les vallées. Faites-vous un concert des notes isolées ! Cherchez dans la nature, étalée ;") vos yeux , Soit ((ue l'hiver l'attriste ou que l'été l'égaie , Le mot mystérieux que chaque voix bégaie. Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux !
C'est Dieu qui remplit tout. Le monde , c'est son temple, Œuvre vivante , où tout l'écoute et le contemple! Tout lui parle et le chante. 11 est seul , il est un. Dans sa création tout est joie et sourire ; L'étoile qui regarde et la Heur qui lespire , Tout est flamme ou parfum !
Enivrez -vous de tout ! enivrez-vous , poêles , Des gazons , des ruisseaux , des feuilles inquiètes , Du voyageur de nuit dont on entend la voix , De ces premières fleurs dont févriir s'étonne , Des eaux , de l'air, des i)rés, et du bruit monotone Que font les chariots (pii prissent dans les bois !
Frères de l'aigle ! aimez la montagne sauvage : Surtout ù ces moments où vient un vent d'orage , Un vent sonore et lourd qui grossit par degrés , Emplit l'espace au loin de nuages et d'ombres , r.t penche sur le bord des précipices sombres Les arbres effarés !
Contemplez du matin la pureté divine , Quand la brume en flocons inonde la ravine , (Juand le soleil que cache à demi la forêt , Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée , Grandit conune ferait la coupole dorée D'un palais d'Orienl dont on approcherait !
Enivrez-vous du soir ! A celte heure où , dans l'ombre . Le paysage obscur, plein de formes sans nombre , S'efface, de chemins et de fleuves rayé ; Quand le mont, dont la tête à l'horizon s'élève , Semble un géant couché qui regarde et qui rêve , Sur son coude appuyé!
Si vous avez en vous , vivantes et pressées ,
Un monde intérieur d'images , de pensées , De sentiments , d'amour, d'ardente passion , Pour féconder ce monde , échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre âme à la création !
Car, ô poëtes saints ! l'art est le son sublime , Simple , divers , profond , mystérieux , intime , Fugitif comme l'eau qu'un rii-n fait dévier , Hedit par un écho dans toute créature , Que sous nos doigts ]iuissants exhale la nature. Cet immense clavier !
Novembre 1S3I.
(îri:nk-iuttuicmi\
Jmor (le mipecho, l'ccho de m i ainor !
Arbol , que haa hecho Que lias hecho tlel flor ■
ROMANCK.
Avant que mes chansons aimées , Si jeunes et si parfumées , Du monde eussent subi l'affront, Loin du peuple ingrat ((ui les foule.
Comme elles fleurissaient en foule , Vertes et fraîches sur mon front!
De l'arbre à présent détachées , Fleurs par l'aquilon desséchées, Vains débris qu'on traîne en rêvant , Elles errent éparpillées , De fange ou de poudre souillées , Au gré du flot, au gré du vent.
Moi , comme des feuilles flétries , Je les vois , toutes défleuries Courir sur le sol dépouillé; Et la foule qui m'environne En broyant du pied ma couronne Passe et rit de l'arbre effeuillé !
St'ploiii'jrc isas.
LES FEUILLES D'AUTOMNE
Cnuaranttcmje.
Toi , vcvln , pleure si je meurs !
ANDRÉ Chénif.r.
Amis , un dernier mol ! — et je ferme à jamais Ce livre, [» ma pensée étranger désormais. Je n'écouterai pas ce qu'en dira la foule. Car, qu'importe ù la source où son onde s'écoule ? Et que m'importe , à moi , sur l'avenir penché , Oii va ce vent d'automne au souffle desséché Qui passe, en emportant sur son aile inquiète Et les feuilles de l'arbre et les vers du poëte?
Oui , je suis jeune encore , et quoique sur mon front ,
Oîi tant de |)assions et d'œuvres germeront ,
Une ride de plus chaque jour soit tracée ,
Comme un sillon qu'y fait le soc de ma pensée ,
Dans le cours incertain du temps qui m'est donné ,
L'été n'a pas encor trente fois rayonné.
Je suis fils de ce siècle ! une erreur chaque année
S'en va de mon esprit , d'elle-même étonnée ,
Et , détrompé de tout , mon culte n'est resté
Qu'à vous , sainte patrie et sahite liberté !
Je hais l'oppression d'une baine profonde.
Aussi , lorsque j'entends , dans quelque coin du monde ,
Sous un ciel inclément, sous un roi meurtrier,
Un peuple qu'on égorge appeler et crier;
Quand, par les rois chrétiens aux bourreaux turcs livrée,
La Grèce , notre mère , agonise évenirée ;
Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix ;
Quand Teutonie aux fers se débat sous dix rois ;
Quand Lisbonne , jadis belle et toujours en fête ,
Pond au gibet , les pieds de Miguel sur sa tête ;
Lorsqu'Albani gouverne au pays de Caton ;
Que Naples mange et dort : lorsqu'à vec son bâton ,
Sceptre honteux et lourd que la peur divinise ,
L'Autriche casse l'aile au lion de Venise ;
Quand Modène étranglé râle sous l'archiduc ;
Quand Dresde lutte et pleure au lit d'un roi caduc;
Quand Madrid se rendort d'un sommeil léthargique;
Quand Vienne tient Milan; quand le lion belgique ,
Courbé comme le bœuf qui creuse un vil sillon , '
IN'a plus même de dents pour mordre son bâillon ;
Quand un Cosaque affreux , que la rage transporte,
Viole Varsovie échevelée et morte ,
Et souillant son linceul , chaste et sacré lambeau ,
Se vautre sur la vierge étendue au tombeau ;
Alors , oh ! je maudis , dans leur cour , dans leur antre ,
Ces rois dont les chevaux ont du sang jusqu'au ventre !
Je sens que le poëte est leur juge ! Je sens
Que la muse indignée , avec ses poings puissants ,
Peut , comme au pilori , les lier sur leur trône ,
Et leur faire un carcan de leur lâche couronne ,
Et renvoyer ces rois (ju'on aurait pu bénir,
Marqués au front d'un vers que lira l'avenir!
Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.
J'oublie alors l'amour, la famille, l'enfance.
Et les molles chansons , et le loisir serein ,
Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain !
Novembre 1831.
POÉSIES