‹ uvres de Victor HugoChapitre 321 sur 599 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les mêmes , MAFFIO ORSINI , JEPPO LIVERETTO , ASCANIO PETRUCCI , OLOFERNO VITELLOZZO , DON APOSTOLO GAZELLA. — Seigneurs , Dames , Pages portant des flambeaux.

MAFFIO, un flambeau à la main.

Gennaro ! veux-tu savoir quelle est la femme à qui tu parles d'amour?

DONA LUCREZIA, .^ part, sous son masque.

Juste ciel !

LUCRÈCE BORGIA

GEflNARO.

Vous êtes tous mes amis , mais je jure Dieu que celui qui toucliera au masque de celte femme sera un enfant hardi. Le masque d'une femme est sacré comme la face d'un homme.

MAFFIO

Il faut d'ahord que la femme soit une femme, Gennaro! Mais nous ne voulons point insulter celle-là; nous voulons seulement lui dire nos noms.

Faisant un pas vers dona Liicrczia.

— Madame , Je suis Maffio Orsini, frère du duc de Graviiia , que vos sbires ont étranglé la nuit pendant qu'il dormait.

JEPPO.

Madame , je suis Jeppo Liveretlo, neveu de Liverelto Vitelli , que vous avez fait poignarder dans les caves du Vatican.

ASCA^rro.

Madame , je suis Ascanio Petrucci , cousin de Pandolfo Petrucci, seigneur de Sienne, que vous avez assassiné pour lui voler plus aisément sa ville.

OLOFER>0.

Madame, je m'appelle Oloferno Vitellozo, neveu d'Iago d'Appiani , que vous avez empoisonné dans une fêle , après lui avoir traîtreusement dérobé sa bonne citadelle seigneuriale de Piombino.

DO?î APOSTOI.O.

Madame , vous avez mis à mort sur l'échafaud don Francisco Gazella , oncle maternel de don Alphonse d'Aragon, votre troisième mari, que vous avez fait tuer à coups de hallebarde sur le palier de l'escalier de Saint- Pierre. Je suis don Apostolo Gazella , cousin de l'un et fils de l'autre.

DOifA LtCREZIA.

0 Dieu !

GEIVNARO.

Quelle est celte femme ?

MAFFIO

Et maintenant que nous vous avons dit nos noms , madame , voulez-vous que nous vous disions le vôtre ?

DONA LUCREZIA

Non ! non ! ayez pitié, messeigneurs ! Pas devant lui !

MAFFIO, la démasquant.

Otez votre masque , madame , qu'on voie si vous pouvez encore rougir.

DON APOSTOLO

Gennaro , cette femme à qui tu parlais d'amour est empoisonneuse et adultère.

JEPPO.

Inceste à tous les degrés. Inceste avec ses deux frères, qui se sont enlretués pour l'amour d'elle !

Grâce !

ASCANIO

Inceste avec son père , qui est pape î

Pitié !

DONA LUCREZIA

OLOFERNO.

Inceste avec ses enfants, si elle en avait j mais le ciel en refuse aux monstres !

DONA LUCREZIA

Assez ! assez !

MAFFIO

Veux-tu savoir son nom , Gennaro.

D0.>A LtCREZIA.

Grâce ! grâce ! messeigcurs !

MAFFIO

Gennaro , veux-tu savoir son nom?

DONA LICREZIA.

EUe se trainc aux genoux de Gennaro.

N'écoule pas , mon Gennaro !

MAFFIO, étendant le brat.

C'est Lucrèce Borgia !

GENNARO , la repoustant.

Oh!

TOUS

Lucrèce Borgia !

Elle tombe évanouie aux pieds de Gennaro.

jEîcuxième partie.

Une place de Ferrare. A droite , un palais avec un balcon gar» de Jalousies, et une porle basse. Sous le balcon , un gran( écusson de pierre chargé d'armoiries avec ce mot en grosse lettres saillantes de cuivre doré au-dessous : BORGIA. A gau cbe , luie petite maison avec porte 6ur la place. Au fond de maisons et des clochers.

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