‹ uvres de Victor HugoChapitre 323 sur 599 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GUBETTA, seul.

Qu'est-ce que c'est que ce Gennaro? et que diable en veut-elle faire ? Je ne sais pas tous les secrets de la dame , il s'en faut ; mais celui-ci pique ma curiosité. Ma foi , elle n'a pas eu de confiance en moi cette fois , il ne faut pas qu'elle s'imagine que je vais la sernr dans cette occasion j elle se tirera de l'intrigue avec le Gennaro comme elle pourra. Mais quelle étrange manière d'aimer un homme quand on est fille de Roderigo Borgia et de la Vanozza , quand on est une femme qui a dans ses veines du sang de courtisane et du sang de pape î Madame Lucrèce devient platonique. Je ne m'étonnerai plus de rien maintenant , quand même on viendrait me dire que le pape Alexandre Six croit en Dieu ! — {Il regarde dans la rue voisine.) Allons, voici nos jeunes fous du carnaval de Venise. Ils ont eu une

LUCRÈCE BORGIA

belle idée de quitter une terre neutre et libre pour venir à Ferrare, après avoir mortellement offensé la ducbesse de Ferrare ' A leur place, je me serais , certes , abstenu de faire partie de la cavalcade des ambassadeurs vénitiens. Mais les jeunes [çens sont ainsi faits. La gueule du loup est de toutes les choses sublunaires celle où ils se précipitent le plus volontiers.

Entrent les jeunes seigneurs sans voir d'abord Gubetta,qiii^ s'est placé en observation sous Pun des piliers qui soutiennent le balcon. Us causent à voix basse et d'un air d'inquiétude.

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