‹ uvres de Victor HugoChapitre 350 sur 599 · I.nOMME · texte numérisé non relu

I.nOMME

Dans ma poche.

FABIAiNI.

Je ne te crois pas. Bien en règle? il n'y manque rien?

LHOJIME.

II n'y manque rien.

FABIANI

Alors , il me les faut !

LHOMME

Doucement.

FABIAM.

Juif, donne-moi ces papiers.

L'HOMME

Fort bien. — Juif! misérable mendiant qui passes dans la rue , donne-moi la ville de Shrewsbury , donnemoi la ville de Wexford , donne-moi la comté de Waterford. — La charité , s'il vous plaît !

FABIANI

Ces papiers sont tout pour moi , et ne sont rien pour toi.

L'HOMME

Simon Renard et lord Chandos me les payeraient bien cher.

FABIAM.

Simond Renard et lord Chandos sont les deux chiens entre lesquels je te ferai pendre.

L'HOMME

Vous n'avez rien autre chose à me proposer ? Adieu.

FABIAM.

Ici , juif ! — Que veux-tu que je te donne pour ces papiers?

L'HOMME

Quelque chose que vous avez sur vous.

FABIANI

Ma bourse ?

L'HOMME

Fi donc ! voulez-vous la mienne ?

FABIANI

Quoi , alors ?

LHOMME

Il y a un parchemin qui ne vous quitte jamais. C'est un blanc-seing que vous a donné la reine , et où elle jure sur sa couronne catholique d'accorder à celui qui le lui présentera, la grâce , quelle qu'elle soit, qu'il lui demandera. Donnez moi ce blanc-seing, vous aurez les titres de Jane Talbot. Papier pour papier.

FABIANI

Que veux-tu faire de ce blanc-seing?

L'HOMME

Voyons. Jeu sur table, mylord. Je vous ai dit vos affaires , je vais vous dire les miennes. Je suis un des principaux argentiers juifs de la rue Kanter-Steen, à Bruxelles. Je prête mon argent. C'est mon métier. Je prête dix et l'on me rend quinze. Je prête à tout le monde, je prêterais au diable , je prêterais au pape. Il y a deux mois , un de mes débiteurs est mort sans m'avoir payé. C'était un ancien serviteur exilé de la famille Talbot. Le pauvre homme n'avait laissé que quelques guenilles. Je les fis saisir. Dans ces guenilles je trouvai une boîte et dans celte boîte des papiers. Les papiers de Jane Talbot, mylord , avec toute son histoire contée en détail et appuyée de preuves pour des temps meilleurs. La reine d'Angleterre venait précisément de vous donner les biens de Jane Talbot. Or , j'avais justement besoin delà reine d'Angleterre pour un prêt de dix mille marcs d'or. Je compris qu'il y avait une affaire à faire avec vous. Je vins en Angleterre sous ce déguisement , j'épiai vos démarches moi-même , j'épiai Jane Talbot moi-même, je fais tout moi-même. De cette façon j'appris tout , et me voici. Vous aurez les papiers de Jane Talbot si vous me donnez le blanc-seing de la reine. J'écrirai dessus que la reine me donne dix mille marcs d'or. On me doit quelque chose ici au bureau de l'excise, mais je ne chicanerai pas. Dix mille marcs d'or , rien de plus. Je ne vous demande pas la somme à vous , parce qu'il n'y a qu'une tête couronnée qui puisse la payer. Voilà parler nettement, j'espère. Voyez-vous, mylord, deux hommes aussi adroits que vous et moi n'ont rien à gagner à se tromper l'un l'autre. Si la franchise était bannie de la terre , c'est dans le tête-à-tête de deux fripons qu'elle devrait se retrouver.

FABIANI

Impossible. Je ne puis te donner ce blanc-seing. Dix raille marcs d'or ! Que dirait la reine ? Et puis , demain je puis être disgracié ; ce blanc-seing , c'est ma sauvegarde j ce blanc-seing , c'est ma tête.

L'HOMME

Qu'est-ce que cela me fait ?

FABIANI

Demande-moi autre chose.

L'HOMME

Je veux cela.

FABIANI

Juif, donne-moi les papiers de Jane Talbot.

L'HOMME

Mylord , donnez-moi le blanc-seing de la reine.

FABIAM.

Allons , juif maudit! il faut te céder.

11 tire un papier de sa poche.

L'HOMME

Montrez-moi le blanc-seing de la reine.

MARTE TUDOR

FABIANI

Montre-moi les papiers de Talbol.

i;noMME.

Après.

Ils s'approchent de la lanterne. Fabiani , placO derrière le juif, de la main gauche lui lient le papier sous les yeux. I/honime l'examine.

L'HOMME, lisant.

« INoiis . Marie , reine... «—C'est bien.— Vous voyez «[lie je .sni.s comme vous , niylord. J'ai tout calculé. J'ai fout prévu.

FABIANI

Il lire son poignard de la main droite et le lui enfonce dans la fioryc.

Excepté ceci.

niOMME.

Oh ! traître!.

A moi!

Il tombe. —En tombant, il jette dans l'ombre, derrière lui, sans que Fabiani .s'en aperroivc , un paquet cachclC-.

FABIAM , se penchant sur le corps.

Je le crois mort , ma foi ! — Vite , ces papiers !

Il fouille le juif.

— Mais (|iioi' il n'a rien! rion sur lui ! pas un papier, le vieux mécréant ! Il mentait ! il me lrom|)ai( ! il me volait ! Voyez-vous cela , damné juif! Oli ! il n'a rien , o'est fini ' Je l'ai tué pour rien ! ils sont tous ainsi , ces juifs. Le mensonge et le vol , c'est tout le juif !— Allons, débarrassons-nous du cadavre, je ne puis le laisser devant celle porte.

Allant au fond du théâtre.

~ Voyons si le batelier est encore là . (lu'il m'aide fi le jeter dans la Tamise.

Il ilesccnd et disparaît derrière le parapet. GILBERT, entrant parle cùtéopposO.

Il me semble (|ue j'ai entendu un cri. Il aperçoit le corps Otendu à terre sons la lanterne.

— Quelqu'un d'assassiné !— Le mendiant!

L'HOMME , se soulevant à demi.

Ah !... — vous venez trop tard , Gilbert.

Il désigne du doigt l'endroit oii il a jeté le paquet.

— Prenez ceci, ce sont des papiers qui prouvent que

Jane , votre fiancée , est la fille et l'héritière du dernier

lord Talbot. Mon assassin est lord Clanbrassil , le favori

de la reine. — Ah ! j'étouffe. — Gilbert ! venge-moi et

venge-toi !... —

Il meurt.

GILBERT

Mort! —Que je me venge? que veut-il dire? Jane, fille de lord Talbot ! lord Clanbrassil ! le favori de la reine ! oh ! je m'y perds !

Secouant le cadavre.

— Parle, encore un mot ! — 11 est bien mort.

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