‹ uvres de Victor HugoChapitre 351 sur 599 · GILBERT , FABIANI · texte numérisé non relu

GILBERT , FABIANI

FAIilANI , revenant.

Qui va là ?

GILBERT'

On vient d'assassiner un homme.

FABIANI

Non , un juif.

GILBERT

Qui a tué cet homme ?

fabia:vi.

Pardieu ! vous ou moi.

GILBERT

Monsieur !...

FABIASI.

Pas de témoins. Un cadavre à terre. Deux hommes côté. Lequel est l'assassin ? rien ne prouve que ce so l'un plutôt que l'autre , moi plutôt que vous.

GILBERT

Misérable ! l'assassin , c'est vous.

FABIASI.

Eh bien oui , au fait ! c'est moi. — Après ?

GILBERT

Je vais appeler les constables.

FABIANI

Vous allez m'aider à jeter le corps à l'eau.

GILBERT

Je vous ferai arrêter et punir.

FABIANI

Vous m'aiderez à jeter le corps à l'eau.

GILBERT

Vous êtes impudent !

FABIANI

Croyez-moi , effaçons toute trace de ceci , vous y èt( plus intéressé que moi.

GILBERT

Voilà qui est fort !

Un de nous deux a fait le coup. Moi , je suis un grau seigneur, un noble lord. Vous, vous êtes un passant un manant , un homme du peuple. Un gentilhomme qi tue un juif paye quatre sous d'amende. Un homme d peuple qui en tue un autre est pendu.

GILBERT

Vous oseriez?...

FABIANI

Si vous me dénoncez , je vous dénonce. On me croir plutôt que vous. En tout cas , les chances sont inégale; Quatre sous d'amende pour moi , la potence pour voui

MARIE TUDOR

GILBERT

Pas de témoins ! pas de preuves! Oh ! ma tête s'égare. Le misérable me tient , il a raison.

FABIANI

Vous aiderai-je à jeter le cadavre à l'eau?

GILBERT

Vous êtes le démon !

FABIANI

iilbert prend le corps par la tête, Fabiani par les pieds; ils le

portent jusqu'au parapet.

Oui. — Ma foi , mon cher , je ne sais plus -tu juste equel de nous deux a tué cet homme.

Ils descendent derrière le parapet.

FABIANI, reparaissant.

Voilà qui est fait. — Bonne nuit , mon camarade ,

liiez à vos affaires.

lise dirige vers la maison et se retourne, voyant que Gilbert le suit.

— Hé bien! que voulez-vous? quelque argent pour rolre peine ? en conscience , je ne vous dois rien , mais , [enez.

Il donne sa bourse à Gilbert, dont le premier mouvement est un geste de refus, et qui accepte ensuite de Pair d'un homme qui se ravise.

—Maintenant, allez-vous-en. Hé bien ! qu'attendez-vous încore ?

GILBERT

Rien.

FABIANI

Ma foi , restez là si bon vous semble. A vous la belle itoile , à moi la belle lîlle. Dieu vous garde.

1 se dirige vers la porte de la maison et parait se disposer à l'ouvrir.

GILBERT

Où allez-vous ainsi ?

FABIANI

Pardieu ! chez moi.

GILBERT

Comment , chez vous ?

Oui.

GILBERT

Quel est celui de nous deux qui rêve ? vous me disiez lout à l'heure que l'assassin du juif c'était moi , vous nne dites à présent que cette maison-ci est la vôtre.

FABIANI

Ou celle de ma maîtresse , ce qui revient au même.

GILBERT

Répétez-moi ce que vous venez de dire.

FABIANI

Je dis, l'ami, puisque vous voulez le savoir, que cette maison est celle d'une belle fille nommée Jane , qui est ma maîtresse.

GILBERT

Et moi , je dis , mylord , que tu mens ! je dis que tu es un faussaire et un assassin , je dis que ta mère a été

souffletée en place publique par le bourreau , et que je prendrai ta tête entre mes deux mains , vois-tu , et que je te couperai ta langue avec tes dents !

FABIANI

Là , là. Quel est ce diable d'homme?

GILBERT

Je suis Gilbert le ciseleur. Jane est ma fiancée.

Et moi , je suis le chevalier Amyas Pawlett. Jane est ma maîtresse.

GILBERT

Tu mens, te dis-je , tu es lord Clanbrassil , le favori de la reine. Imbécile qui croit que je ne sais pas cela !

FABIANI, à part.

Tout le monde me connaît donc cette nuit ! — Encore un homme dangereux , et dont il faudra se défaire !

GILBERT

Dis-moi sur-le-champ que tu as menti comme un lâche , et que Jane n'est pas ta maîtresse.

FABIANI

Connais-tu son écriture?

Il tire un billet de sa poche.

— Lis ceci.

A part, pendant que Gilbert déploie convulsivement le papier.

— Il importe qu'il rentre chez lui et qu'il cherche querelle à Jane, cela donnera à mes gens le temps d'arriver.

GILBERT, lisant.

« Je serai seule cette nuit , vous pouvez venir. » — Malédiction ! mylord , tu as déshonoré ma fiancée , tu es un infâme ! rends-moi raison !

FABIANI , mettant l'épée à la /nain.

Je veux bien. Où est ton épée !

GILBERT

0 rage ! être du peuple ! n'avoir rien sur soi , ni épée , ni poignard ! Va , je l'attendrai la nuit au coin d'une rue , et je t'enfoncerai mes ongles dans le cou, et je t'assassinerai , misérable !

FABIANI

Là , là , vous êtes violent , mon camarade.

GILBERT

Oh ! mylord ! je me vengerai de toi !

FABIANI

Toi ! te venger de moi ! toi si bas , moi si haut ! tu es fou ! je t'en défie.

Tu m'en défies ?

Oui.

Tu verras !

GILBERT

GILBERT

FABIANI, à part.

Il ne faut pas que le soleil de demain se lève pour cet homme.

Haut.

— L'ami , crois-moi , rentre chez toi. Je suis fâché que

(u aies dc'coiiverl cehi ; mais je le laisse la J)elle. Mon iiilf'iilioii d'ailleurs n'était pas de pousser l'amourette |)lus loin. Rentre chez toi.

Il jette «ne clef aux pieds tic Gilbert. — Si tu n'as pas de clef, en voici une. Ou , si tu l'aimes mieux , tu n'as qu'à frapper quatre coups contre ce volet , Jane croira que c'est moi , et elle t'ouvrira. Bonsoir.

Il sort.

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