‹ uvres de Victor HugoChapitre 433 sur 599 · LORD 0R3I0>D · texte numérisé non relu

LORD 0R3I0>D

Reviens sous le drapeau royal.

lORD BROGHILL.

lélas ! je fus aussi sujet digne et loyal,

)rmond ; pour notre Roi , dans les guerres civiles,

'ai pris des châteaux-forts, j'ai défendu des villes,

It je suis devenu , par un destin cruel,

)e soldat des Stuart, courtisan de Cromwell !

.aisse à son triste sort un malheureux transfuge,

;her Ormond ; à ton tour, écoute, et sois mon juge.

- C'était durant la guerre avec le Parlement, 'étais venu dans Londre armer un régiment ; !t caché comme toi, ma tête était proscrite, ïn jour, — d'un inconnu je reçois la visite j

'était Cromwell : — ma vie était en son pouvoir ; l me sauva ! Pour lui, j'oubliai mon devoir j l s'empara de moi ; bientôt, que te dirai-je? e devins comme lui rebelle et sacrilège ; ses républicains mon bras servit d'appui , t levé pour mon Roi, combattit contre lui.

- Depuis , Cromwell m'a fait membre de sa pairie , ieutenanl-général de son artillerie ,

ord de sa haute cour et du conseil privé, insi, par ses faveurs dans sa cour élevé, 'il tombe, auprès de lui je dois tomber victime j ',t je ne puis , rebelle à mon Roi légitime , )uelque amour qui me lie à sa noble maison , )ans la fidélité rentrer sans trahison.

LORD ORMOND

>iste et commun effet des troubles domestiques ! iquoi tiennent, mon Dieu ! les vertus politiques? lombien doivent leur faute à leur sort rigoureux ! !t combien semblent purs, qui ne furent qu'heureux! — Iroghill ! brise avec nous le joug qui nous opprime j 'rouve ton repentir !

LORD BROGHILL.

Quoi ! par un nouveau crime ?

\on. Je puis être , ami , pour ton fatal secret, iinon complice, au moins un confident discret, lais c'est là tout. Je dois, neutre dans cette lutte, lubir voire triomphe , adoucir votre chute , )uel que soit le vainqueur, toujours fidèle à tous, *érir avec Cromwell, ou le fléchir i)Our vous.

LORD ORMOND

■"e taire sans agir ! ainsi donc tu vas être

'erfide envers Cromwell , sans servir ton vrai maître.

ois donc ami sincère ou sincère ennemi j

;t ne reste pas traître et fidèle à demi !

►énonce-moi plutôt !

LORD BROGHILL, fièrement.

Cette parole, comte, >i vous n'étiez proscrit, vous m'en rendriez compte !

LORD ORMOPîD , lui tendant la main, 'ardonne, cher Broghill ! je suis un vieux soldat; 'ingt ans, fidèle au Roi , j'ai rempli mon mandat, 'resque tous mes combats , presque tous mes services •ont écrits sur mon corps en larges cicatrices; ''ai reçu les leçons de plus d'un chef expert ,

Du marquis de Montrose et du prince Rupert ;

J'ai commandé sans morgue , obéi sans murmure ; "

J'ai blanchi sous le casque et vieilli sous l'armure ;

J'ai vu mourir Slrafford ; j'ai vu périr Derby ;

J'ai vu Dunbar, Tredagh, Worcester, Naseby,

Ces luttes des seuls bras qui pouvaient sur la terre

.Vbattre ou soutenir le trône d'Angleterre ;

J'ai vu tomber ce trône , ébranlé dans les camps ;

Fait la guerre aux Ranters, aux Saints, aux Prédicants,

Et ma main , aux combats sans relâche occupée ,

Sait ce qu'il faut de coups pour émousser l'épée !

Eh bien ! je touche enfin au but de mes travaux,

Ciomwell va succomber! voici des jours nouveaux !

Mais pour ternir ma joie , empoisonner ma gloire ,

Faut-il qu'un vieil ami meure de ma victoire?

Compagnon , souviens-toi que nous avons tous deux

Baigné du même sang nos glaives hasardeux ,

Et des mêmes combats respiré la poussière !

Pour la deuxième fois , Broghill, — pour la dernière,

Je t'interpelle , au nom du bon plaisir royal ,

Veux-tu vivre fidèle ou mourir déloyal?

Réfléchis. Pour répondre Ormond te laisse une heure.

Il écrit quelques mots sur un papier et le présente à Brogbill.

Voici mon nom d'emprunt , ma secrète demeure... LORD BROGHILL, repoussant le papier.

Ah! ne me le dis point ! Non. J'en sais trop déjà. Longtemps la même tente, ami, nous protégea, Je le sais ; mais il faut que mon sort s'accomplisse. Adieu. Je ne serai délateur ni complice. J'oublîrai tout ceci. Mais écoute un conseil : Es-tu sûr du succès dans un complot pareil ? Rien n'échappe à Cromwell. Il surveille l'Europe. Son œil partout l'épie , et sa main l'enveloppe. El lorsque ton bras cherche ou tu le frapperas. Peut-être il tient le fil qui fait mouvoir ton bras. Tremble , Ormond !...

LORD ORMOND, blessé.

Lord Broghill ! laissez-moi , je vous prie. Ormond baise les mains de votre seigneurie.

Lord Broghill sort, et la porte du fond se referme sur lui.

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