‹ uvres de Victor HugoChapitre 492 sur 599 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CROMWELL , LE COMTE de WARWICK , le liectenant- GÉNÉRAL FLETWOOD , gendre de Cromtvell ; le comte de CARLISLE , lord BROGHILL , le majorgénéral DESBOROUGH , beau-frère de Cromwell i

WHITELOCKE, sir CHARLES WOLSELEY , M. WIL- LIAM LENTHALL, PIERPOINT, THURLOE, STOUPE, 3IILT0N. Chacun de ces personnages revêtu du costume particulier de sa charge ou de sa commission.

Cromwell s'assied , se couvre. Tous s'asseyent , mais restent découverts.

CROMWELL, à part.

Ah!... de tous ces oiseaux subissons les ramages.

Haut.

Messieurs les conseillers de mon gouvernement , Prenez séance tous , et prions un moment.

Il s'agenouille : tous les conseillers en font autant. Après quelques instants de méditation, le Protecteur se relève et s'assied : tous suivent son exemple. Il continue avec un profond soupir :

Messieurs , — pour gouverner j'ai bien peu de mérite !

Mais le Seigneur , qu'enfin ma résistance irrite ,

Inspire au parlement d'agrandir mon devoir ,

En m'accablant encor d'un surcroît de pouvoir.

C'est pourquoi j'ai donné l'ordre qu'on vous assemble

Afin de conférer et de parler ensemble.

Sied-il d'élire un roi , d'abord ? — Dois-je être élu ? —

Donnez sur ces deux points votre avis absolu.

Que chacun à son rang expose son système.

Je parle franchement , expliquez-vous de même.

Le comte de Warwick est le plus éminenl

D'entre vous. Qu'il commence. — Écoutez maintenant,

Monsieur Milton.

LE COMTE de WARWICK, se levant.

Mylord , rien n'égale sur terre Votre foi , votre esprit , votre haut caractère , Et pour accroître encor votre état personnel , Vous tenez des Warwick du côté maternel. A'otre noble écusson porte le même heaume. Or , comme il faut toujours un roi dans un royaume, Votre Altesse vaut mieux qu'un maître de hasard. Certe, un Rich peut régner aussi bien qu'un Stuart. Il se rassied.

CROMWELL , à part.

Il n'est que d'être heureux pour grossir sa famiHe! Cromw^ell obscur n'est rien -.—que sur le trône il brille , Les Rich sont ses aïeux , ses cousins , ses parents. Oui , —ce sont mes aïeux , — depuis bientôt quatre ans.

Haut.

A votre tour , Fletwood.

LE LIEUTE^A!VT-GÉIVÉRAL FLETWOOD , se levant.

Mylord , la république !

Mon beau-père , avec vous , nettement je m'explique :

Pour elle de Stuart on dressa l'échafaiid ,

Nous avons coml)altu pour elle ; — il nous la faut.

Laissons Dieu seul porter le seul vrai diadème.

Pas d'Olivier-Premier , ni de Charles-Deuxième î

Jamais de roi !

Il se rassied.

CROMWEM,.

Fletwood , vous êtes un enfant !

— Vous , Carlisie !

I,E COJITE DE CARLISLE , se levant.

Myloid , votre front triompliant Est fait pour la couronne.

Il se rassied.

A Broghill !

LORO BROGHILL], se levant.

Mylord , j'ose Réclamer le secret pour ce que je propose.

A part.

De ce complot (i'Ormond je suis tout étourdi. Que mon rôle est timide en ce drame hardi ! Conseiller de Cromwell et confident de Charle ! Traître si je me tais et traître si je parle !

Pour quel motif?...

LORU BROGHILL, s'inclinant.

Mylord, une raison d'État...

Cromwell lui fait signe d'-ipprochcr. Stoiipp, Thurloë, Whllelocke et CarlIsIe s'éloignent ilu Protecteur.

LORD BROGHILL , bas à Cromwell.

Ne se potirrail-il point qu'avec Charle on traitât? Si vous lui itroposiez la main de votre fille ?

CROMWELL, étonnO.

Au... jeune homme?

LORD BROGHILL.

Oui, lady Francis.

Et sa famille?

LORD BROGHILL.

Vous vous faites sacrer sous le nom d'Olivier. Vous êtes rois tous deux.

Et le trente janvier ?

LORD BROGHILL.

Vous lui donnez un père.

On peut donner , mais rendre !

LORD BROGHILL.

Il oublirait...

CROMWELL, avec un rire de dédain.

Mon crime ! il ne le peut comprendre.

Son œil ne saurait voir le but que j'ai cherché , Et pour me pardonner , il est trop débauché ! C'est fou , Broghill !

Lord Broghill retourne à sa place. Les grands ofRclers reprennent les leurs.

Parlez , Desborough !

LE MAJOR-GÉNÉRAL DESBOROCGH , se levant.

Mon beau-frère , Vous méditez dans l'ombre un dessein téméraire.

Nous , de la royauté subir encor l'affront ! Point de roi, quel qu'il soit! les soldats salûront Cromw ell de cris d'amour , Olivier d'anathèmes ! Meurent les courtisans , les docteurs , les systèmes !

Desborough, vous luttez contre un mot, contre un nom.

Si ce peuple innocent veut un roi , pourquoi non ? —

Ce nom de roi , prosci it par votre orgueil fantasque ,

Qu'est-ce pour un soldat? Un panache à son casque.

Il fait signe A Wliiteloclte de parler. Whitelocke se lève , et Desborough se rassied.

WHITELOCKE , à part, regardant Desborough.

Ce valet de charrue avant moi se lever !

Haut.

Mylord , — je serai vrai , quoi qu'il puisse arriver.

Poinl de peuple sans loi , point de loi sans monarque.—

Écoutez: l'argument vaut bien qu'on le remarque....

A part.

Avant moi ! Desborough ! Homuncio ! butor !

Le Roi fut de tout temps nommé legislator, Lator , porteur , Icgis , de loi ; d'où je relève (Ju'un prince est à la loi ce qu'Adam est pour Eve. Donc, si le Roi des lois est le père et le chef, Point de peuple sans roi, je le dis de rechef; Voyez , pour confirmer ma doctrine certaine , Moïse, Aaron, Saint-John, Glynn, Cicéron, Fountaine, El Selden , livre trois , cha|)itre des Abus : Qui il de Itis censetur moUàcodicibus, — Mylord , il faut régner ! — Dixi.

Il .se rassied.

CROMW ELL , félicitant Whitelocke du geste et du regard.

Comme il raisonne !

Qu'un discours à propos de latin s'assaisonne! — Écoutons Wolseley.

SIR CHARLES WOLSELEY , se levant.

Mylord , sans nul détour J'oserai détromper Votre Altesse à mon tour. Le chef d'un peuple libre est , suivant le prophète , Tanquain in inedio positus , non au faile. Ce chef, sur quelque siège enfin qu'il soiL assis , Est major siiKjulis, — minur universisl Donc le titre de roi rompt notre privilège , Rex violât legem.

11 se rassied.

Arguments de collège !

Avec vos mots latins je suis peu familier. Mauvaises raisons !

A Pierpolnt.

Vous !

PIERPOIIVT, se levant.

Mylord , puissant pilier D'Israël , qui par vous domine sur la terre , Voici ce que je dis : — Ce peuple d'Angleterre ,

Dont le haut Parlement se nomme impérial ,

A le droit glorieux , saint , immémorial ,

D'avoir pour chef un roi ; sa dignité l'exige.

Que Votre Altesse accepte un titre qui l'afflige.

Vous le devez au peuple ! oui , Mylord , c'est , je croi ,

Lui manquer , que régner sur lui sans être roi.

Il se rassied.

CKOMWELL.

Monsieur Lenthall?

M. WILLIAM LENTHALL, se levant.

Mylord , — le Parlement préside La nation, en qui la royauté réside.

Il commande aux petits comme aux plus élevés. Si donc le Parlement vous fait roi , vous devez , Selon le Droit romain , suivant le Décalogue , Obéir et régner !

CROMWELL , à part.

Courtisan démagogue !

M. WILLIAM LENTHALL, à part.

Il se laissera faire , et j'espère qu'alors

II ne m'oublîra point pour la chambre des lords !

THURLOE , bas à Croinwell.

Mylord , le Parlement attend toujours...

CROMWELL , bas avec impatience.

Silence !

THURLOE , toujours de même.

Mais...

CROMWELL , bas à Thurloë.

Avant d'accepter il sied que je balance !

FLETWOOD , se levant.

Ah ! Mylord, refusez .'—Pour vous , pour votre honneur, J'ose...

CROMWELL , les congédiant tous de la main.

Allez tous prier , et chercher le Seigneur !

Tous sortent lentement et comme en procession. Milton, qui marche le dernier , s'arrête sur le seuil de la porte , les laisse partir, et ramène son guide vers Cromwell qui, descendu de son fauteuil , s"est placé sur le devant du théâtre.

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