‹ uvres de Victor HugoChapitre 512 sur 599 · L'ORATEUR · texte numérisé non relu

L'ORATEUR

Mylord ! — dans tous les temps, récents ou reculés .

Des rois ont gouverné les nations du monde.

Le livre primitif, où la sagesse abonde ,

Partout en mots exprès dit : Reges gentitini.

On voit , en méditant Gabaon , Actium ,

Que lorsqu'au sein d'un peuple une lutte s'élève ,

C'est un nœud gordien que toujours tranche un glaive.

Ce glaive devient sceptre ; et démontre à la foi

Que toute question se résout par un roi.

Je sais que de grands clercs adoptent pour système

Qti'assisté de ses saints , Christ peut régner lui-même ;

Mais le régulateur des destins éternels

N'est pas un roi visible à des peuples charnels;

Il faut des rois de chair aux terrestres royaumes ;

Bex suhstantialis , disent les axiomes.

Voilà des arguments qti'on ne saurait nier. —

L'état de république est de tous le dernier.

Il faut que sur un roi le peuple se repose ;

Car le peuple est pareil , Mylord , quoi qu'on suppose,

Au héron qui ne peut dormir que sur un pied.

Or, le héron qui dort est-il estropié ?

Le peuple est ce héron. Venge-t-il ses querelles ,

Il a pour bec l'armée , et les chambres pour ailes.

Mais quand la barque enfin se rattache à l'anneau ,

Qu'il dorme sur un pied 1 Stans pede in uno.

L'argument est trop clair pour qu'on le développe.

Que votre Altesse donc , étendant sur l'Europe

Le glaive de Judas et la verge d'Aaron ,

Soit le roi d'Angleterre et le pied du héron !

Nous invoquons des lois , au monde entier communes.

Dixiquid diceuduni, parlant pour les Communes.

L'orateur se tait, s'incline, et Cromwell, absorbé dans ses pensées , garde quelque temps un silence de recueillement ; enfin, il lève les yeux au ciel , croise les bras sur sa poitrine et soupire profondément.

Nous examinerons.

Étonnement général.

L'ORATEUR DU PARLEMENT, à part.

Qu'entends-je ?

WHITELOCKE , bas à Thurloë.

Que dit-il?

Il refuse ?

TliURLOE.

Il hésite. Il craint quelque péril.

CROMWELL, bas à Thurloë.

11 le faut ! — différons. — Aux cavaliers en butte , Rendons les puritains neutres dans celle lutte; Et ne nous mettons point, dans ce double embarras , Deux épines au pied , deux fardeaux sur les bras. Trompons d'aboid les rets dont Ormond m'environne. J'aurai toujours le temps de saisir la couronne. Calmons les puritains en fuyant cet honneur.

Haut aux assistants.

Allez en paix. — Cherchons la grâce du Seigneur!

Tous, excepté Thurloé, sortent avec de profondes révérences et des signes d'étonnement.

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