SCENE XVI
CROMWELL, THURLOE.
THURLOE, à part.
Quelque chose est ici changé depuis une heure.
CROMWELL , à part.
C'est bon ! jusqu'à demain que ce refus les leurre.
Tous deux restent un moment immobiles et silencieux. Cromwell, appuyé sur les bras de son fauteuil, semble méditer profondément. Enfin , Thurloé s'avance vers lui et s'incline. THURLOE.
Mylord , il est tard.
CROMWELL , brusquement.
Fais sonner le couvre-feu !
THURLOE.
N'avez-vous pas besoin de reposer un peu ?
Oui. — De dormir pourtant je n'ai pas grande envie.
THURLOE.
Où Mylord couche-t-il celte nuit ?
CROMWELL , à part.
Quelle vie !
Me cacher tous les soirs comme un voleur qui fuit ! Régnez donc , pour changer de couche chaque nuit ! Partout , autour de nous , en nous, toujours la crainte !
Haut à Thurloé.
Qu'on mette ici mon lit.
THURLOE.
Quoi , dans la Chambre Peinte ?
Mais c'est ici , Mylord , qu'on vit se réunir Les juges de Charle.,.
CROMWEl.l , à part.
Ah ! toujours ce soavenir !
Ce Charles!... —
Haut.
Vous savez, Monsieur, trop bien l'histoire ! Obéissez.
Thurloé baisse la tête, sort , et revient suivi de valets qui dressent un lit et apportent deux flambeaux. Cromwcll , qui est restO silencieux , se rapproclic de Thurloe immobile , quand les valets sont sortis.
D'ailleurs , quand la nuit sera noire.
Si ces lieux ont un spectre , il ne m'y verra pas! Serrant la main de Thurloe et lui montrant le lit prC-paré.
Ce lit n'est pas pour moi.
THCRIOE, surpris.
Qui donc?...
CROMWELL, à demi-voix.
Parle plus bas.
11 ne craint point , celui pour qui ce lit s'apprête , Les fantômes de rois et les spectres sans tête.
THIRLOE.
Mais quel secret?...
Tais-loi ! — Faites ce qu'on vous dit, Vous saurez toul plus tard.
THURLOE, à part.
Je (lenieiire interdit.
C'est ainsi qu'il se sert de nous : toujours nous taire ! Exùculer ses i)Ians , sans savoir le mystère. Tantôt être muet , sourd , aveugle ; et lanlôt Avoir cent yeux , cent voix , et cent bras , s'il le faut !
Haut, à Cromwell.
Mylord , pardon, si j'ose... un péril vous menace , Quel est-il?
Montrant le lit.
Et qui doit prendre ici votre place ?
Tais-toi ! — Mon chapelain tarde bien à venir I... —
A part et se promenant à grands pas sur le devant du théâtre.
Comme ils sont tous contents ! ils pensent me tenir. Orniond rit d'un côté, Rochester rit de l'autre. Bon ! — leur génie en vient aux mains avec le nôtre. A leur mesure étroite ils creusent mon tombeau !
Il s'arrête devant la table sur laquelle brûlent les deux bougies, et, comme offusqué de leur éclat, s'adresse rudement A Thurloé.
Pourquoi tant de lumière ? — Il suffit d'un flambeau,- Qu'on mette en ma dépense un peu d'économie.
Il .souffle lui-même une des deux bougies.
C'est ainsi qu'on éteint une vie ennemie.
Un soufHe ! et tout est dit.— Hé bien ! mon chapelain ?..,
Entre Rochester accompagné d'un page portant sur un plat d'or
un gobelet d'or où Pou voit tremper un rameau de romarin.
TUIRI.OE.
Le' voici justement !
Enfin!...
Il se frotte les mains avec joie.