SCÈNE XVII
Les mêmes, lord ROCHESTER.
LORD rochester , à part.
Le vase est plein.
Il faut que Noll le boive. 11 va faire un fier somme ! J'ai mis toute la tiole. — Hé : je sers le pauvre homme , Je l'arrache aux remords ; grâce à mes soins d'ami , Il n'aura de longtemps , d'honneur , si bien dormi !
II prend le plat des mains du page qui se retire, et il le présente à CromweU en s'iuclinant.
Haut.
Mylord....
A part.
Il faut encor de la cérémonie.
Haut.
Buvez cette liqueur que mes mains ont bénie. CROMWELL , ricanant.
Ah ! vous l'avez bénie ?
LORD ROCHESTER
Oui...
A part.
Quel regard !
Fort bien.
Ce breuvage , est-ce pas , me doit faire du bien ?
LORD ROCHESTER
Oui , Mylord...
A part.
Quel oeil fauve et quelle voix lugubre
CROMW ELL , prenant le gobelet sur le plat et le lui présentan tout à coup.
Buvez vous-même alors ! -L'hypocras est salubre.
LORD ROCHESTER , épouvanté et reculant.
Mylord!...
A part.
Quel coup de foudre !...
CROMWELL, avec un sourire équivoque.
Eh bien , vous hésitez!
Accoutumez-vous donc , jeune homme , à nos bontés. Vous n'êtes pas au bout encor... — Prenez, mon maitre Surmontez le respect qui vous trouble peut-être , Buvez.—
Il force Rot;hester confondu à prendre le gobelet. Saviez-vous pas que nous vous chérissions ? Que retombent sur vous vos bénédictions !
LORD ROCHESTER , à part.
Je suis écrasé !
Haut.
.Mais , Mylord...
CROMWEll.
Buvez , vous dis-je.
LORD ROCHESTER , à part.
Il s'est depuis tantôt passé quelque prodige.
Haut.
Je vous jure...
Buvez : vous jurerez après.
LORD ROCHESTER , à part.
El notre grand complot ? et nos savants apprêts ?
Buvez donc !
LORD ROCHESTER, à pari.
Noll encor nous surpasse en malice.
Vous vous faites prier ?
LORD ROCHESTER , ;\ part.
Buvons donc ce calice !
11 boit.
CROMWELL, avec un rire sardonique.
Comment le trouvez-vous ?
LORD ROCHESTER, remettant le gobelet sur la table.
Que Dieu sauve le Roi !
A part.
Pour moi , je suis sauvé de dame Guggligoy. KoU peut faire de mol ce qu'il voudra. Qu'importe ? Ma nouvelle moitié m'attendait à la porte. Je tombe , et mon naufrage en est bien moins cruel , De Charybde en Scylla , de ma femme à Cromwell ! L'un vous force à dormir , l'aulre à livrer bataille. — J'ai changé de démon , voilà tout. — Mais je bâille... Déjà!...
Il s'assied sur un des pliants à dossier. THLRLOE, à Cromwell C'est du poison qu'il a bu ?
LORD ROCHESTER, bâillant.
Sur ma foi , Ce qu'il dit est flatteur pour Cromwell et pour moi !
CROMWELL, bas à Tluirloë.
Kous verrons.
TUL'RLOE, à part, regardant RocUester.
Pauvre homme !
LORD ROCHESTER , bâillant.
Ah ! j'ai la tète étourdie.
Bâillant encore.
Quand tout le jour on a joué la comédie , Jeûné , — prié , — beaucoup prêché , juré fort peu , — Porté masque de saint , pris même un nom hébreu , — Du vieux iNoll,— sur la Bible,— essuyé l'apostrophe,...— C'est dur...
Il bâille.
De s'endormir , juste , à la catastrophe ! —
Il bâille encore.
Puissé-je encor ne lias me réveiller pendu ! —
Avec moi seulement Ormond sera perdu ; — C'est là tout mon regret. — Chassons ce triste rêve... — Il bâille.
Fiole d'enfer ! — ma tête à peine se soulève. Bonsoir, monsieur Cromwell : — que Dieu sauve le Roi! Sa tète retombe sur son C-paule et il s'endort. CROMWELL , rœil fi-vé sur Rocliester endormi. Quel dévoûment ! — Qui donc ferait cela pour moi ?
A Thurloe.
Portons-le sur ce lit.
Tous deux portent Rochester sur le lit placé dans un coin du théâtre, et Ty déposent sans qu'il se réveille. — En ce moment on entend frapper à une porte basse donnant sur un des couloirs latéraux de la Chambre Peinte.
THtULOE, avec inquiétude à Cromwell.
On frappe à cette porte.
Ouvre . je sais qui c'est.
THURLOE , ouvrant la porte.
Le rabbiii !