‹ uvres de Victor HugoChapitre 54 sur 599 · LE CHATEAU-FORT · texte numérisé non relu

LE CHATEAU-FORT

A quoi pensent ces flots qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher luisant comme une armure! Quoi donc ! n'ont-ils pas vu dans leur propre miroir. Que ce roc , dont le pied déchire leurs entrailles , A sur sa tête un fort, ceint de blanches murailles, Roulé comme un turban autour de son front noir ?

Que font-ils ? à qui donc gardent-ils leur colère ?

Allons ! acharne-toi sur ce cap séculaire ,

0 mer ! trêve un moment aux pauvres matelots !

Ronge , ronge ce roc! qu'il chancelle, qu'il penche.

Et tombe enfin , avec sa forteresse blanche ,

La tête la première , enfoncé dans les flots !

Dis , combien te faut-il de temps , ô mer fidèle ,

Pour jeter bas ce roc avec sa citadelle ?

Un jour ? un an ? un siècle ?... Au nid du criminel

Précipite toujours ton eau jaune de sable !

Que t'importe le temps , ô mer intarissable ?

Un siècle est comme un flot dans ton gouffre éternel.

Engloutis cet écueil ! que ta vague l'efface Et sur son front perdu toujours passe et repasse ! Que l'algue aux verts cheveux dégrade ses contours ! Que , sur son flanc couché, dans ton lit sombre il dorme ! Qu'on n'y distingue plus sa forteresse informe ! Que chaque flot emporte une pierre à ses (ours !

Afîn que rien n'en reste au inonde, et qu'on respire De ne plus voir la tour d'Ali , pacha d'Épire;

ORIENTALES

El f[iriin jour, côtoyant les bords qu'Ali souilla , Si le marin de Cos dans la mer lén<''l)rcuse Voit un fjrand lourbillon dont le centre se creusa , Aux passagers muets il dise : C'était \h !

>ovembre 1828.

^ri^ntak (Ûuin^ifm^.

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