‹ uvres de Victor HugoChapitre 55 sur 599 · MARCHE TURQUE · texte numérisé non relu

MARCHE TURQUE

I,à-Allah-Ellâllali !

KonAN»

Il n'y a d'autre (Ten que Dieu.

Ma dague d'un sang noir ù mon côté ruisselle . Et ma liache est pendue îi l'arçon de ma selle.

J'aime le vrai soldat , effroi de Déliai : Son turban évasé rend son front plus sévère ; Il baise avec respect la barbe de son pfre , Il voue i^ son vieux sabre un amour filial, El porte un doliman |)erct'' dans les mêlées De plus de coups (pie n'a de taches éloilées La peau du tigre im|)érial.

Ma dague d'un sang noir i'i mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Un bouclier de cuivre J» son bras sonne et luit , Rouge comme la lune au milieu d'une brume ; Son cheval hennissant mâche un frein blanc d'écume ; Un long sillon de poudre en sa course le suit. Quand il passe au galop sur le pavé sonore , On fait silence , on dit : C'est un cavalier maure ! Et chacun se retourne au bruit.

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma liache est pendue à l'arçon de ma selle.

Quand dix mille Giagours viennent au son du cor,

Il leur répond ; il vole , et d'un souffle farouche Fait jaillir la terreur du clairon qu'il embouche , Tue , et parmi les morts sent croître son essor. Rafraîchit dans leur sang son caftan écarlate , Et pousse son coursier qui se lasse , et le flatte Pour en égorger plus encor î

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

J'aime , s'il est vainqueur, quand s'est tu le tambour, Qu'il ail sa belle esclave aux paupières arquées , Et , laissant les imans qui prêchent aux mosquées , Boire du vin la nuit , qu'il en boive au grand jour ! J'aime , après le combat , que sa voix enjouée Rie , et des cris de guerre encor tout enrouée. Chante les houris et l'amour !

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Qu'il soit grave , et rapide à venger un affront ; Qu'il aime mieux savoir le jeu du-cimelerre Que tout ce qu'à vieillir on apprend sur la terre; Qu'il ignore quel jour les soleils s'éteindront , Qu^nd rouleront les mers sur les sables arides ; Mais qu'il soit brave et jeune , et préfère à des rides Des cicatrices sur son front.

Ma dague d'un sang noir ù mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Tel est , comparadgis , spahis , limariots, Le vrai guerrier croyant ! mais celui qui se vante , El qui tremble au moment de semer l'épouvante , Qui le dernier arrive aux camps impériaux , Qui, lorsque d'une ville on a forcé la porte , Ne fait pas , sous le poids du butin qu'il rapporte , Plier l'essieu des chariots ;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Celui qui d'une femme aime les entretiens ; Celui qui ne sait pas dire dans une orgie Quelle est d'un beau cheval la généalogie ; Qui cherche ailleurs qu'en soi force, amis et soutiens , Sur de soyeux divans se couche avec mollesse , Craint le soleil^ sait lire , et par scrupule laisse Tout le vin de Chypre aux chrétiens ;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Celui-là , c'est un lâche et non pas un guerrier. Ce n'est pas lui qu'on voit , dans la bataille ardente Pousser un fier cheval , à la housse pendante , Le sabre en main , debout sur le large élrier ; 11 n'est bon qu'à presser des talons une mule , En murmurant tout bas quelque vaine formule, Comme un prêtre qui va prier ! *

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Jlai 18-28.

ORIEINTALES.

©ricutaU Sà^iènii,

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