TÊTES-RONDES
LAMBERT, à Barebonc.
Hé bien ?
B.irebODC, pour toute l'éponse, lui montre de la main le trône et les U('-corations royales sur lesquelles les conjurés jettent des regards indignés. Lambert se retourne vers l'assemblée, et poursuit gravement :
— Vous le voyez. Fidèle à ses desseins , Frères , Cromwell poursuit son œuvre réprouvée. Westminsler est tout prêt ; l'estrade est élevée j Et voici les gradins oil ce vil Parlement Aux pieds d'un Olivier va (rainer son serment. Profitons pour agir du moment qui nous reste. Jugeons cet autre Roi. Son crime est manifeste : Voilà son trône ! —
OVERTON
Non. Voilà son échafaud !
Il y sera monté pour tomber de plus haut. Sa dernière heure , amis , par lui-même est marquée. Que du tombeau des Rois cette i)onipe évoquée Soit sa pompe funèbre, et que notre poignard Jette aujourd'hui son ombre à l'ombre de Stuart ! Ha ! nous y voilà donc ! ce despote hypocrite Exhume à son profit la royauté proscrite ; Et , pour reprendre à Charle un sceptre ensanglanté , Fouille dans le sépulcre où nos mains l'ont jeté ! Cromwell ose ravir la couronne à la tombe : — Qu'en entraînant Cromwell la couronne y retombe ! Et si plus tard (pielqu'autre ose encor régner seul , Que la robe de Roi soit toujours un linceul !
LAMBERT, à part.
Il va trop loin.
OVERTON , poursuivant.
Qu'il soit anathênie !
TODS.
Anathême !
OVERTON , continuant.
Tout conspire avec nous, tout , et Cromwell lui-même. Oui , Messieurs , sa fortune aveugle ce Cromwell , Qui semble un Attila fait par Machiavel. S'il ne nous aidait point , notre vaine colère S'userait à miner son pouvoir populaire ; C'est lui seul qui se perd, en ne comprenant pas Qu'il change le terrain où s'appuj'aient ses pas ; Qu'il sort du sol natal pour mourir ; et qu'en somme , En devenant un Roi, Cromwell n'est plus qu'un homme. Sous ce titre de mort, il s'offre à tous les coups. La foule , son appui , le quitte et passe à nous j
Lui seul , entre elle et lui, signe un fatal divorce.
En nous donnant le peuple , il nous donne sa force.
On veut être opiu'imé , foulé , suivant la loi,
Par un Lord-Protecteur, mais jamais par un Roi.
D'un tyran plébéien le peuple s'accommode.
Olivier , Protecteur , fût-il pire qu'Hérode ,
Lui semble encor le seul dont le front sans bandeau
Peut porter de l'État le vacillant fardeau.
Mais que ce même front ceigne le diadème,
Tout change ; et ce n'est plus, pour ce peuple qui l'aime,
Qu'une tète de Roi, bonne pour le bourreau !
TOUS , excepté Lambert et Barebone , qui depuis l'arrivée des conjurés semblent absorbés dans de profondes réflexions.
C'est bien dit !