‹ uvres de Victor HugoChapitre 543 sur 599 · JOYCE · texte numérisé non relu

JOYCE

Notre épée a (juitté le fourreau j Qu'elle y rentre fumante, et jusqu'à la poignée Pour la seconde fois du sang d'un Roi baignée !

PRIDE

Cromwell vient donc chercher sa tombe à Westminster!

De sa secte infidèle et promise à l'enfer.

Il était le grand-prêtre ; il veut être l'idole :

Que sur son propre autel pour sa fête on l'immole !

LCDLOW.

Wolsey, GofFe, Skippon, s'il couronne son front, Propres chefs de sa garde, avec nous frapperont. A nos couteaux vengeurs rien ne peut le soustraire. Fletwood, son gendre, enfin, Desborough, son beau-frère , Le laisseront tomber ; car, fermes dans la foi , Leurs cœurs républicains l'aiment mieux mort que Uni.

HAURISON.

Honneur donc à Fletwood, à Desborough !— leurs âmes N'ont point de peurs d'enfants et de pitiés de femmes !

GARLAND , qui jusque-là est resté silencieux , l'œil fixé sur les premiers rayons du soleil levant.

Jamais si beau soleil à mes yeux n'avait lui.

Frères, quelle victime à frapper aujourd'hui !

Jamais je n'avais eu tant d'orgueil ni de joie

A sentir que je marche où le Seigneur m'envoie ;

Ni quand StrafFord posa sa tête à notre gré

Entre le glaive saint et le billot sacré j

Ni quand mourut ce Laud, plus exécrable encore,

De la chambre étoilée infernal météore,

Prélat qui , de son temple où renaissait Béthel,

Tournait vers l'Orient le sacrilège autel.

Et, dans notre sabbat mo({ueur incendiaire.

Prostituait aux jeux le jour de la prière ;

Ni même quand Stuart qui, fier de ses vieux droits,

Pour des rayons de Dieu prit les fleurons des Rois ,

Avec sa royauté superbe et séculaire.

S'agenouilla devant la hache populaire ! —

A chacun d'eux j'avais, selon qu'il est écrit.

Cru sous sa forme humaine immoler l'Antéchrist,-

Mais je vois aujourd'hui que Sion triomphante

Frappe enfin dans Cromwell ce fatal sycophante.

Et, des marches d'un trône encor mal affermi,

Le replonge au Tophet d'où Salaii l'a vomi. Quel jour ! - Quel Goliath, l'effroi de l'Angleferre, A jeter de son haut la face contre terre !

SYIVDERCOMB.

Quel beau coup de poignard à donner !

PRIDE

Quel honneur Pour ceux qui combattront les combats du Seigneur!

JOYCE, montrant Ip Irùnc.

Que son sang . sur la pourpre où l'attend notre piège. Va couler à grands flots !

A ces paroles de Joyce , Barehone , (pii jusqu'alors a tout <îcout6 en silence , tressaille comme agité d'une inquiétude subite.

BAREBONE,se frappant le front, à part.

Au fait , à quoi pensé-je ?

C'est qu'ils vont me tacher mon troue avec leur sang ! Qu'en faire après? — L'étoffe y perdra vingt pour cent. Haut, après un instant de recueillement.

Vos discours pour mon âme ont la douceur de l'ambre.

De la communauté je suis le dernier membre ,

Fréros ; mais écoutez : — Aux saint textes soumis ,

Vous voulez i)oignardf'r Cromwell. — Est-ce permis?

Rappelez-vous Malciuis , dont l'oreille coupée

De Pieiie par.Iésiis fit maudirp l'éixo.

K'est-il pas interdit, au nom du Tout-Puissant ,

De frapper par le fer et de verser le sang?

Sur ce point dans vos cœurs s'il reste quelques ombres ,

Ouvrez, chajtitre neuf, la Genèse ; et les Nombres ,

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