‹ uvres de Victor HugoChapitre 565 sur 599 · CROMWELL, SA FAMILLE, SO'S CORTÈGE, LA FOULE · texte numérisé non relu

CROMWELL, SA FAMILLE, SO'S CORTÈGE, LA FOULE

Au moment où Cromwell se montre sur le seuil de Westminster- Hall , au milieu du bruit du canon qui n'a cessé de tirer durant la scène précédente , des cloches , des fanfares et des roulements de tambours, on distingue les acclamations qui le suivent du dehors.

VOIX, du dehors.

Huzza ! Lord-Protecteur d'Angleterre !

OVERTON, bas à Garland.

Ces hurleurs sont payés. Mais nous les ferons taire. C'est ainsi que déjà , quand Noll , à Grocers-Hall , Fit de Thomas Viner un baronnet féal , Il fut pour son argent applaudi dans Cheapside.

Cromwell reste un moment arrêté sur le seuil de la porte , et saine à plusieurs reprises le peuple du dehors.

VOIX DANS LA FOULE

Cromwell ! — C'est là Cromwell ? — ce roi ! — ce régicide !

— Il est fort laid ! — Qu'il est petit pour un héros !

— On l'aurait dit plus grand. — Je le croyais moins gros.

— Qu'avec son grand chapeau cet homme m'embarrasse ! Otez votre chapeau. — Moi ? Depuis quand , de grâce , Ote-t-on son chapeau , Madame , à l'Antéchrist?

Cromwell se retourne vers la foule de rintérieur. Profond silence. CROMWELL , faisant quelques pas.

Au nom du Père, au nom du Fils et de l'Esprit. La paix soit avec vous !

Silence dans l'assemblée. Les acclamations continuent dans la place.

LES VOIX, du dehors.

Olivier, Dieu vous aide!

— Vive à jamais Cromwell !

Cromwell se retourne encore , et salue le peuple amassé sur la place.

THURLOE, bas à Cromwell.

Tout VOUS rit, tout vous cède.

Que d'acclamations ! quels élans ! quel beau jour ! CROMWELL, amèrement, bas à Tburloë.

Oui ! — Ce peuple innombrable, heureux, ivre d'amour, Qui de mon haut destin semble un puissant complice, IS'appIaudiiait pas moins si j'allais au supplice. Il voit dans mon triomphe un spectacle éclatant, Il y court, en jouit. Et rien ne lui plaît tant, Lorsqu'en joyeux transports lu le vois se répandre, Que me voir couronner, sinon de me voir pendre.

— Bon peuple ! — Vois ici quel silence d'ailleurs !

TIltRLOE, bas.

Ce peuple est travaillé par les saints niveleurs.

Le Parlement, l'Orateur en tête, s'avance sur deux Oies ver» Cromwell. Il salue profondément le Protectenr, qui ùte et remet son chapeau.

L'ORATEUR DU PARLEMENT, A Cromwell.

Mylord ! — Quand Samuel offrait des sacrifices ,

Il gardait à Saiil l'épaule des génisses ,

Pour montrer à ce roi, sous le sacré rideau ,

Qu'un peuple pour un homme est un rude fardeau .

D'où Maximilien fut souvent pris à dire

Qu'il est bien malaisé de se faire à l'empire.

On voit peu de mortels , maîtres des factions ,

Qui sachent gouverner le pas des nations.

Il roule lourdement, ce grand char où nous sommes.

Que les événements (rainent , tout chargé d'hommes;

Et pour le bien guider dans les après chemins,

Il faut un ferme bras et de puissantes mains.

Souvent, marchant la nuit sous un ciel peu propice,

En évitant l'ornière, on tombe au précipice;

Car ce char, dont la terre entend l'essieu crier,

Ne se détèle pas et ne peut s'enrayer.

Il faut qu'il marche ! Il faut qu'il roule ! Il faut qu'il aille!

Il faut qu'on voie , ardents comme un jour de bataille,

Ruer malgré le fouet , courir malgré le frein ,

Les coursiers que Dieu lie à son timon d'airain ,

Et qu'enfin , écrasant rois , peuples , capitales ,

Sa roue aveugle passe en ses routes fatales !

Quand on laisse au hasard courir ce char pesant ,

Dans sa profonde ornière il coule tant de sang

Que les chiens, s'ils ont soif, sur sa trace létancheut.

Le monde alors chancelle et les royaumes penchent.

Aussi quels soins il faut pour choisir le cocher

De ce lourd chariot qu'on tremble à voir marcher !

11 faut qu'un double appel l'ait fait monter au faîte.

Élu par deux pouvoirs , il faut que sur sa tète

Le choix du peuple tombe avec le choix de Dieu ;

Que le bandeau s'y joigne à la langue de feu.

Alors il est compté paimi ces mortels rares ,

Que les peuples de loin suivent comme des phares.

Mais par de durs travaux ce rang est acheté.

Il faut que son esprit veille de tout cùlé.

Il ressemble aux soleils , qu'un Dieu seul a pu faire.

Qui roulent, entraînant des mondes dans leur sphère.

Dont les rayons du ciel éclairent les sommets ,

Et qui, brillant toujours , ne reposent jamais ! —

De tout ce que j'ai dit , ce peuple doit conclure

Qu'un seul bras de l'Élat peut bien régler l'allure.

On a besoin d'un chef qui s'élève entre tous.

Il faut un homme au monde ; et cet homme, c'est vous.

Le Parlement et toute l'assemblée s'inclinent. Mylord , guidez-nous donc dans toutes nos fortunes , Et daignez agréer la foi de vos communes.

Profond silence dans la foule.

OVERTOiN, bas.t Milton.

Ses communes I

CROMWELL, à rorateiir.

Monsieur, je suis reconnaissant.

Cet em|>ire est prospi^re , au gré du Tout-Puissant. En Irlande , malgré les discordes civiles , La foi marche , à grands |)as envahissant les villes. Sur l'ulcère papiste acharné maintenant.

Par le feu , par le fer, Harry, mon lieutenant, E.\lirpe d'une main, cautérise de l'autre. Armagh brûle. En ses murs Rome n'a plus d'apôtre. En Ecosse, les clans sont rentrés au devoir. Au dehors , tout va bien. Dunkerquc est sans espoir ; Kt la vieille Angleterre, à la France alliée , Tient sous sa large main l'Iispagne humiliée. Noire commerce en Inde a fait d'iieureux progrès. Le Castillan jaloux se consume en regrets j Dieu monire en nous aidant que notre cause est bonne. Nous avons fait verser à Madrid, à Lisbonne , Bien du sang, bien de l'or, pour leurs rébellions. Blake en notre échiquier vide leurs galions. J'ai vers la .lamai(|iie envoyé deux escadres. L'armée en attendant remplit ses anciens cadres. Le Toscan se rei)ent : il sera pardonné. Et lors(|u'anlour de nous tout sera terminé , Nous pourrons à la fin , puisqu'il nous en invite, Des hordes du sultan sauver le Moscovite. — Si nous formons un vœu , Dieu l'exauce aussitôt. Enfin , vous le voyez, nul peuple n'est plus haut. Vivons donc , assurés dans la faveur céleste. Mais pour que le Seigneur .sur nous se manifeste, Il faut courber le front et jiHer les genoux. Prions , et que l'esprit descende parmi nous.

Cromwell s'agenouiMe ; tout son cortège , le Parlement, le corps Ue ville, les cours de justice et les soldats sagcnouillent aussi.— Moment ilc silence et de recueiUement, pendant lequel on n'entend que les cloches, le canon , les fanfareset le bruit de la foule au dehors.

SYiXUERCOMB, has à Overton et à Garland qui se sont r.ipprochôs du trône.

Ils sont tous à genoux , le tyran et sa garde j

Les glaives sont baissés. Point d'oeil qui nous regarde...

(Jue ne frappons-nous ?

GARLA'VD , le repoussant indigné.

Dieu !

SYNDERCOnS.

Pourquoi si haut crier?

GARI,\!VD.

Le frapper quand il \me !

SYSDERCOMB.

El que faire?

tiAKLA>D.

Prier.

Prier contre lui. — Trêve aux fureurs meurtrières ! i;t laissons Dieu choisir entre les deux prières.

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