‹ uvres de Victor HugoChapitre 566 sur 599 · I.E COMTE DE WARWICK, à CromwelI · texte numérisé non relu

I.E COMTE DE WARWICK, à CromwelI

Daignez vêtir cette pourpre, Mylord.

Cromwell . aidé de lord Warwick , endosse la robe. 0VERT0?(, bas aux Puritains.

Amis ! amis ! Il met son suaire de mort.

GARI.AM), bas.

Voyez-le maintenant. C'est le fils écarlale De Tyr prostituée.

WILDMA>, bas.

Oh ! (jue la foudre éclate !

Cromwell, v«"-tu de ta robe de poiu-pre ilonl le jetmc lord RobcrI richement paré , soutient la queue, .s'avance gravement ve le Irone. Le comte de Warwick le précède l'épée haute, l.oi Carlisie le sviit, la pointe de l'Opée baissée vers la terre.

SYIIDERCOMB, à part.

Quel éclatant cortège il emprunte à l'enfer! l'ourpre, hermine , seigneurs dorés, soldats de fer, In trône empanaché (|u'un dais altier surmonte , Des femmes sans pudeur et des hommes sans honte , Faste , pouvoir , triomi)he . il ne lui inancpie rien ! Il nage dans l'orgueil et dans la joie. Eh bien ! Pour faire évanouir tout cela comme un rêve , Comme l'ombre d'un char, comme un éclair du glaive Que faut-il au Dieu fort ? Que faut-il au Seigneur ? —

Il serre son poignard sur son sein.

Un peu de fer, aux mains d'un malheureux pécheur.

Cromwell , après avoir traversé lentement la salle au mille d'un profond silence, arrive au pied du trône et se dispose y monter. — I.es conjurés se glissent en silence dans la foui et cernent l'estrade.

MII.To>, dans la foule, d'une voix éclatante.

Cromw^ell , prends garde à toi !

CROMWELL, se retournant vers le peuple.

Qui parle ?

SY^DERCOMB, bas à Garland.

Dieu confond L'aveugle , dont la voix dit gare à tout le monde!

MILTO."?, à cromwell.

Songe aux ides de mars !

OVERT0:v, bas à Silton.

Ne dis pas nos secrets !

CROMSVELL, à Milton.

Millon , expliquez-vous.

Mli.TOX, à Cromwell.

Maivè Rachel Phares.

Cronnvell haus.se les épaules et monte sur le Iruuc. OVERTON, bas ;\ Garland.

11 monte! .le respire.

GARLAND, bas.

Ah! l'alerte élait forte!

Cromwcll s'assied sur le trône. Les comtes de Warwick et de Carlisie se placent debout, rOpCe nue , derrière son fauteuil , Tliurloc et Sloupe à ses côtés. Le lord-niaire, suivi de ses alUernicn, s'avance au pied du trône portant le coussin où est placée l'épée ; il monte quelques degrés, met un genou en terre , et présente l'épée A Cromwell.

LE LORD-MMRE, à Cromwell.

Lord Olivier, ceci qu'entre vos mains j'apporte ,

C'est l'Épée. A défaut d'enclume, un peui>le entier

Sur le front des tyrans en a forgé l'acier.

La lame a deux tranchants pour qu'on en puisse faire

Le glaive de justice et le glaive de guerre ,

Oui , tour à tour terrible au combat, au saint lieu ,

Brille aux mains du soldat, Hamboie aux mains de Dieu.

L'honorable cité de Londres vous le livre.

Cromwell ceint l'épée , la tire «lu fourreau , l'élève au-dessus de sa tête , puis la rend au lord-maire qui la remet dans le fourreau et se relire à reculons.

\MIITEL0CKE, s'approchant de Cromwcll avec le même cérémonial que le lord-maire.

Mylord , voici les Sceaux.

Cromwell prend les sceaux , puis les rend à Whitelocke qui se retire. L'Orateur du Parlement, suivi des officiers des communes, s'avance à son tour portant la Bible à fermetures d'or.

L'ORATEUR DU PARLEMENT, un genou en terre devant Cromwell.

Mylord , voici le Livre.

Cromwell prend la Bible, et l'orateur se retire avec de profondes révérences. Le général Lambert, pâle et inquiet, s'approche portant la couronne sur un riche coussin de velours cramoisi. — Overton fend la presse et se place près de lui.

LE GÉNÉRAL LAMBERT, agenouillé sur les degrés de l'estrade de Cromwell.

Mylord...

OVERTON , bas à Lambert.

C'est moi ! courage !

LAMBERT, à part.

Il est à mes côtés!

A Cromwell en balbutiant.

Recevez la Couronne...

OVERTON , tirant son poignard , bas.

Et la mort !

Tous les conjurés épars dans la foule mettent à la fois la main sur leurs poignards.

CROMWELL , comme s'éveillant en sursaut.

Arrêtez!

Que veut dire ceci? Pourquoi cette couronne? Que veut-on que j'en fasse ? et qui donc me la donne ? Est-ce un rêve ! Est-ce bien le bandeau que je vois ? De ((uel droit me vient-on confondre avec les rois ? Oui mêle un tel scandale à nos pieuses fêtes ? 3uoi ! leur couronne, à moi qui fais tomber leurs têtes ! S'est-on mépris au but de ces solennités? — Mylords , Messieurs , Anglais , frères , qui m'écoutez , le ne viens point ici ceindre le diadème ,

Mais retremper mon titre au sein du peuple même ,

Rajeunir mon pouvoir , renouveler mes droits.

L'écarlate sacrée était teinte deux fois.

Cette pourpre est au peuple , et d'une âme loyale ,

Je la tiens de lui. — Mais la couronne royale !

Quand l'ai-je demandée ? Et qui dit que j'en veux ?

Je ne donnerais pas un seul de mes cheveux ,

De ces cheveux blanchis à servir l'Angleterre ,

Pour tous les fleurons d'or des princes de la terre.

Otez cela d'ici ! Uemporlez , remportez

Ce hochet ridicule entre les vanités !

N'attendez pas qu'aux pieds je foule ces misères.

Qu'ils me connaissent mal , les hommes peu sincères

Qui m'osent affronter jusqu'à me couronner !

J'ai reçu de Dieu plus qu'ils ne peuvent donner,

La grâce inamissible ; et de moi je suis maîire.

Une fois fils du ciel , peut-on cesser de l'être !

De nos prospérités l'univers est jaloux.

Que me faut-il de plus que le bonheur de tous *

Je vous l'ai dit. Ce peuple est le peuple d'élite.

L'Europe de cette île est l'humble satellite.

Tout cède à notre étoile , et l'impie est maudit.

Il semble , à voir cela , que le Seigneur ait dit :

« Angleterre ! grandis , et sois ma fille aînée.

» Entre les nations mes mains t'ont couronnée ;

» Sois donc ma bien-aimée , et marche à mes côtés. >•

il déroule sur nous d'abondantes bontés ;

Chaque jour qui finit , chaque jour qui commence ,

Ajoute un anneau d'or à celte chaîne immense.

On croirait que ce Dieu , terrible aux Philislins ,

A comme un ouvrier composé nos deslins ;

Que son bras , sur un axe indestructible aux âges ,

De ce vaste édifice a scellé les rouages ,

Œuvre mystérieuse , et dont ses longs efforts

Pour des siècles peut-être ont monté les ressorts.

Ainsi tout va. La roue , à la roue enchaînée ,

Mord de sa dent de ferla machine entraînée,-

Les massifs balanciers . les antennes , les poids ,

Labyrinthe vivant , se meuvent à la fois.

L'effrayante machine accomplit sans relâche

Sa marche inexorable et sa puissante tâche ;

Et des peuples entiers . pris dans ses mHle bras ,

Disparaîtraient broyés , s'ils ne se rangeaienl pas.

Et j'entraverais Dieu, dont la loi salutaire

Nous fait un sort â part dans le sort de la terre !

J'irais, du peuple élu foulant le droit ancien ,

Mettre mon intérêt à la |)lace du sien !

Pilote , j'ouvrirais la voile aux vents contraires !

Hochant la tOte.

Non , je ne donne pas cette joie aux faux-frères... Le vieux navire anglais est toujours roi des flots. Le colosse est debout. Que sont d'obscurs complofs Contre les hauts destins de la Grande-Bretagne? [tagne? Qu'est-ce qu'un coup de pioche aux flancs d'une mon-

Promenant des yeux de lynx autour de lui. Avis aux malveillanls ! on sait toul ce (pi'ils font.

Le flot est transparent, si Tabîme est profond.

On voit le fond du piège où rampe leur pensée.

La vipère parfois de son dard s'est blessée ;

Au feu qu'on allumait souvent ou se brûla ;

El les yeux du Seigneur vont courant çà et là. —

Oui du i)euple et des rois a signé le divorce ?

Moi. — Croit-on donc me prendre à cette vaine amorce ?

Un diadème ! — Anglais . j'en brisais autrefois.

Sans en avoir porté, j'en connais bien le poids !

Quitter pour une cour, le camp qui m'environne !

Changer mon glaive en sceptre et mon casque en cou-

Allons! suis-je un enfant? Me croit-on né d'hier? [ronne?

Ne sais-Je pas que l'or pèse |)lus que le fer ?

M'édifier un trône ! Eh ! c'est creuser ma tombe.

Cromwell ])our y monter sait trop comme on en tombe.

El d'ailleurs .pie d'ennuis s'amassent sur ces fronts

Qui se rident sitôt, hérissés de fleurons !

Chacun de ces fleurons cache une ardente épine.

La couronne les lue; un noir souci les mine ;

Elle change en tyran le mortel le plus doux ,

Et, pesant sur le Roi, le fait peser sur tous.

Le peuple les admire ; et, s'abdi(|uant lui-même ,

Compte tous les rubis dont luit le diadème;

Mais comme il frémirait pour eux de leur fardeau ,

S'il regardait le front et non pas le bandeau.

Eux, leur charge les trouble, cl leurs mains souveraines

De l'État chancelant mêlent bientôt les rênes... —

Ah ! remportez ce signe exécrable, odieux !

Ce bandeau trop souvent tombe du front aux yeux. —

Larmoyant.

Et qu'en ferais-je enfin ! mal né pour la puissance , .le suis simple de cœur et vis dans l'innocence. Si j'ai, la fronde en main, veillé sur le bercail , Si j'ai devant recueil pris place au gouvernail , J'ai dû me dévouer pour la cause commune. Mais que n'ai-je vieilli dans mon humble fortune! Que n'ai-je vu tomber les lyrans aux abois , A l'ombre de mon chaume et de mon |)elit bois ! Hélas ! j'eusse aimé mieux ces champs où l'on respire, Le ciel m'en est témoin , que les soins de l'empire; El Cromwell eût trouvé plus de charme cent fois A garder ses moutons qu'à détrôner des rois !

Pleurant.

Que parle-l-on de sceptre? Ah ! j'ai manqué ma vie. Ce morceau de clinquant n'a rien qui me convie. Ayez pitié de moi, frères , loin d'envier Votre vieux général, votre vieil Olivier. Je sens mon bras faiblir, et ma fin est prochaine. Depuis assez longtemps suis-je pas à la chaîne ? Je suis vieux, je suis las; je demande merci. N'est-il pas temps qu'enfin je me repose aussi? Chaque jour j'en appelle à la bonté divine, Et devant le Seigneur je frappe ma poitrine. Que je veuille être roi ! Si frêle, et tant d'orgueil ! Ce projet , et j'en jure à côté du cercueil. Il m'est plus étranger, frères, que la lumière

Du soleil — à l'enfant dans le sein de sa mère ! Loin ce nouveau pouvoir à mes vœux présenté ! Je n'en accepte rien, — rien que l'hérédité. Encor vais-je appeler, pour qu'en mon âme il lise, Un théologien , lumière de l'Église.

J'en consulterai deux sur ce point, s'il le faut. De votre liberté je dois compte au Très-Haut , Et je veux . de sa loi faisant ma loi suprême , Accomplir ce que dit le psaume cent dixième.

Les acclamât ions et les applaudissements font irruption de tou parts.— Peuple et solilat.s, dont la harangue de Croinwcl peu A peu dl-s-sipé rhostilitC, laissent éclater leur enlhousiasi Stupeur dans le Parlement et dans le cortt^ge du Protecte Cromwell se redresse et fait im geste d'empire à la foule ' se lait.

Sur ce, nous prions Dieu, d'un cœur humble et soum Qu'il vous ait en sa sainte et digne garde, amis. Nous vous avons montré notre àme tout entière, Vous demandant pardon , pour dernière prière, D'avoir, un jour si chaud, fait un discours si long.

U se rassied. — Les transports et les acclamations du peu (éclatent de nouveau avec fureur. Les conjurés puritains concertés gardent un sombre silence et jettent leurs j gnards,

OVERTO?!, bas à Garland.

Il mourra dans son lit !

GARL\>'D, bas.

Ils le veulent, ils l'ont !

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