DE LA STATUE DE HENRI IV
Accingunt omnes operi, pedibusque rotarum Subjichtnt lapstis , et slnpea vincula collo Inlendunt... Pueri circum innuptœque pitellœ Sacra caniint, funemque manu contingere gaudenl '.
VlRGlLF.
.le voyais s'élever , dans le lointain des âges . Ces monuuients, espoir de cent rois glorieux ;
Puis je voyais crouler les fragiles images
De ces fragiles demi-dieux.
Alexandre , un pêcheur des rives du Pyrée
Foule ta statue ignorée ,
Sur le pavé du Parlhénon ; Et les premiers rayons de la naissante aurore En vain dans le désert interrogent encore
Les muets débris de Memnon.
Ont-ils donc prétendu . dans leur esprit superbe , Qu'un bronze inanimé dût les rendre immortels? Demain le temps peut être aura caché sous l'herbe
Leurs imaginaires autels.
Le proscrit ;^ son tour peut remplacer l'idole ;
Des piédestaux du Capilole
Sylla détrône Marins.
Aux outrages du sort insensé qui s'o|)i)ose ! Le sage , de l'affront dont frémit Théudose ,
Sourit avec Uémélrius.
D'un héros toutefois l'image auguste et chère Hérite du respect qui payait ses vertus : Trajan domine encor les champs que de Tibère
Couvrent les temples abattus.
Souvent , lorsqu'en l'horreur des discordes civiles
La terreur planait sur les villes ,
Aux cris des peuples révoltés , Un héros , respirant dans le marbre immobile , Arrêtait tout à coup par son regard tranquille
Les factieux épouvantés !
Eh quoi ! sont-ils donc loin ces jours de notre hisloirc Où Paris sur son prince osa lever son bras , Où l'aspect de Henri , ses vertus , sa mémoire ,
^'ont pu désarmer des ingrats?
Que dis-je ? Ils ont détruit sa statue adorée.
Hélas! cette horde égarée
Mutilait l'airain renversé ; Et cependant , des morts souillant le saint asile , Leur sacrilège main demandait à l'argile
L'empreinte de son front glacé !
Voulaient-ils donc jouir d'un portrait plus fidèle Du héros dont leur haine a payé les bienfaits? Voulaient-ils , réprouvant leur fureur criminelle,
Le rendre à nos yeux satisfaits?
Non ; mais c'était trop peu de briser son image :
Ils venaient encor , dans leur rage ,
Briser son cercueil outragé.
Tel, troublant le désert d'un rugissement sombre , Le tigre en se jouant cherche à dévorer l'ombre
Du cadavre qu'il a rongé.
Assis près de la Seine , en mes douleurs amères , Je me disais : « La Seine arrose encore Ivrv .
ODES
!t les flots sont passés où , du temps de nos pères ,
Se peignaient les traits de Henri.
Jous ne verrons jamais l'image vénérée
D'un roi qu'à la France éplorée
Enleva si tôt le trépas , lans saluer Henri nous irons aux batailles , • t l'étranger viendra chercher dans nos murailles
Un héros qu'il n'y verra pas ! »
)ù courez-vous? — Quel bruit naît, s'élève et s'avance ? )ui porte ces drapeaux , signe heureux de nos rois ? )ieu! quelle masse au loin semble, en sa marche immense,
Broyer la terre sous son poids ? ^
lépondez.... Ciel ! c'est lui ! je vois sa noble tête...
Le peuple , fier de sa conquête ,
Répèle en chœur son nom chéri.
3 ma lyre, tais-loi dans la publique ivresse; 3ue seraient tes concerts près des chants d'allégresse
De la France aux pieds de Henri ?
Par mille bras traîné , le lourd colosse roule. M\ ! volons , joignons-nous à ces efforts pieux. Qu'importe si mon bras est perdu dans la foule!
Henri me voit du haut des cieux.
Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire ,
0 chevalier , rival en gloire
Des Bayard et des Duguesclin !
De l'amour des Français reçois la noble preuve, Nous devons ta statue au denier de la veuve ,
A l'obole de l'orphelin.
N'en douiez pas : l'aspect de cette image auguste Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux. 0 Français ! louez Dieu ; vous voyez un Roi juste ,
Un Français de plus parmi vous.
Désormais , dans ses yeux , en volant à la gloire,
INous viendrons puiser la victoire ;
Henri recevra notre foi :
Et quand on parlera de ses vertus si chères , Nos enfants n'iront pas demander à nos pères
Comment souriait le bon Roi!
Jeunes amis , dansez autour de celle enceinte ; Mêlez vos pas joyeux , mêlez vos heureux chants. Henri , car sa bonlé dans ses traits est empreinte ,
Bénira vos transports touchants.
Près des vains monuments que des tyrans s'élèvent,
Qu'après de longs siècles achèvent
Les travaux d'un peuple opprimé , Qu'il est beau cet airain où d'un Roi tutélaire La France aime à revoir le geste populaire
Et le regard accoutumé !
Que le fier conquérant de la Perse avilie, Las de léguer ses traits à de frêles métaux , Menace , dans l'accès de sa vaste folie ,
D'imposer sa forme à l'Alhos ; Qu'un Pharaon crue! , superbe en sa démence,
Couvre d'un obélisque immense
Le grand néant de son cercueil ; Son nom meurt , et bientôt l'ombre des Pyramides , Pour l'étranger, perdu dans ces plaines arides,
Est le seul bienfait de l'orgueil !
Un jour ( mais repoussons tout présage funeste !) Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs Brisaient de notre amour le monument modeste ,
Henri ! tu vivrais dans ims cœurs !
Cependant que du Nil les montagnes altières ,
Cachant cent royales poussières.
Du monde inulile fardeau , Du temps et de la mort alleslent le passage, Et ne sont déjù plus à l'œil ému du sage
Que la ruine d'un tombeau.
Février 1819.