‹ uvres de Victor HugoChapitre 82 sur 599 · DE LA STATUE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

DE LA STATUE DE HENRI IV

Accingunt omnes operi, pedibusque rotarum Subjichtnt lapstis , et slnpea vincula collo Inlendunt... Pueri circum innuptœque pitellœ Sacra caniint, funemque manu contingere gaudenl '.

VlRGlLF.

.le voyais s'élever , dans le lointain des âges . Ces monuuients, espoir de cent rois glorieux ;

Puis je voyais crouler les fragiles images

De ces fragiles demi-dieux.

Alexandre , un pêcheur des rives du Pyrée

Foule ta statue ignorée ,

Sur le pavé du Parlhénon ; Et les premiers rayons de la naissante aurore En vain dans le désert interrogent encore

Les muets débris de Memnon.

Ont-ils donc prétendu . dans leur esprit superbe , Qu'un bronze inanimé dût les rendre immortels? Demain le temps peut être aura caché sous l'herbe

Leurs imaginaires autels.

Le proscrit ;^ son tour peut remplacer l'idole ;

Des piédestaux du Capilole

Sylla détrône Marins.

Aux outrages du sort insensé qui s'o|)i)ose ! Le sage , de l'affront dont frémit Théudose ,

Sourit avec Uémélrius.

D'un héros toutefois l'image auguste et chère Hérite du respect qui payait ses vertus : Trajan domine encor les champs que de Tibère

Couvrent les temples abattus.

Souvent , lorsqu'en l'horreur des discordes civiles

La terreur planait sur les villes ,

Aux cris des peuples révoltés , Un héros , respirant dans le marbre immobile , Arrêtait tout à coup par son regard tranquille

Les factieux épouvantés !

Eh quoi ! sont-ils donc loin ces jours de notre hisloirc Où Paris sur son prince osa lever son bras , Où l'aspect de Henri , ses vertus , sa mémoire ,

^'ont pu désarmer des ingrats?

Que dis-je ? Ils ont détruit sa statue adorée.

Hélas! cette horde égarée

Mutilait l'airain renversé ; Et cependant , des morts souillant le saint asile , Leur sacrilège main demandait à l'argile

L'empreinte de son front glacé !

Voulaient-ils donc jouir d'un portrait plus fidèle Du héros dont leur haine a payé les bienfaits? Voulaient-ils , réprouvant leur fureur criminelle,

Le rendre à nos yeux satisfaits?

Non ; mais c'était trop peu de briser son image :

Ils venaient encor , dans leur rage ,

Briser son cercueil outragé.

Tel, troublant le désert d'un rugissement sombre , Le tigre en se jouant cherche à dévorer l'ombre

Du cadavre qu'il a rongé.

Assis près de la Seine , en mes douleurs amères , Je me disais : « La Seine arrose encore Ivrv .

ODES

!t les flots sont passés où , du temps de nos pères ,

Se peignaient les traits de Henri.

Jous ne verrons jamais l'image vénérée

D'un roi qu'à la France éplorée

Enleva si tôt le trépas , lans saluer Henri nous irons aux batailles , • t l'étranger viendra chercher dans nos murailles

Un héros qu'il n'y verra pas ! »

)ù courez-vous? — Quel bruit naît, s'élève et s'avance ? )ui porte ces drapeaux , signe heureux de nos rois ? )ieu! quelle masse au loin semble, en sa marche immense,

Broyer la terre sous son poids ? ^

lépondez.... Ciel ! c'est lui ! je vois sa noble tête...

Le peuple , fier de sa conquête ,

Répèle en chœur son nom chéri.

3 ma lyre, tais-loi dans la publique ivresse; 3ue seraient tes concerts près des chants d'allégresse

De la France aux pieds de Henri ?

Par mille bras traîné , le lourd colosse roule. M\ ! volons , joignons-nous à ces efforts pieux. Qu'importe si mon bras est perdu dans la foule!

Henri me voit du haut des cieux.

Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire ,

0 chevalier , rival en gloire

Des Bayard et des Duguesclin !

De l'amour des Français reçois la noble preuve, Nous devons ta statue au denier de la veuve ,

A l'obole de l'orphelin.

N'en douiez pas : l'aspect de cette image auguste Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux. 0 Français ! louez Dieu ; vous voyez un Roi juste ,

Un Français de plus parmi vous.

Désormais , dans ses yeux , en volant à la gloire,

INous viendrons puiser la victoire ;

Henri recevra notre foi :

Et quand on parlera de ses vertus si chères , Nos enfants n'iront pas demander à nos pères

Comment souriait le bon Roi!

Jeunes amis , dansez autour de celle enceinte ; Mêlez vos pas joyeux , mêlez vos heureux chants. Henri , car sa bonlé dans ses traits est empreinte ,

Bénira vos transports touchants.

Près des vains monuments que des tyrans s'élèvent,

Qu'après de longs siècles achèvent

Les travaux d'un peuple opprimé , Qu'il est beau cet airain où d'un Roi tutélaire La France aime à revoir le geste populaire

Et le regard accoutumé !

Que le fier conquérant de la Perse avilie, Las de léguer ses traits à de frêles métaux , Menace , dans l'accès de sa vaste folie ,

D'imposer sa forme à l'Alhos ; Qu'un Pharaon crue! , superbe en sa démence,

Couvre d'un obélisque immense

Le grand néant de son cercueil ; Son nom meurt , et bientôt l'ombre des Pyramides , Pour l'étranger, perdu dans ces plaines arides,

Est le seul bienfait de l'orgueil !

Un jour ( mais repoussons tout présage funeste !) Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs Brisaient de notre amour le monument modeste ,

Henri ! tu vivrais dans ims cœurs !

Cependant que du Nil les montagnes altières ,

Cachant cent royales poussières.

Du monde inulile fardeau , Du temps et de la mort alleslent le passage, Et ne sont déjù plus à l'œil ému du sage

Que la ruine d'un tombeau.

Février 1819.

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