LA GUERRE D ESPAGNE
Sine clade viclor.
182 ODES
A fui la Liberté , mère des saints exploits ; Il faut , pour réfléciiir cet astre tutélaire , Que , pur dans tous ses flots , le fleuve populaire Coule à l'ombre du trône appuyé sur les lois.
Un dieu du joug du mal a délivré le monde. Parmi les opprimés il vint prendre son ran{î; Rois ! — en vœux fraternels sa parole est féconde ;
Peuple ! — il fut pauvre , humble et souffrant. La Liberté sourit à toutes les victimes ,
A tous les dévoûments sublimes ,
Sauveurs des états secourus ; A ses yeux la Vendée est sœur des Tliermopyles : Et le même laurier, dans les mêmes asiles,
Unit Malesberbe et Codrus.
Oh ! que la Royauté , puissante et vénérable , Fille, aux cheveux blanchis , des âges révolus j Perçant de ses clartés leur nuit impénétrable ,
Où tant d'astres ne brillent plus ; Soumettant l'aijîle au cygne et l'autour aux colombes ;
S'élevant de lombes en tombes.
Géant que grandit son fardeau ; Consacrant sur l'autel le fer dont elle est ceinte , Et mêlant les rayons de l'auréole sainte
Aux fleurons du royal bandeau ;
Oh 1 que la Royauté , peuples , est douce et belle ! — A force de bienfaits elle achète ses droits.
Son bras fort , quand bouillonne une foule rebelle ,
Couvre les sceptres d'une croix.
Ce colosse d'airain , de ses mains séculaires ,
Dans les nuages populaires ,
Lève un phare aux feux éclatants; Et, liant au passé l'avenir qu'il féconde , Pose à la fois ses pieds, en vain battus de l'onde ,
Sur les deux rivages du temps.
Aussi , que de malheurs suprêmes Elle impose aux infortunés , Oui , sous le joug des diadèmes Courbèrent leurs fronts condamnés !
Il faut que leur cœur soit sublime.
Affrontant la foudre el l'abîme , Leur nef ne doit pas fuir l'écueil.
Un Roi digne de la couronne Ne sait pas descendre du trône , Mais il sait descendre au cercueil.
Il faut, comme un soldat , qu'un prince ail une épée. Il faut , des faciions quand l'astre inq)ur a lui , Que , nuit et jour, bravant leur attente trompée ,
Un glaive veille auprès de lui ; Ou que de son armée il se fasse un cortège;
Oue son fier palais se protège
D'un camp au front étincelant; Car de la Royauté la Guerre est la compagne : On ne peut te briser, sceptre de Charlemagne ,
Sans briser le fer de Roland !
Roland ! — N'est-il pas vrai , noble élu de la Guerre , Que ton ombre, éveillée aux cris de nos guerriers , Aux champs de Roncevaux lorsqu'ils passaient naguère.
Les prit pour d'anciens chevaliers ?
Car le héros , assis sur sa tombe célèbre ,
Les voyait , vers les bords de l'Èbre
Déployant leur vol immortel , Du haut des monts , pareils à l'aigle ouvrant ses ailes , Secouer, pour chasser de nouveaux infidèles ,
L'éclatant cimier de Martel !
Mais un autre héros encore , Pelage , l'effroi des tyrans , Pelage , autre vainqueur du Maure , Dans les cieux saluait nos rangs.
Au char où notre gloire brille , Il attelait de la Caslille Le vieux lion , fier et soumis ; Répétant noire cri d'alarmes , Il mêlait sa lance à nos armes , Et sa voix nous disait : Amis !
Des pas d'un conquéranl l'Espagne encor fumante
Pleurait, prosliluée ù notre Liberté,
Entre les bras sanglr.nts de l'effroyable amante ,
Sa royale virginité.
Ce peuple allier, chargé de despotes vulgaires ,
Maudissait , épuisé de guerres ,
Le monstre , en ses champs accouru ; Si las des vils tribuns et des tyrans serviles , Que lui-même appelait l'étranger dans ses villes ,
Sans frémir d'être secouru !
Les Français sont venus : — du Rliin jusqu'au Bosphore, Peuples de l'aquilon , du couchant , du midi , Pourquoi , vous dont le front, que l'effroi trouble encore,
Se courba sous leur pied hardi ; Nations de la veille à leur chaîne échappées,
Qu'on vil tomber sous leurs épées ,
Ou qui par eux avez vécu ; Empires , potentats , cités, royaumes , princes ! Pourquoi , puissants Étals , qui fûtes nos provinces ,
Me demander s'ils ont vaincu ?
Ils ont appris à l'anarchie
Ce que pèse le fer gaulois ;
Mais par eux l'Espagne affranchie
Ke peut rougir de leurs exploits ;
Tous les peuples , que Dieu seconde ,
Quand l'hydre , en désastres féconde ,
Tourne vers eux son triple dard ,
Ont , ligués contre sa furie ,
Le temple pour même patrie ,
La croix pour commun étendard.
Pourtant que désormais Madrid taise à l'histoire Les succès trop longtemps par son orgueil redits , Et le royal captif que l'ingrate victoire
Dans ses murs envoya jadis.
Cadix nous a vengés de l'affront de Pavie.
A l'ombre d'un héros ravie
La gloire a rendu tous ses droits ; Oubliant quel Français a porté ses entraves, La fière Espagne a vu si les mains de nos braves
Savent briser les fers des rois!
Préparez , Castillans , des fêtes solennelles ,
Des murs de Sarragosse aux Champs d'Almonacid.
Mêlez à nos lauriers vos palmes fraternelles;
Chantez Bayard , — chantons le Cid !
Qu'au vieil Escurial le vieux Louvre réponde ;
Que votre drapeau se confonde
A nos drapeaux victorieux. Que Gadès éditîe un autel sur sa plage !
Que de lui-même , aux monts d'où se leva Pelage , S'allume un feu mystérieux !
Pour témoigner de leurs paroles ,
Où sont ces nouveaux Décius ?
Le brasier attend les Scévoles !
Le gouffre attend les Curlius !
Quoi, traînant leurs fronts dans la poudre,
Tous , de Bourbon qui tient la foudre ,
Embrassent les sacrés genoux !...' —
Ah ! la victoire est généreuse ,
Leur cause inique est malheureuse ,
Ils sont vaincus , ils sont absous !
Un Bourbon pour punir ne voudrait pas combattre. Le droit de son triomphe est toujours le pardon. Pourtant des factions que son bras vient d'abattre
Il éteint le dernier brandon.
Oh ! de combien de maux , peuples, il vous délivre !
Hélas ! à quels forfaits se livre
Le Monstre à ses pieds frémissant !
Nous qui l'avons vaincu , nous fûmes sa conquête. Nous savons , lorsque tombe une royale tête ,
Combien il en coule de sang !
0 nos guerriers , venez ! vos mères sont contentes ! Vos bras , terreur du monde , en deviennent l'appui. Assez on vit crouler de trônes sous vos tentes !
Relevez les rois aujourd'hui !
Dieu met sur votre char son arche glorieuse ;
Votre tente victorieuse
Est son tabernacle immortel; Des saintes légions votre étendard dispose ; Il veut que votre casque à sa droite repose
Entre les vases de l'autel !
C'en est fait : loin de l'espérance
Chassant le crime épouvanté ,
Les cieux commettent à la France
La garde de la Royauté.
Son génie, éclairant les trames,
Luit comme la lampe aux sept flammes,
Cachée aux temples du Jourdain ;
Gardien des trônes qu'il relève ,
Son glaive est le céleste glaive
Qui flamboie aux portes d'Éden !
Novembre 1823.