SUR L'ENCYCLOPÉDIE
Mon SEiGif EUR ,
Votre altesse demande quelques détails sur YEncf^ clopédie; j'obéis à vos ordres. Cet immense projet fut
> Voyez tODie XJLI, page 19; et, tome XLTm, ropuscule intitulé De V Encyclopédie, B.
LETTRE SUR l'eNCTCLOPEDJE. 53S
conçu par MM. Diderot et Dalembert, deux philosophes qui font honneur à la France : Fun a étë dis* tingué par les générosités de Timpératrioe de Russie; et l'autre par le refus d'une fortune éclatante offerte par cette impératrice, mais que sa philosophie même ne lui a pas permis d'accepter. M. le chevalier de Jau* court, d'une ancienne maison qu'il illustre par ses vastes connaissances comme par ses vertus, se joignit à ces deux savants, et se signala par un travail infatigable.
Ils furent aidés. par M. le comte d'Hérou ville, lientenant général des armées du roi, profondément instruit dans tous les arts qui peuvent tenir à votre grand art de la guerre ; par M. le comte de Tressan, aussi lieutenant général , dont les différents mérites sont universellement reconnus; par M. de Saint-Lambert, ancien officier, qui, en fesant des vers mieux que Chapelle, n'en a pas moins approfondi ce qui regarde les armes. Plusieurs autres officiers généraux ont donné d'excellents Mémoires de tactique.
D'habiles ingénieurs ont enrichi ce Dictionnaire de tout ce qui concerne l'attaque et la défense des places. Des présidents et des conseillers des parlements ont fourni plusieurs articles sur la jurisprudence. Enfin, il n'y a point de science, d'art, de profession, dont les plus grands maîtres n'aient à l'envi enrichi ce Dictionnaire. C'est le premier exemple, et le dernier peut-être sur la terre, qu'une foule d'hommes supérieurs se soient empressés sans aucun intérêt, sans aucune vue particulière, sans même celle de la gloire (puisque quelques uns se sont cachés),
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à former ce dépôt immortel des connaissances de l'esprit humain.
Cet ouvrage fut entrepris sous les auspices et sous les yeux du comte d'Argenson, ministre detat, capable de l'entendre, et digne de le protéger. Le vestibule de ce prodigieux édifice est un discours préliminaire compose par M. Dalembert. J'ose dire hardiment que ce discours, applaudi de toute l'Europe, parut supérieur à la méthode de Descartes, et égal à tout ce que l'illustre chancelier Bacon avait écrit de mieux. S'il y a dans le cours de l'ouvrage des articles frivoles, et d'autres qui sentent plutôt le déclamateur que le philosophe, ce défaut est bien réparé par la quantité prodigieuse d'articles profonds et utiles. lies éditeurs ne purent refuser quelques jeunes gens ^ qui voulurent, dans cette collection, mettre leurs essais à côté des chefs-d'œuvre des maîtres. On laissa gâter ce grand ouvrage par politesse; c'est le salon d'Apollon où des peintres médiocres ont quelquefois mêlé leurs tableaux à ceux des Vanloo et des Lemoine. Mais votre altesse a bien dû s'apercevoir, en parcourant V Encyclopédie, que cet ouvrage est précisément le contraire des autres collections, c'est-à-dire que le bon l'emporte de beaucoup sur le mauvais.
Vous sentez bien que, dans une ville telle que Paris, plus remplie de gens de lettres que ne le furent jamais
> Voltaire, dans aa lettre à Damilaville, du 8 octobre 1764, dit : •• J*aa- « rais bien voulu que des Cahusac, des Desmabis n'eussent pas travaillé à « X Encyclopédie; qu'on se fût associé de vraû sarants, et non pas de petits « freluquets. » Cabusac, né vers 1710, est mort en 1759; Desmabis, né en 171a, est mort en C761. B.
SUR l'engtclopiédie. 537
Athènes et Rome, ceux qui ne furent pas admis à cette entreprise importante s'élevèrent contre elle. Les jésuites commencèrent; ils avaient voulu travailler aux articles de théologie, et ils avaient été refusés. Il n'en fallait pas plus pour accuser les encyclopédistes d'irréligion, c'est la marche ordinaire. Les jansénistes, voyant que leurs rivaux sonnaient l'alarme, ne restèrent pas tranquilles. Il fallait bien montrer plus de zèle que ceux auxquels ils avaient tant reproché une morale commode.
Si les jésuites crièrent à l'impiété, les jansénistes hurlèrent. Il se trouva un convulsionuaire ou convulsionniste, nommé Abraham Chaumeix, qui présenta à des magistrats une accusation en forme, intitulée : Préjugés légitimes contre r Encyclopédie y dont le premier tome paraissait à peine; c'était un étrange assemblage que ces mots de préjugé qui signifie proprement illusion, et légitime qui ne convient qu'à ce qui est raisonnable. Il poussa ses préjugés très illégitimes jusqu'à dire que, si le venin ne paraissait pas dans le premier volume, on l'apercevrait sans doute dans les suivants. Il rendait les encyclopédistes coupables, non pas de ce qu'ils avaient dit, mais de ce qu'ils diraient.
Comme il faut des témoins dans un procès criminel, il produisait saint Augustin et Cicéron: et ces témoins étaient d'autant plus irréprochables, qu'on ne pouvait convaincre Abraham Chaumeix d'avoir eu avec eux le moindre commerce. Les cris de quelques énergumènes, joints à ceux de cet insensé, excitèrent une assez longue persécution; mais qu'est- il arrivé?
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ia même chose qu'à la saine philosophie, à Témétique, à la circulation du sang, à Finoculation : tout cela fut proscrit pendant quelque temps, et a triomphé enfin de l'ignorance, de la bâtise, et de l'envie; le Dictionnaire encyclopédique, malgré ses défauts, a subsisté; et Abraham Chaumeix est allé cacher sa honte à Moscou ^ On dit que l'impératrice l'a forcé à être sage; c'est un des prodiges de son règne.
De tous ceux qui ont attaqué la religion chrétienne dans leurs écrits, les Juifs seraient peut-être les plus à craindre; et si on ne leur opposait pas les miracles de notre Seigneur Jésus-Christ, il serait fort difficile à un savant médiocre de leur tenir tête. Ils se regardent comme les fils aînés de la maison, qui^ en perdant leur héritage, ont conservé leurs titres. Ils ont employé une sagacité profonde à expliquer toutes les prophéties à leur avantage. Ils prétendent que la loi de Moïse leur a été donnée pour être éternelle; qu'il est impossible que Dieu ait changé, et qu'il se soit parjuré; que notre Sauveur lui-même en est convenu. Ils nous objectent que, selon Jésus-Christ, aucun point, aucun iota de la loi ne doit être transgressé^; que Jésus était venu pour accomplir la loi, et non
I Yoyez tome XXVI , pages 7 et 8. B.
>MatUi., ▼» iS. B.
LETTRE SUR LES JUIFS. SSp
pour l'abolir' ; qu'il en a observé tous les commande* ments; qu'il a été circoncis; qu'il a gardé le sabbat, solennisé toutes les fêtes; qu'il est né Juif, qu'il a vécu Juif, qu'il est mort Juif; qu'il n'a jamais institué une religion nouvelle; que nous n'avons pas une seule ligne de lui ; que c'est nous, et non pas lui, qui avons fait la religion chrétienne.
Il ne faut pas qu'un chrétien hasarde de disputer contre un Juif, à moins qu'il ne sache la langue hébraïque comme sa langue maternelle; ce qui seul peut le mettre en état d'entendre les prophéties, et de répondre aux rabbins. Voici comme s'exprime Joseph Scaliger dans ses Excerpta: « Les Juifs sont subtils; « que Justin a écrit misérablement contre Tryphon ! « et Tertullien plus mal encore! Qui veut réfuter les « Juifs, doit connaître à fond le judaïsme. Quelle honte! « Lies chrétiens écrivent contre les chrétiens, et n'o- «sent écrire contre les Juifs'!»
Le Toldos Jeschut est le plus ancien écrit juif qui nous ait été transmis contre notre religion. C'est une Vie de Jésus-Christ toute contraire à nos saints Evangiles; elle parait être du premier siècle, et même écrite avant les Evangiles; car l'auteur ne parlp pas d'eux, et probablement il aurait tâché de les réfuter s'il les avait connus. Il fait Jésus fils adultérin de M iriah ou Mariah, et d'un soldat nommé Joseph Panther; il raconte que lui et Judas voulurent chacun se faire chef
«Matth.,^, 17. B.
* Ce qu*on Tient de lire est U traduction d'un passage du ScaUgtrtma (secuttda), qui oommenoe ainsi : « Judsei hodie cum disputant sunt siibti- « les» etc. » B.
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de secte; que tous deux semblaient opérer des pro* diges , par la vertu du nom de Jéhova , qu'ils avaient appris à prononcer comme il le faut pour faire les conjurations. C'est uu ramas de rêveries rabbiniques fort au-dessous des Mille et une nuits, Origèoe le réfuta, et c'était le seul qui le pouvait faire; car il fut presque le seul Père grec savant dans la langue hébraïque.
Les Juifs théologiens n'écrivirent guère plus raisonnablement jusqu'au onzième siècle : alors éclairés par les Arabes devenus la seule nation savante, ils mirent plus de jugement dans leurs ouvrages: ceux du rabbin Aben Hezra furent très estimés: il fut chez les Juifs le fondateur de la raison , autant qu'on la peut admettre dans les disputes de ce genre. Spinosa s'est beaucoup servi de ses ouvrages.
Long-temps après Aben Hezra, vint Maimonides au treizième siècle : il eut encore plus de réputation. Depuis ce temps-là jusqu'au seizième, les Juifs eurent des livres intelligibles, et par conséquent dangereux : ils en imprimèrent quelques uns dès la fin du siècle quinzième. I^ nombre de leurs manuscrits était considérable. Les théologiens chrétiens craignirent la séduction; ils firent brûler les livres juifs sur lesquels ils purent mettre la main; mais ils ne purent ni trouver tous les livres, ni convertir jamais un seul homme de cette religion. On a vu, il est vrai, quelques Juifs feindre d'abjurer, tantôt par avarice, tantôt par terreur ; mais aucun n'a jamais embrassé le christianisme de bonne foi ; un Carthaginois aurait plutôt pris le parti de Rome, qu'un Juif ne se serait
SCR LES JUIFS. h^t
fait 'chrétien. Orobio' parle de quelques rabbins espagnols et arabes qui abjurèrent, et devinrent évêques en Espagne ; mais il se garde bien de dire qu'ils eussent renoncé de bonne foi à leur religion.
Les Juifs n'ont point écrit contre le mahométisme; ils ne l'ont pas à beaucoup près dans la même horreur que notre doctrine : la raison en est évidente ; les musulmans ne font point un Dieu de Jésus-Christ.
Par une fatalité qu'on ne peut assez déplorer, plusieurs savants chrétiens ont quitté leur religion pour le judaïsme. Rittangel, professeur des langues orientales à Konigsberg dans le dix-septième siècle, embrassa la loi mosaïque. Antoine', ministre à Genève, fut brûlé pour avoir abjuré le christianisme en faveur du judaïsme, en i63a. Ijes Juifs le comptent parmi les martyrs qui leur font le plus d'honneur. Il fallait que sa malheureuse persuasion fût bien forte, puisqu'il aima mieux souffrir le plus affreux supplice que se rétracter.
On lit dans le Nizzachon Fétus y c'est-à-dire le Livre de l'ancienne victoire, un trait concernant la supériorité de la loi mosaïque sur la chrétienne et sur la persane, qui est bien dans le goût oriental. Un roi ordonne à un juif, à un galilcen, et à un mahométan, de quitter chacun sa religion, et leur laisse la liberté de choisir une des deux autres ; mais s'ils ne changent pas, le bourreau est là qui va leur trancher la tête. Le chrétien dit: Puisqu'il faut mourir ou changer, j'aime mieux être de la religion de Moïse que de
' Yoyez d-aprèi, page 545. B.
> Yoyez tome XXXI , page a^S ; et XLU, 436. B.
celle de Mahomet ; car les chrétiens sont plus anciens que les musulmans, et les juifs plus anciens que Jésus; je me fais donc juif. Le mahométan dit : Je ne puis me faire chien de chrétien, j'aime encore mieux me faire chien de juif, puisque ces juifs ont le droit de primauté. Sire, dit le juif, votre majesté voit bien que je ne puis embrasser ni la loi du chrétien ni celle du mahométan, puisque tous deux ont donné la préférence à la mienne. Le roi fut touché de cette raison, renvoya son bourreau, et se fit juif. Tout ce qu'où peut inférer de cette historiette, c'est que les princes ne doivent pas avoir des bourreaux pour apôtres.
Cependant les juifs ont eu des docteurs rigides et scrupuleux, qui* ont craint que leurs compatriotes ne se laissassent subjuguer par les chrétiens. Il y a eu entre autres un rabbin nommé Beccai, dont voici les paroles : « Les sages défendent de prêter de l'ar» « gent à un chrétien, de peur que le créancier ne a soit corrompu par le débiteur; mais un juif peut « emprunter d'un chrétien , sans crainte d'être sé- « duit par lui ; car le débiteur évite toujours son « créancier. »
Malgré ce beau conseil , les juifs ont toujours prête à une grosse usure aux chrétiens, et n'en ont pas été plus convertis.
Après le fameux Nizzachon Fétus ^ nous avons la relation de la dispute du rabbin Zéchiel et du domi* nicain frère Paul , dit Cyriaque. C'est une conférence tenue entre ces deux savants hommes , en i a63, en présence de don Jacques, roi d'Ai*agon, et de la reine sa femme. Cette conférence est très mëmoraUe.
Les deux athlètes étaient savants dans l'hébreu et dans l'antiquité. Le Talmudy le Targumy les archives du sanhédrin , étaient sur la table. On expliquait en espagnol les endroits contestés. Zéchiel soutenait que Jésus avait été condamné sous le roi Alexandre Jan* née, et non sous Hérode le tétrai*que, conformément à ce qui est rapporté dans le Toldos Jeschut et dans le Talmud. Vos Ëvangiles, disait-il, n'ont été écrits que vers le commencement de votre second siècle, et ne sont point authentiques comme notre Talmud. Nous n'avons pu crucifier celui dont vous nous parlez du temps dllérodele tétrarque, puisque nous n'avions pas alors le droit du glaive; nous ne pouvons l'avoir crucifié, puisque ce supplice n'était point en usage parmi nous. Notre Talmud porte que celui qui périt du temps de Jannée fut condamne à être lapidé. Nous ne pouvons pas plus croire vos Évangiles que les Lettres prétendues de Pilate que vous avez supposées. Il était aisé de renverser cette vaine érudition rabbinique. La reine Bnit la dispute en demandant aux juifs pourquoi ils puaient.
Ce même Zéchiel eut encore plusieurs autres conférences dont un de ses disciples nous rend compte. Chaque parti s*attribua la victoire, quoiqu'elle ne pût être que du coté de la vérité.
Le Rempart de la foi^ écrit par un Juif nommé Isaac, trouvé en Afrique, est bien supérieur à la relation de Zécktel, qui est très confuse, et remplie de puérilités. Isaac est méthodique et très bon dialecticien: jamais l'erreur n'eut peut*^tre un plus grand appui. Il a rassemblé sous cent propositions toutes
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OrobtQ soutient d'abord que îamais il n'a éto gr* donné aux Jui& par leur loi de croire à un Messie.
Qu'il n'y a aucun passage dans X Ancien Tesiament qui fasse dépendre le salut d^Israêl de la foi au Messie.
Qu'on ne trouve nulle part qu'Israël ait été menacé de p'étre plus le peuple choisi, s'il ne croyait pas au futur Messie.
Que dans aucqn endroit il n'est dit que la loi judaïque soit l'ombre et la figurf) d'une autre loi ; qu'au contraire, il est dit partout que la loi 4ç Moise doit être éternelle.
Que tout prophète ' même qui ferait des miracles pour changer quelque chose à la loi mosaïque i devait être puni de mort.
Qu'à la vérité quelques prophètes ont prédit auiL Juifs, dans leurs calamités, qu'ils auraient un jour un libérateur; mais que ce libérateur serait le soutien de la loi mosaïque, au lieu d'en être le destructeur.
Que les Juifs attfindent toujours un Messie, lequel sera un roi puissant et juste.
Qu'une preuve de l'immutabilité étemelle de la religion mosaïque est que les Juifs, dispersés sur toute la terre, n'ont jamais cepends^nt changé une seule virgule à leur loi ; et que les Israélites de Rome, d'Angleterre, de hollande, d'Allemagne, de Pologne, de Turquie, de Perse, ont conslamuaent tenu la ipême doctrine depuis la prise de Jérusalem par Titus , sans que jamais il se soit élevé parmi eux la plus petite secte, ^ui se soit écartée d'une seule observance et d'une seule opinion de la nation israélite.
' DeuL f XIII , 5. B.
Qu'au contraire les chrëtiens ont été divisés outre eux dès la naissauce de leur religion.
Qu'ils sont encore partagés en beaucoup plus de sectes qu'ils n'ont d'états : et qu'ils se sont poursuivis à feu et à sang les uns les autres pendant plus de douze siècles entiers. Que si l'apotre Paul ' trouva bon que les juifs continuassent à observer tous les pré* ceptes de leur loi , les chrétiens d'aujourd'hui ne devaient pas leur reprocher de faire ce que rapôtrèPairl leur a permis.
Que ce n'est point par haine et par malice qu'Israël n'a point reconnu Jésus; que ce n'est point par des vues basses et charnelles que les Jnifs sont attachés à leur loi ancienne; qu'au contraire ce n'est que dans l'espoir des biens célestes qu'ils lui sont fidèles, malgré les persécutions des Babyloniens, des Syriens, des Romains; malgré leur dispersion et leur opprobre; malgré la haine de tant de nations; et que Ton ne doit point appeler c/èornel un peuple entier qui est le martyr de Dieu depuis près de quarante siè<;les.
Que ce sont les chrétiens qui ont attendu des biens charnels, témoin presque tous les premiers Pères de l'Eglise, qui ont espéré de vivre mille ans dans une nouvelle Jérusalem , au -milieu de l'abondance et de toutes les délices du corps.
Qu'il est impossible que les Juifs aient crucifié le vrai Messie, attendu que les prophètes disent expressément que le Messie viendra purger Israël de tout péché, qu'il ne laissera pas une seule souillui*e en Israël; que ce serait le plus horrible péché et la plus
< épitre aux Romains , chap. 11. B.
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abominable souillure, ainsi que la contradiction la plus palpable y que Dieu envoyât son Messie poui* être crucifié.
Que les préceptes du Décalogue étant parfaits, toute nouvelle mission était entièrement inutile.
Que la loi mosaïque n'a jamais eu aucun sens mystique.
Que ce serait tromper les hommes de leur dire des choses que l'on devrait entendre dans un sens différent de celui dans lequel elles ont été dites.
Que les apôtres chrétiens n'ont jamais égalé les miracles de Moïse.
Que les évangélistes et les apôtres n'étaient point des hommes simples, puisque Luc était médecin, que Paul avait étudié sous Gamaliel , dont les Juifs ont conservé les écrits.
Qu'il n'y avait point du tout de simplicité et d'idiotisme à se faire apporter tout l'argent de leurs néophytes;.que Paul, loin d'être un homme simple, usa du plus grand artifice en venant sacrifier dans le temple, et en jurant devant Festus Agrippa ' qu'il n'avait rien fait contre la circoncision et contre la loi du judaïsme.
Qu'enfin les contradictions qui se trouvent dans les Evangiles prouvent que ces livres n'ont pu être inspirés de Dieu.
Limborch répond à toutes ces assertions par les arguments les plus forts que l'on puisse employer. Il eut tant de confiance dans la bonté de sa cause , qu'il ne balança pas à faire imprimer cette célèbre dispute;
■ Actes , XXV, 8. B.
mais comme il était du parti des arminiens, celui des gomaristes le persécuta : on lui reprocha d'avoir exposé les vérités de la religion chrétienne à un combat dont ses ennemis pourraient triompher. Orobio ne fut point persécuté dans la synagogue.
d'uRIKI. AC08TA.
Il arriva à Uriel Acosta, dans Amsterdam, à peu près la même chose qu'à Spinosa : il quitta dans Amsterdam le judaïsme pour la philosophie. Un Espagnol et un Anglais s'étant adressés à lui pour se faire juifs, il les détourna de ce dessein , et leur parla contre la religion des Hébreux : il fut condamné à recevoir trente-neuf coups de fouet à la colonne, et à se prosterner ensuite sur le. seuil de la porte ; tous les assistants passèrent sur son corps.
Il Gt imprimer cette aventure dans un petit livre que nous avons encore; et c'est là qu'il professe n'être ni juif, ni chrétien, ni mahométan, mais adorateur d'un Dieu. Son petit livre est intitulé : Exemplaire de la vie humaine. Le même Limborch réfuta Uriel Acosta, comme il avait réfuté Orobio; et le magistrat d'Amsterdam ne se mêla en aucune manière de ces querelles.