‹ Œuvres de VoltaireChapitre 104 sur 125 · SUR SPINOSA · texte numérisé non relu

SUR SPINOSA

MONSEIGITEIIR ,

Il me semble qu'on a souvent aussi mal jugé la personne de Spinosa que ses ouvrages. Voici ce qu'on

55o LETTRE

dit de lui dans deux Dictionnaires historiques ' : «Spinosa aVait un tel désir de s'immortaliser, qu'il Cl eût sacrifié volontiers à cette gloire la vie présente, « eût-il fallu être mis en pièces par un peuple muet tiné.... Les absurdités du spinosisme ont été parce faitement réfutées.... par Jean Bi*edembourg , boura geois de Rotterdam. »

Autant de mots, autant de faussetés. Spinosa était précisément le contraire du poitrait qu'on trace de lui. On doit détester son athéisme , mais on ne doit pas mentir sur sa personne. Jamais homme ne fut plus éloigné en tout sens de la vaine gloire, il le faut avouer; ne le calomnions pas en le condamnant. Le ministre Colerus, qui habita long-temps la propre chambre où Spinosa mourut, avoue, avec tous ses contemporains, que Spinosa vécut toujours dans une profonde retraite, cherchant à se dérober au monde, ennemi de toute superfluité , modeste dans la conversation, négligé dans ses habillements, travaillant de ses mains , ne mettant jamais son nom à aucun de ses ouvrages : ce n'est pas là le caractère d'un ambitieux de gloire.

A l'égard de Bredembourg, loin de le réfuter parfaitement bien , j'ose croire qu'il le réfuta parfaitement mal; j'ai lu cet ouvrage, et j'en laisse le jugement à quiconque comme moi aura la patience de le

> Dans le Dictionnaire de Ladvocat on trouve textuellement le cité par Toltaire. Dans celui de Barrai (voyex ma note, tome XXyiII, page 348) on lit : « Cet impie avait un désir extrême d'immortaliser son •> nom par son athéisme , et il eét sacrifié Tolontien k vie présente a cette « vanité dangereuse. » B.

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