‹ Œuvres de VoltaireChapitre 109 sur 125 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

AVANT BIHKK.

h^JiBBÉ COUET^

Quoi! monàieur le comte, vous croyez la philosophie aussi utile au genre humain que la religion apostolique, catholique et romaine?

' Cet ouvrage est de décembre 1767; les if énoires secrets en parleot dès le xo janvier 1768; la première édition , 10-8° de 60 pages, était sans frontispîce et sans nom d'auteur. Mais on eut bientôt reconnu Voltaire , et plus que jamais on se déchaîna contre son impiété. Toltaire, effrayé, non seulement désavoua le Dùter, mais il écrivait, le aa janvier 1768, a Marmontel , que " tous les gens un peu au bit savent TécTit être de Saint-Hyacinthe, qui •< le fit imprimer en Hollande en 1728. » Le lendemain il écrivait & d*Axgental que le nom de Saint- Hyacinthe était sur le livrç, preuve évidente, selon lui, que Voltaire n'en était pas Tauteur. Et pour prouver ce qu'il disait de Tédition de 1728, Voltaire fit foire une édition intitulée D/nerdu comte de BoulainvilUers par M. Saint-Hiaciate , 1728, in-8^ de Oo pages. Mais cette édition de X7a8 est imprimée avec les mêmes caractères que /a Profession des théistes, fÉpitre aux Romains, etc., sortis, en 1768, des presses de Cramer, à Genève. Des libraires de Hollande donnèrent aussi

> Couet (Bernard), grand-vicaire du cardinal de Noailles, chanoine de Notre-Dame, confesseur du chancelier Daguesseau, fut assassiné le 3o avril 1736. Voltaire lui avait adressé, en X7a5, un quatrain piquant; voyez t. LI, p. x49-5o. B.

LE DUfER, KTC. I767. 563

LE COMTE DE BOULA flT VI LLJ ERS.

La philosophie étend son empire sur tout l'univers, et votre Église ne domine que sur une partie de l'Europe; encore y a-t-elle bien des ennemis. Mais TOUS devez m'a vouer que la philosophie est plus salutaire mille fois que votre religion, telle qu'elle est pratiquée depuis long-temps.

l'abbé.

Vous m'étonnez. Qu'entendez- vous donc par philosophie?

LE COMTE

J'entends l'amour éclairé de la sagesse, soutenu par l'amour de l'Être éternel, rémunérateur de la vertu et vengeur du crime.

l'abbjé.

Eh bien! n'est-ce pas là ce que notre religion annonce ?

alors ime édition sous la date de 1728, in-S**; elle est en caractères plus gros qne celle des Cramer. En composant son Diner, en 1767, Voltaire ne pensa pas que le comte de BoulainTilliers était mort en 17^2, et commit quelques anachronismes (voyez pages 587 et ^07).

Le R. P. Tiret, cordelier, qui avait déjà écrit contre la Pldiotophie de rhistoirê (voyez, tome XY, ma Préboe, page 11), publia £« mauvaiidmer, ou Lettres sur le diner du comte de Boulainvil/iers, 1770, in-8* de viij et aSa pages.

La BiàHotkeea seriptoram societatis Jesu {supplementum /, i3a, Rome, i8i4', in-4'^ attribue a l'abbé Feller une Lettre sur le Diner du compte (sic) de Bouluinpiliiers, que je n*«i jamais vue. Mais le P. Caballero ne peut fiiire autorité pour ce qui regarde la bibliographie des auteurs françus ; et je crois qu'il a voulu parler de l'ouvrage du P. Tiret.

M. Peignot, dans son Dictionnaire ... des principeuix livres condamnés au feu, tome II, page 189, mentionne le Diner du comte de Boulainwlliers , sans donner la date de sa condamnation. B.

564 l'E DÎNER DU COMTE

LE COMTE

Si c'est là ce que vous annoncez, nous sommes d'accord: je suis bon catholique, et vous êtes bon philosophe; n'allons donc pas plus loin ni l'un ni l'autre. Ne déshonorons notre philosophie religieuse et sainte , ni par des sophismes et des absurdités qui outragent la raison, ni par la cupidité effrénée des honneurs et des richesses qui corrompent toutes les vertus. N'écoutons que les vérités et la modération de la philosophie; alors cette philosophie adoptera la religion pour sa fille.

l'abbé.

Avec votre permission, ce discours sent un peu le fagot.

LE COMTE

Tant que vous ne cesserez de nous conter des fagots, et de vous servir de fagots allumés au lieu de raisons, vous n'aurez pour partisans que des hypocrites et des imbéciles. L'opinion d'un seul sage l'emporte sans doute sur les pi*estiges des fripons , et sur l'asservissement de mijle idiots. Vous m'avez demandé ce que j'entends par philosophie; je vous demande à mon tour ce que vous entendez par religion.

Il me faudrait bien du temps pour vous expliquer tous nos dogmes.

* LE COMTE

Cest déjà une grande présomption contre vous. Il vous faut de gros livres; et à moi il ne faut que quatre mots: Sers Dieu, soisju^te.

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