CHAP. III. DE LA DIVINITIÉ, ETC. S'J
voisines, Chaldéens., Égyptiens, Syriens, Phéniciens, avaient embrassé depuis si longtemps cette croyance utile ?
Est-il possible que Dieu eût pu prescrire aux Juifs la manière d'aller à la selle dans le désert ' , et leur cacher le dogme d'une vie fîiture? Hérodote nous apprend que le fameux temple de Tyr était bâti deux mille trois cents ans avant lui. On dit que Moïse conduisait sa troupe dans le désert environ seize cents ans avant notre ère. Hérodote écrivait cinq cents ans avant cette ère vulgaire; donc le temple des Phéniciens subsistait douze cents ans avant Moïse; donc la religion phénicienne était établie depuis plus longtemps encore. Cette religion annonçait l'immortalité
trouve en TÎngt endroits dans Homère même; et le prétendu Moïse n'en parle pas ! il n'en est pas dit un seul mot ni dans le J!>éealofue\mf, ni dans tout le Peniateuque! U a fallu que des commentateurs ou très ignorants ou aussi fripons que sots, aient tordu quelques passages de Job, qui n*est point juif , pour faire accroire à des hommes plus ignorants quVux-mèmes, que Job avait parlé d'une vie k venir, parcequ'ii dit [iix, a 5, a6] : « Je « poumi me lever de mon fumier dans quelque temps ; mon protecteur est • vivant ; je reprendrai ma première peau, je le verrai dans ma chair; gv- « dez-Toos donc de me décrier et de me persécuter. »
Quel rapport , je tous prie , d'un malade qui soutire et qui espère de guérir, avec l'immortalité de Tame, avec l'enfer et le paradis? Si notre VV)irburton s*en était tenu à démontrer que la loi juive n'enseigna jamail une autre vie, il aurait rendu un très grand service. Mais, par la démence hi plus incompréhensible, il a voulu hire accroire que hi grossièreté du Pen^ taieuque était une preuve de sa divinité; et par l'excès de son orgueil, il a soutenu cette chimère avec la plus extrême insolence. 1771.
* Le doyen Swift disait que, selon le Pentateutfue, Dieu avait eu bien plus soin du derrière des Juifii que de leurs âmes. 1771. Voyex le lyentéronome, eh. xxui [la, i3] ; vous jugerez que le doyen avait bien raison. 1776. — Dans une note sur le Deutéronome (voyez, tome XLIX, la BibU enfin espHt/uée) , Voltaire attribue à Collins la plaisanterie qu'il rap|>orte id comme étant de Swift. B.
58 CHAP. m. DE LA DIVINITÉ, ETC.
de l'ame, ainsi que les Chaldéens et les Égyptiens. La horde juive n'eut jamais ce dogme pour fondement de sa secte. C'était, dit-on , un peuple grossier auquel Dieu se proportionnait. Dieu se proportionner ! et à qui? à des voleurs juifs! Dieu être plus grossier qu'eux! n'est-ce pas un blasphème?
Qui est Fauteur du Pentateuque?
On me demande qui est Tauleur du Pentateuque: j'aimerais autant qu'on me demandât qui a écrit les quatre Fils Aymoriy Robert le Diable y et l'histoire de l'enchanteur Merlin.
Nei¥ton, qiii s'est avili jusqu'à eK.amiqer sérieusement cette question , prétend que ce fut Samuel qui écrivit ces rêveries, apparemment pour rendre les rois odieux à la horde juive, que ce détestable prêtre voulait gouverner. Pour moi, je pense que les Juifs ne surent lire et écrire que pendant leur captivité chez les Chaldéens, attendu que leurs lettres furent d'abord chaldaîques, et ensuite syriaques; npus n'avons jamais connu d'alphabet purement hébreu.
Je conjecture qu'Esdras forgea tous ces contes du Tonneau ^ au retour de la captivité. Il les écrivit en lettres chaldéennes, dans le jargon du pays, comme
I Ce chapitre a été ajouté en 1767; voyez ma note, page 41. B. > Ije Conte du Tonneau, ouvrage fisicétieux de Swift, a élé tradfii| en français par Van Efiien, 1721 , trois volumes in-ia. B.
QUI EST l'auteur DU PENTATEUQUE? Sg
des paysans du nord d'Irlande écriraient aujourd'hui en caractères anglais.
Les Cuthëens, qui habitaient le pays de Samarie, écrivirent ce même Pentateuque en lettres phéniciennes , qui étaient le caractère courant de leur nation, et nous avons encore aujourd'hui ce Pentateuque.
Je crois que Jérémie put contribuer beaucoup à la composition de ce roman. Jérémie était fort attaché, comme on sait, aux rois de; Babylone; il est évident, par ses rapsodies, qu'il était payé par les Babyloniens, et qu'il trahissait son pays; il veut toujours qu'on se rende au roi de Babylone. Les Égyptiens étaient alors les ennemis des Babyloniens. C'est pour faire sa cour au grand roi maître d'Hershalaim Ke* dusha, nommé par nous Jérusalem', que Jérémie et ensuite Esdras inspirent tant d'horreur aux Juifs pour les Égyptiens. Ils ^e gardent bien de rien dire contre les peuples de l'Euphrate. Ce sont des esclaves qui ménagent leur3 maîtres. Ils avouent bien que la horde juive a presque toujours été asservie; mais ils respectent ceux qu'ils servaient alors.
Que d'autres Juifs aient écrit les faits et gestes de leurs roitelets, c'est ce qui m'importe aussi peu que l'histoire des chevaliers de la table ronde et des douze pairs de Charlemagne ; et je regarde comme la
* Henbalaîm était le nom de Jérasalem ; et Kedaiha était son nom secret. Toutes les ailles avaient un nom mystérieux que l'on cachait soigneusement aux ennemis , de peur qu*ik ne mêlassent ce nom dans des enchantements, et par là ne se rendissent les maitres de la ville. A tout prendre, les Juifr n'étaient peut-être pas plui superstitieux qi^ leurs voisins; ils furent seulement plus cruels, plus usuriers, et plus ignorants. 1771.
6o CHAP. IV. QUI EST l'aUTEUR
plus futile de toutes les recherches celle de savoir le nom de l'auteur d'un livre ridicule.
Qui a écrit le premier l'histoire de Jupiter, de Neptune, et de Pluton? Je n'en sais rien, et je ne me soucie pas de le savoir.
Il y a une très ancienne Vie de Moïse écrite en hébreu*, mais qui n'a point été insérée dans le canon judaïque. On en ignore l'auteur, ainsi qu'on ignore les auteurs des autres livres juifs; elle est écrite dans ce style des Mille et une nuits ^ qui est celui de toute l'antiquité asiatique. En voici quelques échantillons.
L'an i3o après la transmigration des Juifs en Egypte, soixante ans après la mort de Joseph, le pharaon, pendant son sommeil, vit en songe un vieillard qui tenait en ses mains une balance. Dans l'un des bassins étaient tous les Égyptiens avec leurs enfants et leurs femmes; dans l'autre un seul enfant à la mamelle, qui pesait plus que toute l'Egypte entière. Le roi fit aussitôt appeler tous ses magiciens, qui furent tous saisis d'étonnement et de crainte. Un des conseillers du roi devina qu'il y aurait un enfant hébreu qui serait la ruine de l'Egypte. Il conseilla au roi de faire tuer tous les petits garçons de la nation juive.
L'aventure de Moïse sauvé des eaux est à peu près la même que dans Y Exode. On appela d'abord Moïse Schabar, et sa mère Jéchotiel. A l'âge de trois ans, Moïse, jouant avec Pharaon, prit sa couronne et
* Getle Vie de Moïse a été imprimée à Hambourg, en hébreu et eu latiu.