‹ Œuvres de VoltaireChapitre 28 sur 125 · ET DE LA JÉRUSALEM NOUYELLE. 1 I · texte numérisé non relu

ET DE LA JÉRUSALEM NOUYELLE. 1 I

nés, dès qu'il n'y aura plus ni hommes ni terres, il faut bien que toutes les terres appartiennent à ces moines.

Enfin, c'est sur cette démence qu'on fonda cette autre démence d'une nouvelle ville de Jérusalem qui devait descendre du ciel. \2 Apocalypse^ annonça cette prochaine aventure : tous les christicoles la crurent. On fît de nouveaux vers sibyllins dans lesquels cette Jérusalem était prédite; elle parut même cette ville nouvelle où les christicoles devaient loger pendant mille ans après l'embrasement du monde. Elle descendit du ciel pendant quarante nuits consécutives. Tertullien la vit de ses yeux. Un temps viendra où tous les honnêtes gens diront : Est-il possible qu'on ait perdu son temps à réfuter ce Conte du Tonnecuil

Voilà donc pour quelles opinions la moitié de la terre a été ravagée! voilà ce qui a valu des principautés, des royaumes à des prêtres imposteurs, et ce qui précipite encore tous les jours des imbéciles dans les cachots des cloîtres chez les papistes! C'est avec ces toiles d'araignée qu'on a tissu les liens qui nous serrent; on a trouvé le secret de les changer en chaînes de fer. Grand Dieu ! c'est pour ces sottises que l'Europe a nagé dans le sang, et que notre roi, Charles I^**, est mort sur un échafaudl O destinée! quand des deminjuifs écrivaient leurs plates impertinences dans leurs greniers, prévoyaient-ils qu'ils préparaient un trdne pour l'abominable Alexandre VI, et pour ce brave scélérat de Cromvvell?

CHAP. XVIII, DF.S ALLltGORIES.

Des allégories.

Ceux qu'on appelle Pères de l'Eglise s'avisèrent d'un lour assez singulier pour confirmer leurs catëcliumènés dans leur nouvelle créance. Il se trouva avec le temps des disciples qui raisonncreiil un peu : on prit le parti de leur dire que tout Vjdncien Testament n'est qu'une figure du IVoia-eeiu. Le petit morceau de drap rouge que mettait la paillarde Rahab à sa fenêtre pour averti]- les espions di^ Josui', signifie le sang de Jésus répandu pour nos péchés. Sara et sa servante Agar, Lia la rliassieuse et la belle Hachel , sont la synagogue et l'Eglise. Moïse levant les mains quand il donne la bataille aux .\malëciles, c'est évidemment la croix, car on a la figure d'une croix quand on étend les bras à droite et à gauclie. Jusepli vendu par ses frères, c'est Jésus-Christ; la manne, c'est l'eucharistie; les quatre vents sont le^ ijuatre Élvangiles ; les baisers que donne la Sulainite, sur la bouche, etc., dans le Cantique des cantiques, sont visiblement le mariage de Jésus-Christ avec son Eglise, La mariée n'avait pas encore de dot, elle n'était pas encore bien établie.

On nu savait ce qu'où devait croire; aucun dogme précis n'était encore constaté. Jésus n'avait jamais rien écrit. C'était un étrauge législateur qu'un homme de la main duquel on n'avait pas une ligne. 11 fallut

CHAP. XVIIl. DES ALLEGORIES. I I9

donc écrire pour lui; ou s'abandonna donc à ces bon" nés nouvelles f à ces Évangiles, à ces actes dont nous avons déjà parlé ' ; et on tourna tout V Ancien Testament en allégories du nouveau. Il n'est pas étonnant que des catéchumènes fascinés par ceux qui voulaient former un parti, se laissassent séduire par ces images qui plaisent toujoursLau peuple. Cette méthode contribua plus que toute autre chose à la propagation du christianisme, qui s'étendait secrètement d'un bout de l'Empire à l'autre, sans qu'a* lors les magistrats daignassent presque y prendre garde.

Plaisante et folle imagination , de faire de toute l'histoire d'une troupe de gueux, la figure et la prophétie de tout ce qui devait arriver au monde entier dans la suite des siècles!

Des fsisificatioM , et des lirres rappoaés.

Pour mieux séduire les catéchumènes des premiers siècles, on ne manqua point de supposer que la secte avait été respectée par les Romains et par les empereurs eux-mêmes. Ce n'était pas assez de forger mille écrits qu'on attribuait à Jésus; on fit encore écrire Pilate. Justin , Tertullien, citent ces actes; on les inséra dans V Évangile de Dficodème ^. Voici quelques

> Ci-deuus, chap. x» page 83. B.

* Voycs , tooie XLV, la Coffeeiton d'attciens wangiUt, B.

laO CHAP. XIX. DES FALSIFICATIONS,

passages de la première lettre de Pilate à Tibère; ils sont curieux.

o II est arrivé depuis peu , et je l'ai vérifié , que les a Juifs par leur envie se sont attiré une cruelle conn damnation : leur Dieu leur ayant promis de leur «envoyer son saint du haut du ciel, qui serait leur a roi à bien justes-titre, et ayant proinift qu'il serait a fils d'une vierge, le Dieu des Hébreux l'a envoyé H en effet, moi étant président en Judée. Les prina cipaux des Juifs me l'ont dénoncé comme un mau gicien; je l'ai cru; je l'ai bien fait fouetter; je le « leur ai abandonné : ils l'ont crucifié ; ils ont mis des K gardes auprès de sa fosse; il est ressuscité le troi- « sième jour. »

Cette iettie très ancienne est fort importante, en ce qu'elle fait voir qu'eu ces premiers temps les ciiréticns n'osaient encore imaginer que Jésus fût Dieu; ils l'appelaient seulement envoyé de Dieu. S'il avait été Dieu alors, Pilate qu'ils font parler n'eût pas manqué de le dire.

Dans la seconde lettre, il dit que, s'il n'avait pas craint mie sédition, peut-être ce noble Juif vivrait encore. Portasse vir ille nobilis viveret. On forgea encore une relation de Pilate plus circonstanciée.

Ëusèbe de Césarée, au livre VII de sou Histoire ecclésiastique, assure que l'iiémorroisse guérie par Jësus-Clirist était citoyenne de Césarée: il a vu sa statue aux pieds de celle de Jésus-Christ. Il y a autour de la base des herbes qui guérissent toutes sortes . de maladies. On a conservé une requête de cette héniorroïsse dont le nom était, comme on sait, Véro-

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