CH. XX. PRINCIPALES IMPOSTURES, ETC
de la traduction de Jean siimommé saint Chrysostome. Cet ancien livre , qui est du premier siècle de notre ère, est visiblement d'un chrétien, puisqu'on y fait dire à Lëvi , à Tarticle 8 de son Testament : a Le A troisième aura un nom nouveau, parcequ'il sera qn « roi de Juda, et qu'il sera peut* être d'un nouveau cr sacerdoce pour toutes les nations, etc.; » ce qui désigne leur Jésus«Christ qui n'a jamais pu être désigne que par de telles impostures. On fait encore prédire clairement ce Jésus dans tout l'article i8, après avoir fait dire à Lévi, dans l'article 17, que les prêtres des Juifs font le péché de la chair avec des bêtes *.
On supposa le testament de Moïse, d'Enoch, et de Joseph, leur ascension ou assomption dans le ciel, celle de Moïse, d'Abraham, d'Elda, de Moda, d'Élie, de Sophonie, de Zacharie, d'Habacuc.
On forgea , dans le même temps , le fameux livrer d'Epoch , qui est le seul fondement de tout le mystère du christianisme, puisque c'est dans ce seul livre qu'on trouve l'histoire des anges ^ révoltés qui ont péché en paradis, et qui sont devenus diables en enfer. Il est démontré que les écrits attribués aux apôtres ne furent composés qu'après cette fable d'Enoch ,
* Ccst UDe chose étonnante qu'il soit toujours parlé de la bestialité chez les Juifs. Nous n'avons, dans les auteurs romains , qu'un vers de Virgile (^«IF.. m, 8)r
MoTioius et qai t«....
Cl des passages d'Apulée où il soit question de cette infamie. 1 771.
* La fitblc du péché des auges vient des Indes , dont tout nous est venu ; elle lut conmie des juifa d'Alexandrie, et des cfarétiros, qui l'adoptèrent fort tard. C'est la première pierre de l'édifice du christianisme. — Le commencement de cette note jusqu'au mot adoptèrent inclusivement est de 1771 ; le reste, de 1775. B.
134 CBAP. XZ. PRIIICIPALES IMPOSTURES
écrite en grec par quelque chrétien d'Alexandrie : Jude, dans son ^pître, cite cet Eauch plus d'une fois;
il rappurle ses piopvos paroles; il est assfz dépourvu de sens pour assurer' qu'Enoch, septième homme apivs Adam , a érrit des prophéties.
Voilà donc ici deux impostures grossières avérées, celle du chrétien qui suppose des livres d'Enoch, et celle du chrétien qui suppose lepître de Judc, dans laquelle les paroles d'Éiioch sont rapportées; il n'y eut jamais un mensonge plus grossier.
il est très inutile de rechercher quel fut le principal auteur de ces mensonges accrédités insensihlemenl; mais il y a quelque appaivnce que ce fut un nommé Hégésippe, dont les fables cureul beaucoup de cours, et qui est cité par Tertullien , et ensuite copié par Eusèbf. C'est cet Hégésippe qui rapporte que Jude était de la race de David, que ses pelits-61s vivaient sous l'empereur Domitien. Cet empereur, si on le croit , fut très effrayé d'apprendre qu'il y avait des descendants de ce grand roi David, lesquels avaient un droit incontestable au trône de Jérusalem, et par conséquent au trône de l'univers entier. Il fit venir devant lui ces illustres princes; mais, ayant vu ce qu'ils étaient, des gueux de l'ostière, il les renvoya sans leur faire de mal.
Pour Jude, leur grand-père, qu'on met au rang des apôtres, on l'appelle tantôt Thadée, et tantôt Lebbée, comme nos coupeurs de bourse, qui ont toujours deux ou trois noms de guerre.
La prétendue lettre de Jésus-Christ à un prétendu
•Terwlii. B.
nS8 PREMIERS CHR^IENS. 1^5
roitelet de la ville d'Édesse , qui n'avait point alors de roitelet, le voyage de ce même Thadée auprès de ce roitelet, furent quatre cents ans en vogue chez les premiers chrétiens.
Quiconque écrivait un Évangile, ou quiconque se mêlait d'enseigner son petit troupeau naissant, imputait à Jésus des discours et des actions dont nos quatre Évarigiles ne parlent pas. C'est ainsi que dans les jictes des Apôtres y au chapitre xx (verset 35), Paul cite ces paroles de Jésus : Maxapi(iv J9ti ^ije^voi l&oXXov fi Xw^iitv*, 11 vaut mieux donner que de recevoir. Ces paroles ne se trouvent ni dans Matthieu , ni dans Marc, ni dans Luc, ni dans Jean.
Les voyages de Pierre, l'Apocalypse de Pierre, les Actes de Pierre, les Actes de Paul, de Thècle, les Lettres de Paul à Sénèque et de Sénèque à Paul , les Actes de Pilate, les Lettres de Pilate, sont assez connus des savants; et ce n'est pas la peine de fouiller dans ces archives du mensonge et de l'ineptie.
On a poussé le ridicule jusqu'à écrire l'histoire de Claudia Procula, femme de Pilate.
Un malheureux nommé Abdias, qui passa incontestablement pour avoir vécu avec Jésus-Christ, et pour avoir été un des plus fameux disciples des apôtres, est celui qui nous a fourni l'histoire du combat de Pierre avec Simon, le prétendu magicien, si célèbre chez les premiers chrétiens. C'est sur cette seule imposture que s'est établie la croyance que Pierre est venu à Rome; c'est à cette fable que les papes doivent toute leur grandeur, si honteuse pour le genre humain; et cela seul rendrait celte grandeur précaire
1^6 CEAP. XX. PRllfCIPAtin IMPU8TDRES
bien ridicule^ n uae foule de crimes he l'avait rendue odieuse.
Voici donc ce que raconte cet Abdias, qui se prétend témoin oculaire. Simon Pierre Barjone étant venu à Rome loiis Néron, Simon le mugicien y vint aussi. Un jcntic homme, proche parent de Néron, mourut; il fallait bien ressusciter un parent de l'empereur; les deux Sîmons s'oiTrirent pour cette affaire. Simon le magicien y mit la condition qu'on ferait mourir celui des deux qui ne pourrait piis réussir. Simon Pierre l'accepta, et l'autre Simon commençu ses opérations; le mort branla la l^te; tout le peuple jeta des cris île joie. Simon Pierre demanda qu'on fît silence, et dit : Messieurs, si le défunt est en vie, qu'il ait la bonté de se lever, de marcher, et de causer avec nous: le mort s'en donna bien de garde; alors Pierre lui dit de loin; «Mon fils, levez-vous, notre H Seigneur Jésus-Christ vous guérir. » Le jeune homme se leva, parla, et marcha; et Simon Barjone le rendit à sa mère. Simon , son adversaire, alla se plaindre à Néron, et lui dil que Pierre n'était qu'un misérable charlatan. et un ignorant. Pierre comparut devant l'empereur, et lui dit à l'oreille: Croyez-moi, j'en sais plus que lui, et, pour vous le prouver, faîtesmoi donner secrètement deux pains d'orge; vous ver^ rez que je devinerai ses pensées, et qu'il ne devinera pas les miennes. On appurle à Pierre ces deux pains, il les cache dans sa manche. Aussitôt Simon fit paraître deux groi! chiens, qui étaient ses an^es lutélaii'cs : ils vouluicnt dévorer Pierre, mais le madré ieui' jeta ses deux pains; les chiens les mangèrent, et