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Et du comédien Genest, qui devint chrétien en jouant une farce ' devant l'empereur Dioctétien , et qui fut condamné par cet empereur dans le temps qu'il favorisait le plus les chrétiens? Et d'une légion thébaine, laquelle fut envoyée d'Orient en Occident, pour aller réprimer la sédition des Bagaudes, qui était déjà réprimée, et qui fut martyrisée tout entière dans un temps où l'on ne martyrisait personne, et dans un lieu où il n'est pas possible de mettre quatre cents hommes en bataille; et qui enfin fut transmise au pu* bliç par écrit, deux cents ans après cette belle aventure ?
Ce serait un ennui insupportable de rapporter tous ces prétendus martyres. Cependant je ne peux m'empécher de jeter encore un coup d'oeil sur quelques martyre des plus célèbres.
Nilus, .témoin oculaire à la vérité, mais qui est in^ connu (et c'est grand dommage), assure que son ami saint Théodote, cabaretier de son métier, fesait tous les miracles qu'il voulait. C'était à lui de changer l'eau en vin; mais il aimait mieux guérir les malades en les touchant du bout du doigt. Le cabaretier Théodote' rencontra un curé de la ville d'Ancyre dans un pré ; ils trouvèrent ce pré tout-à*fait propre à y bâtir une chapelle dans un temps de persécution : Je le veux
* n ooDtrefesait le malade, disent les Aetes sincères, » Je suis bien lourd, - disait Genest. — Veux-tu qu'on le fasse raboter ? — Non , je veux qu'on « me donne l'eztrème-onction des chrétiens. » Aussitôt deux acteurs Toi- Snirent, et il fut eouTerti sur-le-champ. Vous remarquerez que, du temps de Diodétien , lextréme-onction était absolument inconnue dans TÉglisc latine. 1771.
■ Voyez tome XXXI , page iSi . B.
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bien, dit le prêtre, mais il me faut des reliques. Qu'à cela ne tienne, dit le saint, vous en aurez bientôt; et voilà ma bague que je vous donne en gage : il était bien sûr de son fait, comme vous Fallez voir.
On condamna bientôt sept vierges chrétiennes d'Ancyre, de soixante et dix ans chacune, à être li^ urées aux brutales passiotis des jeunes gens de la viUe. La Légende ne manque pas de remarquer que ces demoiselles étaient très ridées; et ce qui est fort étonnant, c'est que ces jeunes gens ne leur firent pas la moindre avance, à l'exception d'un seul qui, ayant en sa personne de quoi fiégliger ce point-là , voulut tenter l'aventure , et s'en dégoûta bientôt. Le gouverneur, extrêmement irrité que ces sept vieilles n'eussent pas subi le supplice qu'il leur destinait, les fit prêtresses de Diane ; ce que ces vierges chrétiennes acceptèrent sans difficulté. Elles furent nommées pour aller laver la statue de Diane dans le lac voisin ; elles étaient toutes nues , car c'était sans doute l'usage que la chaste Diane ne fût jamais servie que par des filles nues, quoiqu'on n'approchât jamais d'elle qu'avec un grand voile. Deux chœurs de ménades et de bacchantes, armées de thyrses, précédaient le char, selon la remarque judicieuse de l'auteur, qui prend ici Diane pour Bacchus; mais comme il a été témoin oculaire, il n'y a rien à lui dire.
Saint Théodote tremblait que ces sept vierges ne succombassent à quelques tentations : il était en prières, lorsque sa femme vint lui apprendre qu'on venait de jeter les sept vieilles dans le lac ; il remercia Dieu d'avoir ainsi sauvé leur pudicité. Le gouverneur fit
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faire une garde exacte autour du lac , pour empêcher les chrétiens, qui avaient coutume de marcher sur les eaux, de venir enlever leurs corps. Le saint cabaretier était au désespoir : il allait d'église en église , car tout était plein de belles églises pendant ces affreuses persécutions; mais les païens rusés avaient bouché toutes les portes. Le cabaretier prit alors le parti de dormir : l'une des vieilles lui apparut dans sou premier sommeil ; c'était, ne vous déplaise, sainte Thécuse, qui lui dit en propres mots : <c Mon cher Théo- « dote , souffrirez-vous que nos corps soient mangés « par des poissons ? »
Théodote s'éveille; il résolut de repêcher les saintes du fond du lac au péril de sa vie. Il fait tant qu'au bout de trois jours , ayant donné aux poissons le temps de les manger, il court au lac par une nuit noire avec deux braves chrétiens.
Un cavalier céleste se met à leur tête, portant un grand flambeau devant eux pour empêcher les gardes de les découvrir : le cavalier prend sa lance , fond sur les gardes, les met en fuite; c'était, comme chacun sait, saint Soziandre, ancien ami de Théodote, lequel avait été martyrisé depuis peu. Ce n'est pas tout; un orage violent mêlé de foudres et d'éclairs, et accompagné d'une pluie prodigieuse, avait rois le lac à sec. Les sept vieilles sont repêchées et proprement enterrées.
Vous croyez bien que l'attentat de Théodote fut bientôt découvert; le cavalier céleste ne put l'empêcher d'être fouetté et appliqué à la question. Quand
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Théodote eut été bien étrillé, il cria aux chrétiens et aux idolâtres : Voyez , mes amis , de quelles grâces notre Seigneur Jésus comble ses serviteurs! il les fait fouetter jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de peau, et leur donne la force de supporter tout cela ; enfin il fut pendu.
Son ami Fronton le curé fit bien voir alors que le saint était cabaretier : car en ayant reçu précédemment quelques bouteilles d'excellent vin , il enivra les gardes, et emporta le pendu, lequel lui dit : Monsieur le curé, je vous avais promis des reliques, je vous ai tenu parole.
Cette histoire admirable est une des plus avérées. Qui pourrait en douter après le témoignage du jésuite Bollandus et du bénédictin Ruinart ?
Ces contes de vieilles me dégoûtent; je n'en parle* rai pas davantage. J*avoue qu'il y eut en effet quel* ques chrétiens suppliciés en divers temps , comme des séditieux qui avaient l'insolence d'être intolérants et d'insulter le gouvernement. Ils eurent la couronne du martyre, et la méritaient bien. Ce que je plains, c'est de pauvres femmes imbéciles, séduites par ces non-conformistes. Ils étaient bien coupables d'abuser de la facilité de ces faibles créatures et d'en faire des énergumènes; mais les juges qui en firent mourir quelques unes étaient des barbares.
Dieu merci, il y eut peu de ces exécutions. Les païens furent bien loin d'exercer sur ces énergumènes les cruautés que nous avons depuis si long-temps déployées les uns contre les autres. Il semble que sur-
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tout les papistes aient forgé tant de martyres imaginaires dans les premiers siècles pour justifier les massacres dont leur Église s'est souillée.
Une preuve bien forte qu'il n'y eut jamais de grandes persécutions contre les premiers chrétiens, c'est qu'Alexandrie, qui était le centre, le chef- lieu de la secte y eut toujours publiquement une école du christianisme ouverte, comme le lycée, le portique, et l'académie d'Athènes. Il y eut une suite de professeurs chrétiens. Pantène succéda publiquement à un Marc, qu'on a pris mal-à-propos pour Marc l'apôtre. Après Pantène vient Clément d'Alexandrie, dont la chaire fut ensuite occupée par Origène qui laissa une foule de disciples. Tant qu'ils se bornèrent à ergoter, ils furent paisibles; mais lorsqu'ils s'élevèrent contre les lois et la police publique, ils furent punis. On les réprima surtout sous l'empire de Décius; Origène même fut mis en prison. Cyprien , évéque de Carthage, ne dissimule pas que les chrétiens s'étaient attiré cette persécution, a Chacun d'eux, dit-il dans « son livre Des tombés^ court après les biens et les hona neurs avec une fureur insatiable. Les évêques sont « sans religion, les femmes sans pudeur; la fripon- « nerie règne; on jure, on se parjure; les animosités «divisent les chrétiens; les évêques abandonnent les « chaires pour courir aux foires, et pour s'enrichir par «le négoce; enfin nous nous plaisons à nous seuls, « et nous déplaisons à tout le monde. »
Il n'est pas étonnant que ces chrétiens eussent de violentes querelles avec les partisans de la religion de l'empire, que l'intérêt entrât dans ces querelles,
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qu elles causassent souvent des troubles violents , et qu'enfin ils s'attirassent une persécution. Le fameux jurisconsulte Ulpien avait regardé la secte comme une faction très dangereuse, et qui pouvait un jour servir à la ruine de l'état; en quoi il ne se trompa point.
Des miracles.
Après les merveilles orientales de V Ancien Testament ;^^rh& que, dans le Nouvecuiy Dieu, emporté sur une montagne par le diable % en est descendu pour changer des cruches d'eau en cruches de vin ^; qu'il a séché un figuier^, parceque ce figuier n'avait pas de figues sur la fin de l'hiver; qu'il a envoyé des diables^ dans le corps de deux mille cochons; après, dis-je, qu'on a vu toutes ces belles choses , il n'est pas étonnant qu'elles aient été imitées.
Pierre Simon Barjone a très bien fait de ressusciter la couturière Dorcas ; c'est bien le moins qu'on puisse faire pour une fille qui raccommodait gratis les tuniques des fidèles. Mais je ne passe point à Simon Pierre Barjone d'avoir fait mourir de mort subite Ananie et sa femme Saphire^, deux bonnes créatures, qu'on suppose avoir été assez sottes pour donner tous leurs biens aux apôtres. Leur crime était d'avoir retenu de quoi subvenir à leurs besoins pressants.
' Matthieu, xt, 8; Luc, it, 9. B. — > Jean, 11, 9. B. — ^ Matthieu, ui, 19; Marc, jlx, iS. B. — 4 Matthieu, vxii, 3a; Marc, v, i3; Jean, XI , 9. B. — ^ Actes, chap. ▼. B. /
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O Pierre! ô apôti*es désintéressés! quoi! déjà vous persuadez à vos dirigés de vous donner leur bien ! De quel droit ravissez -vous ainsi toute la fortune d*une famille ? Voilà donc le premier exemple de la rapine de votre secte, et de la rapine la plus punissable? Venez à Londres faire le même manège , et vous verrez si les héritiers de Saphire et d'Ananie ne vous feront pas rendre gorge, et si le grand juré vous laissera impunis. Mais ils ont donné leur argent de bon gré ! Mais vous les avez séduits pour les dépouiller de leur bon gré. Ils ont retenu quelque chose pour eux! Lâches ravisseurs, vous osez leur faire un crime d'avoir gardé de quoi ne pas mourir de faim ! Us ont menti , dites-vous. Etaient-ils obligés de vous dire leur secret? Si un escroc vient me dire: Avez-vous de l'argent? je ferai très bien de lui répondre : Je n'en ai point. Voilà, en un mot, le plus abominable miracle qu'on puisse trouver dans la légende des miracles. Aucun de tous ceux qu'on a faits depuis n'en approche ; et si la chose était vraie, ce serait la plus exécrable des choses vraies.
Il est doux d'avoir le don des langues; il serait plus doux d'avoir le sens commun. I^s Pères de l'Église eurent du moins le don de la langue ; car ils parlèrent beaucoup : mais il n'y eut parmi eux qu'Origène et Jérôme qui sussent Thébreu. Augustin, Ambroise, Jean Chrysostôme , n'en savaient pas un mot.
Nous avons déjà vu les beaux miracles des martyrs, qui se laissaient toujours couper la tête pour dernier prodige. Origène à la vérité, dans son premier livre contre Celse , dit que les chrétiens ont des visions ,
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mais il n'ose prétendre qu'Us ressuscitent des morts.
Le christianisme opéra toujours de grandes choses dans les premiers stèdes; Saint Jeaa, par exemple, enterré dans Éphèse, pèmtiait' contibuellement dan^ sa fosse; ce miracle àtilë dura jusqu'au temps de Tévêque d'Hipppne^ Augustin*. Les prédictions, les exQircissies., ne manquaient jamais; Lucien m^e en rend témoignage. Voici comme il rend gloire h la vé* rite dans le chapitre de la mort du chrétien Péregrinus,qui eut la vanité de se brûler :« Dès qu'un joueur a de gobelets habile se fait chrétien, il estsûr de faire ' «( fortune aux dépens des sots fanatiques auxquels il « a à faire. »
Les chrétiens fesaient tous les jours des miracles, dont aucun Romain n'entendit jamais parler. Ceux de Grégoire le thaumaturge, ou le merveilleux, sont en effet dignes de ce surnom. Premièrement, un beau vieiUard descend dii ciel pour lui dicter le catéchisme qu'ir doit enseigner. Chemin fesant il écrit une lettre au diable; la lettre parvient à son adresse; et le diable ne manque pas de faire ce que Grégoire lui ordonne. .. Deux frères se disputent un étang; Grégoire sèche l'étang^ et lB'>£ait. disparaître pour apaiser la noise. Il rencontre un cbarboiinfei^^ et le fait évéque. C'est ap- ^.....^aremment depiits jçe temps-là que la foi du charbonnier est passée en proverbe. Mais ce miracle n'est pas grand; j^kL. vu quelques évéques^ dans mes
^ Augoitm , tome HI , page x 89.
< Aleuodre, évèquc de Comane. B.
> Voltaire désigne ici Biord, petit-fils d'un maçon, et évéque d*Annecy, /mis qui n'aimit pas le mortier liant , dit Voltaire dans sa lettre à Dalem-
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voyages qui n'en savaient pas plus que l^eharbonnier de Grégoire. Un miracle plus rare, c'est qu'un jour les païens couraient après Grégoire et son diacre pour leur faire un mauvais parti; les voilà qui se cliangent tous les deux en arbres. Ce thaumaturge était un vrai Protée. Mais quel nom donnera«t-oii a ceux qui ont écrit ces inepties? et comment se peut-il que Fleury les ait copiées dans son Histoire ecclésiastique ?^Xr\\ possible qu'un homme qui avait quelque sens, et qui raisonnait tolérablement sur d'autres sujets , ait rap«porté sérieusement que DieU rendit folle nae 'vieille pour empêcher qu'on ne découvrit saint Eélix-de Noie pendant la persécution ^?.. >
On me répondra que Fleury s'est borné à tran* serire, et moi je répondrai qu'il ne faliait pas trau* écrire des bêtises injurieuses à la Divinité ; qu'il a été coupable s'il les a copiées sans les croire , et qu'il a été «n imbécile s'il les a crues.
^rt» du ai mai 1769; voyes aussi tome XXIX, 33o; XXXI, Sga^ XXXII, 5o, 5a ; et, daos le tome XLVI, la Letire à Vévéque J^ Annecy. B. ' * Vojez, sur tous œs mii-acles, les sixième et septième livres de Fleory. Vo]p<i.plutdt le Jteeueii des mimelu opérai à SaitH-Mèdarât k Paris,, prèr sente au jroi de France Louis XY, par un nommé Carré de Montgeroo , cooseiHer .au parlement de Paris. Les convulsionnaires avaient fait ou vu phis de mille mirades. Patio et Daudé ne préttodirentHlt pas ressusciter mijapMirtch^ p^us en 1707.? La cour de Rome ne eanonise-tHelIel pas en*- Gore tous les jours ^ pour de Targenl, des saints qui ont' fait des miracles dont eile se mo^ue P Et combien de miraeles fésAiefit nds moines , avaint qot, SAM mh Henri Vni, on adt étalé daas.hi pltûe puJbliqne tans les instnifflents de leurs abominables impostures ? — La première phrase de cette Dote est de 1767; tout le reste de i77(« B.
MÛLAVOBS. VIL ti