‹ Œuvres de VoltaireChapitre 35 sur 125 · GHA^P. XXVIII. DES GHRETIEJSTS. DEPUIS · texte numérisé non relu

GHA^P. XXVIII. DES GHRETIEJSTS. DEPUIS

Des chrétiens depuis DioclétieD jusqu'à Coustantlo.

Les chrétiens furent bien plus souvent tolérés et même protégés qu'ils n'essuyèrent de persécutions. Le règne de Dioclétien fut, pendant dix-huit années entières, un règne de paix et de faveurs signalées pour eux. Les deux principaux officiers du palais, Gorgoni us et Dorothée, étaient chrétiens. On n'exigeait plus qu'ils sacrifiassent aux dieux de l'empire pour entrer dans les emplois publics. Enfin Prisca, femme de Dioclétien, était chrétienne; aussi jouissaient-ils des plus grands avantages. Us bâtissaient des temples superbes, après avoir tous dit, dans les premiers siècles, qu'il ne fallait ni temples ni autels à Dieu ; et , passant de la simplicité d'une église pauvre et cachée à la magnificence d'une église opulente et pleine d'ostentation, ils étalaient des vases d'or et des ornements éblouissants; quelques uns de leurs temples s'élevaient sur les ruines d'anciens périptères païens abandonnés. Leur temple, à Nicomédie, dominait sur le palais impérial ; et , comme le remarque Eusèbe, tant de prospérité avait produit l'insolence, l'usure, la mollesse, et la dépravation des mœurs. On ne voyait, dit Eusèbe, qu'envie, médisance, discorde, et sédition.

Ce fut cet esprit de séditiou qui lassa la patience du césar Galère-Maximien. Les chrétiens l'irritèrent précisément dans le temps que Dioclétien venait de

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publier des édits fulminants contre les manichéens. Un des édits de cet empereur commence ainsi : a Nous « avons appris depuis peu que des manichéens, sortis a de la Perse notre ancienne ennemie, inondent notre tf monde. »

Ces manichéens n'avaient encore causé aucun trouble : ils étaient nombreux dans Alexandrie et dans l'Afrique; mais ils ne disputaient que contre les chrétiens; et il n'y a jamais eu le moindre monument d'une querelle entre la religion des anciens Romains et la secte de Manès. Les différentes sectes des chrétiens, au contraire, gnostiques, marcionites, valentiniens, ébionites, galiléens, opposées les unes aux autres, et toutes ennemies de la religion dominante, répandaient la confusion dans l'empire.

N'est-il pas. bien vraisemblable que les chrétiens eurent assez de crédit au palais, pour obtenir un édit de l'empereur contre le manichéisme? Cette secte , qui était un mélange de l'ancienne religion des mages et du christianisme, était très dangereuse, surtout en Orient, pour l'Église naissante. I/idée de réunir ce que l'Orient avait de plus sacré avec la secte des chrétiens, fesait déjà beaucoup d'impression.

1^ théologie obscure et sublime des mages, mêlée avec la théologie non moins obscure des chrétiens platoniciens, était bien propre à séduire des esprits romanesques qui se payaient de paroles. Enfin , puisqu'au bout d'un siècle le fameux pasteur d'Hippone, Augustin, fut manichéen, il est bien sûr que cette secte avait des charmes pour les imaginations allumées. Manès avait été crucifié en Perse, si l'on en

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croit Chondemir; et les chrétiens, amoureux de leur crucifié, n'en voulaient pas un second.

Je sais que nous n'avons aucune preuve que les chrétiens obtinrent Tédit contre le manichéisme; mais enfin il y en eut un sanglant ; et il n'y en avait point contre les chrétiens. Quelle fut donc ensuite la cause de la disgrâce des chrétiens , les deux dernièi*es an«> nées du règne d'un empereur assez philosophe pour abdiquer l'empire, pour vivre en solitaire, et pour ne s'en repentir jamais ?

Les chrétiens étaient attachés à Constanoe^e-Pâle, père du célèbre Constantin, qu'il eut d'une servante de sa maison nommée Hélène**

Constance les protégea toujours ouvertement. On ne sait si le césar Galérius fut jaloux de la préférence que les chrétiens donnaient sur lui à^Constance-le- Pâle, ou s'il eut quelque autre sujet de se plaindre d'eux; mais il trouva fort mauvais qu'ils bâtissent une église qui offusquait son palais. Il sollicita long-temps Dioclétien de faire abattre cette église et de prohiber l'exercice de la religion chrétienne. Dioclétien résista; il assembla enfin un conseil composé des principaux officiers de l'empire. Je me souviens d'avoir lu dans \ Histoire ecclésiastique de Fleury, que «c cet empe- « reur avait la malice de ne point consulter quand il « voulait faire du bien , et de consulter quand il s'a-

* Cette Hélène, dont on a fait une sainte, était Stabidarla, prépoitée à récurie chez Constance -Chlore, comme Tavouent Eusèhe, Ambroise, Ntoéphore, Jérôme. La Chromqiu d'Alexandrit appelle Constantin bâtard ; Zosime le certifie; et certainement on n'aurait point fait cet afiront à la famille d*un empereur si puissant , sll y avait eu le moindre doute sur sa naissance. 1767.

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«I gîssaît de faire du mal. n Ce que Fleury appelle malice, je l'avoue, me parait le plus graod éloge d'un souverain. Y a-t-il rien de plus beau que de faire le bien par soi-même? ua grand cœur alors ne consulte personne; mais dans les actions de rigueur, un homme juste et sage ne fait rien sans conseil.

L'église de Nicomédie fut enfin démolie en 3o3; mais Dioclétien se contenta de décerner que les chrétiens ne seraient plus élevés aux dignités de l'empire; c'était retirer ses grâces, mais ce n'était point persécuter. Il arriva qu'un chrétien eut l'insolence d'arracher publiquement l'édit de l'empereur, de le déchirer, et de le fouler aux pieds. Ce crime fut puni , comme il méritait de l'être, par la mort du coupable. Alors Prisca, femme de Tempereur, n'osa plus protéger des séditieux; elle quitta même la religion chré* tienne, quand elle vit qu'elle ne conduisait qu'au fa* natisme et à la révolte. Galérius fut alors en pleine liberté d'exercer sa vengeance.

Il y avait en ce temps beaucoup de chrétiens dans l'Arménie et dans la Syrie; il s'y fit des soulèvements; les chrétiens même furent accusés d avoir mis le feu au palais de Galérius. Il était bien naturel de croire que des gens qui avaient déchiré publiquement les édits, et qui avaient brûlé des temples comme ils l'avaient fait souvent, avaient aussi brûlé le palais; cependant il est très faux qu'il y eût une persécution générale contre eux. Il faut bien qu'on n'eût sévi que légalement contre les réfractaires , puisque Dio* ciétieo ordonna qu'on enterrât les suppliciés, ce qu'il

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