‹ Œuvres de VoltaireChapitre 37 sur 125 · grp · texte numérisé non relu

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que latin.

Cependant, malgré ce beau miracle qu'il fit luimême divulguer, il ne se fit point encore chrétien; il se contenta, en bon politique, de donner liberté de conscience à tout le monde; et il fit une profession si ouverte du paganisme, qu'il prit le titre de gi-and pontife : ainsi il est démontré qu'il ménageait les deux religions; en quoi il se conduisait très prudemment dans les premières années de sa tyrannie. Je me .sers ici du mot de tyrannie sans aucun scrupule; car je ne me suis pas accoutumé à reconnaître pour souverain un homme qui n'a d'autres droits que la foice; et je me sens tiop humain pour ne pas appeler tyran un barbare qui a fait assassiner son beau-père Maximien-Hercule à Marseille, sur le prétexte le moins spécieux, et l'empereur Licinius, son beau-frère, h Thessalonique, par la plus lâche perfidie.

J'appelle tyran sans doute celui qui fait égorger son fils Crispus, étouffer sa femme Fausta, et qui, souille de meurtres et de parricides, étalant le faste le plus révoltant, se livrait à tous les plaisirs dans la plus infâme mollesse.

Que de lâches flatteurs ecclésiastiques lui prodiguent des éloges, même en avouant ses crimes; qu'ils voient, s'ils veulent, en lui un grand homme, un saint, parcequ'il s'est fait plonger trois fois dans une cuve d'eau; un homme de ma nation et de mon caractère, et qui a servi une souveraine vertueuse, ne

CHA.P. XXIX. D£ CONSTàlTTIIf. 169

savîlira jamais jusqu'à prononcer le nom de Constan* tin sans horreur.

Zosime rapporte , et Gela est bien vraisemblable/ que Constantin, aussi faible que cruel, mêlant la su* perstition aux crimes, comme tant d'autres princes ^ crut trouver dans le christianisme l'expiation de ses forfaits. A la bonne heure que les évêques intéressés lui aient fait croire que le Dieu des chrétiens lui par^ donnait tout, et lui saurait uu gré infini de leur avoir donné de l'argent et des honneurs; pour moi, je n'au« rais point trouvé de Dieu qui eût reçu en grâce uu cœur si fourbe et si inhumain ; il n'appartient qu'à des prêtres de canoniser l'assassin d'Urie chez les juifs, et le meurtrier de sa femme et de son fils chez les chrétiens.

Le caractère de Constantin, son faste et ses cruautés, sont assez bien exprimés dans ces deux vers qu'un de ses malheureux courtisans, nommé Ablavius, afficha à la porte du palais :

« Saturni aurea secla quia requirat ?

« Sunt h«c gemmea, aed Neronianat. •

Qui peut regreUer le siècle d'or de Saturne? Celui-ci est de pierreries , mais il est de Nérou.

Mais qu'aurait dû dire cet Ablavius du zèle charitable des chrétiens, qui, dès qu'ils furent mis par Constantin en pleine liberté, assassinèrent Candidien, fils de l'empereur Galérius, un fils de l'empereur Maximien , âgé de huit ans, sa fille, âgée de sept, et noyèrent leur mère dans l'Oronte? Ils poursuivi-

■ Ces deoK vers, qui ont été ooosenrés par Sidoine ApoUioaire ( livra V, épitre vui ) , sont tout ce qui existe d*Ablavi«s. B.

170 chap. xxik. de cohstantih.

rent long-temps la vieille impératrice Valérie, veuve de Galérius, qui fuyait leur vengeance. Ils l'atteignireat à Thessalonique, la massacrèrent, et jetèrent son corps dans la mer. C'est ainsi qu'ils signalèrent leur douceur évangélique; et ils se plaignent d'avoir eu des martyrs!

Des querelles cbrétiennes *>ant ConalantiD et toaa sod rèpie.

Avant, pendant, et après Constantin, la secte chrétienne fut toujours divisée en plusieurs sectes, en plusieurs factions, et en plusieurs schismes. I) était impossibles que des gens qui n'avaient aucun système suivi , qui n'avaient pas mf me ce pelil Credo' si faussement imputé depuis aux apôtres, (lifTérant entre eux de nalion, de hingage, et de mœurs, fussent réunis dans la même créance.

Satuinin, Basilidi-, Carpoci-ate, Euphrate, Vaientin, Cerdon, Marcion, Hemiogène, Hermas, Justin ,

* Ce Crnio, ce symbole appela le sjmbole des apdlrei, n'eal pat |iIuï des ipiires 4ue JeVévtque de Loudres. Il rulmin|>asë au cinquième siècle pir le préire HiiQn. Toute I* religion chrélieunr n élé faite de piècn rt de morteiiii ; c'esl là qu'il psI dil quD Jésui, B|irès ta uiurl. ilcsci^dit sui eofen. Noui eûmes unf grande dispute, du temps d'Edouard VI. pour «voir «'il y était dvMciidu en rarps ri eu auie; nous dèridimes qui: l'ame Kiile de Jésus anail itli prteher eu enrer, laiidii que son curpt était dans sou sépulcre : ooinine si eo cITcl ou arail mis daut uu sépulcre le corps d'un supplicié, comme si l'usa^ u'avail pas été de jelsr res corps i la mirie. Je vaudrais hieu savoir ce que sou ame si^rail allée faire eu eufer. Nous étions bien sols du Icmpi d'Edouard VI. 1771.

eu. XXX. DES QUERELLES CHRETIENNES. I7I

Tertullieu, Origène, eurent tous des opinions contraires; et tandis que les magistrats romains tâchaient quelquefois de réprimer les chrétiens, on les voyait tous, acharnés les uns contre les autres, s'excommunier, s'anathématiser réciproquement, et se combattre du fond de leurs cachots : c'était bien là le plus sensible et le plus déplorable effet du fanatisme^

La fureur de dominer ouvrit une autre source de discorde: on se disputa ce qu'on appelait une dignité d'évêque, avec le même emportement et les mêmes fraudes qui signalèrent depuis les schismes de quarante antipapes. On était aussi jaloux de commander à une petite populace obscure, que les Urbain, les Jean , l'ont été de donner des ordres à des rois.

Novat disputa la pre;]mière place chrétienne dans Carthage à Cyprien qui fut élu. Novatien disputa l'évêché de Rome à Corneille ; chacun d'eux reçut l'imposition des mains par les évéques de son parti. Ils osaient déjà troubler Rome; et les compilateurs théologiques osent s'étonner aujourd'hui que Décius ait fait punir quelques-uns de ces perturbateurs! Cependant Décius, sous lequel Cyprien fut supplicié, ne punit ni Novatien ni Corneille; on laissa ces rivaux obscurs se déclarer la guerre, comme on laisse des chiens se battre dans une basse-cour , pourvu qu'ils ne mordent pas leurs maîtres.

Du temps de Constantin il y eut un pareil schisme à Carthage; deux antipapes africains, ou antiévéques, Cécilien et Majorin, se disputèrent la chaire, qui commençait à devenir un objet d'ambition. Il y avait des femmes dans chaque parti. Donat succéda

17a CH. XIX. DBS QURRELLES CHBÉTIElfKJU.

à Majorin, et forma le premier des schismes saaglanti qui devaient souiller le christianisme. Eusèbe rapporte qu'on se battait avec des massues, parceque Jésus, ditou, avait ordonné à Pierre de remettre son épée' dans le fourreau. Uans la suite on fut moins scrupuleux; les donatixes et les cyprianistes se battirent avec le fer. Il s'ouvrait dans le mâme temps une scène de trois cents ans de carnage pour la querelle d'Alexandre et d'Arius, d'Athanase et d'Eusèbe, pour savoir si Jésus était précisément de la même substance que Dieu , ou d'une substance semblable à Dieu.

Ariiaùme et athan

Qu'un Juif nommé Jésus ait été semblable à Dieu, ou consubstantiei à Dieu , cela est également absurde el impie.

Qu'il y ail trois peisonnes dans une substance, cela est également absurde.

Qu'il y ait trais dieux dans un dieu , cela est également abstii'de.

Rien de tout cela n'était un système chrétien, puisque rien île toute celte doctrine ne se trouve dans aucun Évangile, seul fondemrni reconnu du christianisme. Ce ne fut que quand on voulut platoniser qu'on se perdit dans ces idées cliimériques. Plus le christianisme s'étendit, plus ses docteurs se fatigué-

GHAP. XXXI. AHIANISMX, ETC. I73

reat à le reodre incomprëheiisible. Les subtilités sauvèrent ce que le fond avait de bas et de grossier.

Mais à quoi servent toutes ces imaginations métaphysiques ? qu'importe à la société humaine , aux mœurs, aux devoirs, qu'il y ait en Dieu une personne ou trois ou quatre mille? en sera-t-on plus homme de bien pour prononcer des mots qu'on n'entend pas? la religion, qui est la soumission à la Providence, et l'amour de la vertu , a-t>«lle donc besoin de devenir ridicule pour être embrassée?

Il y avait déjà long-temps qu'on disputait sur la nature du Logos i du verbe inconnu , quand Alexandre, pape d'Alexandrie, souleva contre lui l'esprit de plusieurs papes, en préchant que la Trinité était une monade. Au reste, ce nom de pape était donné indistinctement alors aux évéques et aux prêtres. Alexandre ^^7>. était cvêque : le prêtre Arius se mit à la tête des mé- ^"^ ^^ contents: il se forma deux partis violents; et la ques- i tion ayant bientôt changé d'objet, comme il arrive ' souvent, Arius soutint que Jésus avait été créé, et * — Alexandre qu'il avait été engendré.

Cette dispute creuse ressemblait assez à celle qui a divisé depuis Constantinople , pour savoir si la lumière que les moines voyaient à leur nombril était celle duThabor, et si la lumière du Thabor et de leur nombril était créée ou éternelle.

Il ne fut plus question de trois hypostases entre les disputants. Le Père et le Fils occupèrent les esprits , et le Saint-Esprit fut négligé.

Alexandre fit excommunier Arius par son parti. £usèbe, évêque de Nicomédie, pi*otecteur d' Arius,

■ 74 CQAP. XXXt. AEIAMISHE

assembla un petit concile où l'on déclara erronée la doctrine qui est aujourd'hui l'orthodoxe; la querelle devint violente; l'évëque Alexandre, et le diacre Atbanase, qui se signalait déjà par son inflexibilité et par ses intrigues, remuèreut toute l'Egypte. L'empereur Constantin était despotique et dur; mais il avait du bon sens ; il sentit tout le ridicule de la dispute.

On connaît assez cette fameuse lettre qu'il fit porter par Osius aux chefs des deux factions, o Ces ques- « lions, dit-il, ne viennent que de votre oisiveté cu- « rieuse; vous êtes divisés pour un sujet bien mince. « Cette conduite est basse et puérile, indigne d'homa mes sensés. » La lettre tes exhortait .'t la paix; mais il ne connaissait pas encore les théologiens.

Le vieil Osius conseilla à l'empereur d'assembler uu concile nombreux. Constantio, qui aimait l'éclat • et le faste, convoqua l'assemblée à Nicée, 11 y parut comme en triomphe avec la robe impériale, la couronne en tôte, et couvert de pierreries. Osius y présida comme le plus ancien des évêques. Les écrivains de la secte papiste ont prétendu depuis que cet Osius n'avait présidé qu'au nom du pape de Kome Silvestre. Cet insigne mensonge, qui doit être placé à côté de la donation de Constaiilin , est assez confondu par les noms des députés de Silvestre, Titus, et Vincent, chargés de sa procuration. Les papes romains étaient à la vérité regardés comme les évoques de la ville impériale, et roniiiie les niétropolilains des villes suburbicaires dans la province de Rome ; mais ils étaient bien loin d'avoir aucune autorité sur les évéques de l'Orient et de l'Afrique.

ET ATHANASIANISME. lyS

Le concile, à la plus grande pluralité des voix, dressa un formulaire dans lequel le nom de trinitë n'est pas seulement prononcé, ce Nous croyons en un «seul Dieu et en un seul Seigneur Jésus-Christ, fils « unique de Dieu, engendré du père, et non fait contf substantiel au père.» Après ces mots inexplicables, on met , par surérogatîon : ce Nous croyons aussi au «Saint-Esprit, » sans dire ce que c'est que ce Saint- Esprit, s'il est engendré, s'il est fait, s'il. est créé, s'il procède, s'il est consubstantiel. Ensuite on ajoute: ce Anathème à ceux qui disent qu'il y a eu un temps «oïl le Fils n'était pas. »

Mais ce qu'il y eut de plus plaisant au concile de Nicee, ce fut la décision sur quelques livres canoniques. Les Pères étaient fort embarrassés sur le choix des Évangiles et des autres écrits. On prit le parti de les entasser tous sur un autel , et de prier le Saint-Es* prit de jeter à terre tous ceux qui n'étaient pas légitimes. Le Saint-Esprit ne manqua pas d'exaucer surle-champ la requête des Pères*. Une centaine de volumes tombèrent d'eux-mêmes sous l'autel ; c'est un moyen infaillible de connaître la vérité; et c'est ce qui est rapporté dans X Appendix des actes de ce concile; c'est un des faits de l'histoire ecclésiastique les mieux avérés.

Notre savant et sage Middleton a découvert une chronique d'Alexandrie, écrite par deux patriarches d'Egypte , dans laquelle il est dit que non seulement

* Cela est rapporté dans XApptndix d«t actes du eonciU, pièce qui a toujoun été réputée anthenticpie. 1 7 7 1 .

1^6 CHAP. XXXI. ARIAtriSMli, ETC. ■

dtx*sept évéques, mais encore deux mille prêtres, protestèrent contre la décision du concile.

1^8 ëvéques vainqueurs obtinrent de Constantin qu'il exilât Ariuà et trois ou quatre ëvêques taincus;' mais ensuite Athanase ayant été élu ëvéque d'Alexandrie, et ayant trop abusé du crédit de sa place, les ëvêques et Arius exilés furertt rappelés , et Atbanase exilé à son tour. De deux choses Tune, ou les deux partis avaient également tort, ou Constantin était très injuste. Le fait est que les disputeurs de ce temps-li étaient des cabaleurs comme ceux de ce temps-ci, et que les princes du quatrième siècle ressemblaient à ceux du notre, qui n'entendent rien a la matière, ni eux , ni leurs ministres, et qui exilent à tort el à travers. Heureusement nous avons ôté à nos rois le pouvoir d'exiler; et si nous n'avons pu guérir dans nos prêtres la rage de cabaler , nous avons rendu cette rage inutile.

Il y eut un concile à Tyr, où Arius fut réhabilité, et Athanase condamné, Eusèbe de Nioomédie allait faire entrer pompeusement son ami Àrius dans l'église de Constantinople; mais un saint catholique, nommé Macaire, pria Dieu avec tant de ferveur et de larmes de faire mourir Arius d'apoplexie, que Dieu, qui est bon , Texauça. Ils disent que tous les boyaux d'Arius lui sortirent par le fondement; cela est difB* cite : ces gens-là n'étaient pas anatomistes. Mais saint Macaire ayant oublié de demander la paix de l'Église chrétienne. Dieu ne la donna jamais. Constantin , quelque temps après, mourut entre les bras d'un prêtre arien; apparemment que saint Macaire avait encore oublié de prier Dieu pour le salut de Constantin.

CH. XXXfl. ENFANTS DK CONSTANTIN, ETC. I77

Des enfants de Constantin , et de Julien le philosophe , surnommé

l'apostat par les chrétiens >.

Les enfants de G>n8tantin furent aussi chrétiens , aussi ambitieux, et aussi cruels que leur père; ils étaient trois qui partagèrent Tempire , Constantin II , Constantius, et Constant. L'empereur Constantin I avait-laissé un frère, nommé Jule, et deux neveux, auxquels il avait donné quelques terres. On commença par égorger le père, pour arrondir la part des nouveaux empereurs. Ils furent d'abord unis par le crime, et bientôt désunis. Constant fit assassiner Constantin , son frère aîné, et il fut ensuite tué luimême.

Constantius, demeuré seul maître de l'empire, avait exterminé presque tout le reste de la famille impériale. Ce Jule, qu'il avait fait mourir, laissait deux enfants, l'un nommé Gallus, et l'autre le célèbre Julien. On tua Gallus, et on épargna Julien , parcequ'ajant du goût pour la retraite et pour Tétude , on jugea qu'il ne serait jamais dangereux.

S'il est quelque chose de vrai dans l'histoire, il est vrai que ces deux premiers empereurs chrétiens, Constantin^ et Constantius son fils-, furent des mons-

' Voyes tome XXTI, page 481; XXX, 493; XLV, le Portrait tie Jii' iUn, k la tète du Discours de V empereur Julien; et L, les rhapilrc*^ \x et XXI de V Histoire de rétablissement du christianisme. B.

MiL4VCBt. Vn. la

178 CH. XXXII. DES ENFAIITS DE GOlTSTA^NTIir,

très de despotisme et de cruauté. Il se peut , comme nous l'avons déjà insinué, que, dans le fond de leur cœur, ils ne crussent aucun Dieu ; et que, se moquant également des superstitions païennes et du fanatisme chrétien, ils se persuadassent malheureusement que la Divinité n'existe pas^ parceque ni Jupiter le Cretois, ni Hercule le Tliébain, ni Jésus le Juif, ne sont des dieux.

Il est possible aussi que des tyrans qui joignent presque toujours la lâcheté à la barbarie, aient été séduits et encouragés au crime, par la croyance où étaient alors tous les chrétiens sans exception , que trois immersions dans une cuve d'eau avant la mort effaçaient tous les forfaits , et tenaient lieu de toutes les vertus. Cette malheureuse croyance a été plus funeste au genre humain que les passions les plus noires.

Quoi qu'il en soit, Constantius se déclara orthodoxe, c'est-à-dire arien, car l'ariatiisme prévalait alors dans tout l'Orient contre la secte d'Athanase; et les ariens, auparavant persécutés, étaient dans ce tempslà persécuteurs.

Athanase fut condamné dans un concile de Sardique, dans un autre tenu dans la ville d'Arles, dans un troisième tenu à Milan : il parcourait tout l'empire romain, tantôt suivi de ses partisans, tantôt exilé, tantôt rappelé: Le trouble était dans toutes les villes pour ce seul mot consuhstantieL C'était un fléau que jamais on n'avait connu jusque-là dans l'histoire du monde. Ij'ancienne religion de l'empire, qui subsistait encore avec quelque splendeur, tirait de toutes

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