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ces divisions un grand avantage contre le christianisme.
Cependant Julien, dont Constantius avait assassiné le frère et toute la famille, fut obligé d'embrasser à Textérieur le christianisme , comme notre reine Elisabeth fut quelque temps forcée de dissimuler sa religion sous le règne tyrannique de notre infâme Marie, et comme, en France , Charles IX força le grand Henri lY d'aller à la messe après la Saint-Barthélemi. Julien était stoïcien , de cette secte ensemble philosophique et religieuse qui produisit tant de grands hommes, et qui n'en eut jamais un méchant, secte plus divine qu'humaine, dans laquelle on voit la sévérité des brachmanes et de quelques moines, sans qu'elle en eût la superstition ; la secte enfin des Caton, des Marc-Aurèle, et des Épictète.
Ce fut une chose honteuse et déplorable que ce gi*and homme se vit réduit à cacher tous ses talents sous Constantius , comme le premier des Brutus sous Tarquin. Il feignit d'être chrétien et presque imbécile pour sauver sa vie. Il fut même forcé d'embrasser quelque temps la vie monastique. Enfin Constantius, qui n'avait point d'enfants, déclara Julien césar, mais il l'envoya dans les Gaules comme dans une espèce d'exil; il y était presque sans troupes et sans argent, environné de surveillants, et presque sans autorité.
Différents peuples de la Germanie passaient souvent le Rhin et venaient ravager les Gaules, comme ils avaient fait avant César, et comme ils firent souvent depuis, jusqu'à ce qu'enfin ils les envahirent, et
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que la seule petite nation des Francs subjugua sans peine toutes ces provinces.
Julien forma des troupes, les disciplina, s'en fit aimer; il les conduisit jusqu'à Strasbourg, passa le Rhin sur un pont de bateaux, et, à la tête d'une armée très faible en nombre, mais animée de son courage, il défit une multitude prodigieuse de barbares, prit leur chef prisonnier, les poursuivit jusqu'à la forêt Hercynienne, se fit rendre tous les captifs romains et gaulois, toutes les dépouilles qu'avaient prises les barbares, et leur imposa des tributs.
A cette conduite de César il joignit les vertus de Titus et de Trajan, fesant venir de tous côtés du blé pour nourrir des peuples dans des campagnes dévastées, fesant défricher ces campagnes, rebâtissant les villes, encourageant la population , les arts et les talents par des privilèges, s'oubliant lui-même, et travaillant jour et nuit au bonheur des hommes.
Constantius, pour récompense, voulut lui ôter les Gaules, où il était trop aimé; il lui demanda d'abord deux légions que lui-même avait formées. L'armée indignée s'y opposa; elle proclama Julien empereur malgré lui. La terre fut alors délivrée de Constantius, lorsqu'il allait marcher contre les Perses.
Julien le stoïcien, si sottement nommé l'apostat par des prêtres, fut reconnu unanimement empereur par tous les peuples de l'Orient et de l'Occident.
La force de la vérité est telle, que les historiens chrétiens sont obligés d'avouer qu'il vécut sur le trône comme il avait fait dans les Gaules. Jamais sa philosophie ne se démentit. Il commença par réformer
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dans le palais de Constantinople le luxe de Constantin et de Constantius. Les empereurs, à leur couronnement , recevaient de pesantes couronnes d'or de toutes les villes; il réduisit presque à rien ces présents onéreux. La frugale simplicité du philosophe n'ôta rien à la majesté et à la justice du souverain. Tous les abus et tous les brigandages de la cour furent réformés; mais il n'y eut que deux concussionnaires publics d'exécutés à mort.
Il renonça, il est vrai, à son baptême, mais il ne renonça jamais à la vertu. On lui reproche de la superstition; donc au moins, par ce reproche, on avoue qu'il avait de la religion. Pouix{uoi n'aurait-il pas choisi celle de l'empire romain? pourquoi aurait-il été coupable de se conformer à celle des Scipion et des César, plutôt qu'à celle des Grégoire de Nazianze et des Théodoret? Le paganisme et le christianisme partageaient lempire. Il donna la préférence à la secte de ses pères, et il avait grande raison en politique, puisque, sous l'ancienne religion, Rome avait triomphé de la moitié de la terre, et que, sous la nouvelle, tout tombait en décadence.
Loin de persécuter les chrétiens, il voulut apaiser leurs indignes querelles. Je ne veux pour preuve que sa cinquante-deuxième lettre, a Sous mon prédécesc seur plusieurs chrétiens ont été chassés , emprison- « nés, persécutés; on a égorgé une grande multitude «de ceux qu'on nomme hérétiques, à Samosate, en «Paphlagonie, en Bithynie, en Galatie, en plusieurs a autres provinces; on a pillé, on a ruiné des villes. tfSous mon règne, au contraire, les bannis ont été
l83 CH. XXXIl. DBS SHFATITS DE CONSTANTIN,
o rappelés, les biens confisqués ont été rendus. Ce- « pendant ils sont venus à ce point de fureur, qu'ils a se plaignent de ce qu'il ne leur est plus permis d'être n cruels, et de se tyranniser les uns les autres. »
Cette seule lettre iie sufRrait.clle pas pour confon- (Ire les calomnies dont les prt'trcs chrétiens l'accablèrent?
Il y avait d»ns Alexandrie un évéque nomme George, le plus sédllicux et le plus emporté de» chrétiens; il se fi^sait suivre par des satellites; il battait les païens de ses mains; il démolissait leurs temples. Le peuple d'Alexandrie ie tua. Voici comment Julien parle aux Alexandrins dans son épitre dixième :
a Quoi ! au lieu de me réserver la connaissance de «vos outrages, vous vous êtes laissé emporter à la n colère! vous vous êtes livrés aux. mêmes excès que u vous reprochez à vos ennemis! George méritait «d'être traité ainsi, mais ce n'était pas à vous d'être n ses exécuteurs. Vous avez des lois, il fallait deman- «der justice, etc. »
Je ne prétends point répéter ici et réfuter tout ce qui est écrit dans V Histoire ecclésiastique , que l'esprit de parti et de faction ont toujours dictée. Je passe à la mort de Julien, qui vécut trop peu pour la gloire et pour le bonheur de l'empire. Il fut tue au milieu de ses victoires contre les Perses, après avoir passé le Tigre et l'Euphrate, à l'âge de trente et un ans, et mourut comme il avait vécu, avec la résignation d'un stoïcien, remerciant l'Etre des êtres, qui allait rejoindre son ame à l'amc universelle et divine.
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On est saisi d'indignation quand on lit dans Grégoire de Nazianze et dans Théodoret, que Julien jeta tout son sang vers le ciel en disant : Galiléen , tu as vaincu. Quelle misère! quelle absurdité! Julien combattait-il contre Jésus? et Jésus était-il le Dieu des Perses?
On ne peut lire sans horreur les discours que le fougueux Grégoire de Nazianze prononça contre lui après sa mort. Il est vrai que, si Julien avait vécu, le christianisme courait risque d'être aboli. Certainement Julien était un plus grand homme que Mahomet, qui a détruit la secte chrétienne dans toute l'Asie et dans toute l'Afrique : mais tout cède à la destinée; et un Arabe sans lettres a écrasé la secte d'un Juif sans lettres, ce qu'un grand empereur et un philosophe n'a pu faire. Mais c'est que Mahomet vécut assez, et Julien trop peu.
Les christicoles ont osé dire que Julien n'avait vécu que trente et un ans, en punition de son impiété ; et ils ne songent pas que leur prétendu Dieu n'a pas vécu davantage'.
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Considérations sur Julien.
Julien, stoïcien de pratique, et d'une vertu supérieure à celle de sa secte même, était platonicien de théorie : son esprit sublime avait embrassé la sublime
■ Voyez psge 1 40. B.