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a contentai de le réduire à la condition de moine. »
Telles sont, monsieur, ses propres paroles. Il en ]*ésu]te qu'elle sait soutenir l'Église et la contenir; qu'elle respecte l'humanité autant que la religion; qu'elle protège le laboureur autant que le prêtre; que tous les ordres de l'état doivent la bénir.
J'aurai encore l'indiscrétion de transcrire ici un passage d'une de ses lettres ' .
ce La tolérance est établie chez nous: elle fait loi de « l'état, et il est défendu de persécuter. Mous avons, il ce est vrai, des fanatiques qui, faute de persécution, se « brûlent eux-mêmes; mais si ceux^des autres pays en ce fesaient autant, il n'y aurait pas grand mal; le monde a n'en serait que plus tranquille, et Calas n'aurait pa» « été roué. »
Ne croyez pas qu'elle écrive ainsi par un enthousiasme passager et vain qu'on désavoue ensuite dans la pratique, ni même par le désir louable d'obtenir dans l'Europe les suffrages des hommes qui pensent et qui enseignent à penser. Elle pose ces principes pour base de son gouvernement. Elle a écrit de sa main, dans le conseil de législation , ces paroles, qu'il faut graver aux portes de toutes les villes.
^« Dans un grand empire, qui étend sa domination « sur autant de peuples divers qu'il y a de différentes « croyances parmi les hommes, la faute la plus nui* a sible serait l'intolérance. » Remarquez qu'elle n'hésite pas de mettre l'intolérance au rang des fautes, j'ai presque dit des délits. Ainsi une impératrice despo-
' Du aS noveoibra 1 765. — > Lettre du 9 juillet 1 766. R. Mklajigkii. Vn. i5
aa6 " LETTRE
tique détruit dans le fond du nord la persécution et l'esclavage y tandis que dans le midi....
Jugez après cela , monsieur, s'il se trouvera un honnête homme dans l'Europe qui ne sera pas prêt à signer le panégyrique que vous méditez. Non seulement cette princesse est tolérante, mais elle veut que ses voisins le soient ' . Voilà la première fois qu'on a déployé le pouvoir suprême pour établir la liberté de conscience. C'est la plus grande époque que je connaisse dans l'histoire moderne.
C'est à peu près ainsi que les Syracusains défendirent aux Carthaginois d'immoler des hommes.
Plût à Dieu qu'au lieu des barbares qui fondirent autrefois des plaines de la Scythie et des montagnes de rimmaûs et du Caucase vers les Alpes et les Pyrénées pour tout ravager, on vît descendre aujourd'hui des armées pour renverser le tribunal de l'inquisition ; tribunal plus horrible que les sacrifices de sang humain tant reprochés à nos pères!
^nfin ce génie supérieur veut faire entendre à ses voisins ce que l'on commence à comprendre en Europe, que des opinions métaphysiques inintelligibles, qui sont les filles de l'absurdité, sont les mères de la discorde; et que l'Église, au lieu de dire: Je viens apporter le glaive et non la paix^, doit dire hautement: J'apporte la paix et non le glaive. Aussi l'impératrice ne veut-elle tirer l'épée que contre ceux qui veulent opprimer les dissidents.
^ Voyez, dans le présent folume, V Essai sur les dissensions des églises de Pologne. B.
> Matthieu, x, 34. B.
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Tignore quelles suites aura la querelle qui divise la Pologne; mais je n'ignore pas que tous les esprits doivent être un jour unis dans l'amour de cette liberté précieuse qui enseigne aux hommes à regarder Dieu comme leur père commun, et à le servir en paix, sans inquiéter, sans avilir, sans haïr ceux qui Tadorent avec des cérémonies différentes des nôtres.
Je sais encore que le roi de Pologne ' est un prince philosophe digne d'être l'ami de l'impératrice de Russie; un prince fait pour rendre les Polonais heureux, si jamais ils consentent à l'être. Je ne me mêle point de politique; ma seule étude est celle du bonheur du genre humain , etc. , etc.
> Yoyex ma note, tome XXXI Y, page i56. B.