‹ Œuvres de VoltaireChapitre 55 sur 125 · SUR LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

SUR LA SUPERSTITION

Si l'homme est né pour l'erreur, souhaitons-lui des erreurs vertueuses.

La superstition qu'il faut bannir de la terre est celle qui , fesant de Dieu un tyran , invite les hommes à être tyrans. Celui qui dit le premier qu'on doit avoir les réprouvés en horreur, mit le poignard à la main de tous ceux qui osèrent se croire fidèles ; celui qui le premier défendit toute communication avec ceux qui n'étaient pas de son avis, sonna le tocsin des guerres civiles dans toute la terre.

Je crois ce qui parait impossible à ma raison ; c'està-dire je crois ce que je ne crois pas : donc je dois haïr ceux qui se vantent de croire une absurdité contraire à la mienne. Telle est la logique des superstitieux, ou plutôt telle est leur exécrable démence. Adorer l'Être suprême, l'aimer, le servir, être utile aux hommes, ce n'est rien; c'est même, selon quelques uns, une fausse vertu qu'ils appellent nn péché splendide '. Ainsi, depuis qu'on se fit un devoir sacré de disputer sur ce qu'on ne peut entendre; depuis qu'on plaça la vertu dans la prononciation de quelques paroles inexplicables que chacun voulut expliquer, les pays chrétiens furent un théâtre de discorde et de carnage.

Vous me direz qu'on doit imputer cette peste universelle à la rage de l'ambition plutôt qu'à celle du fanatisme. Je vous répondrai qu*on en est redevable à l'une et à l'autre. La soif de la domination s'est abreuvée du sang des imbéciles. Je n'aspire point à

■ Cette expression est de saint Augustin; voyez tome XXVU , page 4^5 ; et XLII,6o3. B.

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