‹ Œuvres de VoltaireChapitre 57 sur 125 · SUR LU SUPERSTITION · texte numérisé non relu

SUR LU SUPERSTITION

« sumé sa courte vie; et nous au contraire , nous afa firmons qu'on ne peut plaire à Dieu qu'en étant né « parmi nous , ou ayant été enseigné par nous : il « nous est démontré que nous sommes les seuls dans a le monde qui ayons raison. Nous savons que Dieu « étant venu sur la terre , et étant mort du dernier a supplice pour tous les hommes, il ne veut pourtant «avoir pitié que de notre petite assemblée, et que ff même, dans cette assemblée, il n'y a que fort peu de « personnes qui pourront échapper à des peines étern nelles. Prenez donc le parti le plus sûr; entrez dans « notre petite assemblée , et tâchez d'être élu chez a nous. »

Remercions nos frères qui nous tiennent ce langage; félicitons-les d'être certains que tout l'univers est damné , hors un petit nombre d'entre eux , et croyons que notre secte vaut mieux que la leur, par cela seul qu'elle est plus raisonnable et plus compatissante. Quiconque me dit : Pense comme moi, ou Dieu te damnera^ me dira bientôt : Pense comme moi, ou je € assassinerai. Prions Dieu qu'il adoucisse ces cœurs atroces, et qu'il inspire à tous ses enfants des sentiments de frères. Nous voilà dans notre île où la secte épiscopale domine depuis Douvres jusqu'à la petite rivière de Trweed. De là jusqu'à la dernière des Orcades le presbytérianisme est en crédit, et, sous ces deux religions régnantes, il y en a dix ou douze autres particulières. Allez en Italie , vous trouverez le despotisme papiste sur le trône. Ce n'est plus la même chose en France ; elle est traitée à Rome de demihérétique. Passez en Suisse, en Allemagne, vous cou-

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chez aujourd'hui dans une ville calviniste, demain dans une papiste , après-demain dans une luthérienne. Allez jusqu'en Russie, -vous ne voyez plus rien de tout cela. C'est une secte toute différente. La cour y est éclairée, à la vérité, par une impératrice philosophe. L'auguste Catherine a mis la raison sur le tronc, comme elle y a placé la magnificence et la générosité; mais le peuple de ses provinces déteste encore également et luthériens, et calvinistes, et papistes. Il ne voudrait ni manger avec aucun d'eux, ni boire dans le même verre. Or, je vous demande, mes frères, ce qui arriverait si, dans une assemblée de tous ces sectaires, chacun se croyait autorisé par l'esprit divin à faire triompher son opinion? Ne voyezvous pas les épées tirées, les potences dressées, les bûchers allumés d'un bout de l'Europe à l'autre? Quel est donc celui qui a raison dans ce chaos de disputes? le tolérant, le bienfesant. Ne dites pas qu'en prêchant la tolérance nous prêchons l'indifférence. Non, mes frères; celui qui adore Dieu et qpi fait du bien aux hommes n'est point indifférent. Ce nom convient bien davantage au superstitieux qui pense que Dieu lui saura gré d'avoir proféré des formules inintelligibles, tandis qu'il est en effet très indifférent sur le sort de son frère qu'il laisse périr sans secours, ou qu'il abandonne dans la disgrâce, ou qu'il flatte dans la prospérité, ou qu'il persécute s'il est d'une autre secte, s'il est sans appui et sans protection. Plus le superstitieux se concentre dans des pratiques et dans des croyances absurdes, plus il a d'indifférence pour les vrais devoirs de l'humanité. Souve-

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nons-»nous à jamais d'un de nos charitables compatriotes. Il fondait un hôpital pour les vieillards, dans sa province; on lui demandait si c'était pour des papistes , des luthériens , des presbytériens, des quakers, des sociniens, des anabaptistes, des méthodistes, des mennonites? Il répoqdit : Pour des hommes.

Oonon Dieu! écarte de nous l'erreur de l'athéisme, qui nie ton existence; et délivre-nous de la superstition , qui outrage ton existence, et qui rend la notre affreuse.

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