‹ Œuvres de VoltaireChapitre 75 sur 125 · DES HOITTAGNES ET DES COQUILLES · texte numérisé non relu

DES HOITTAGNES ET DES COQUILLES

Des montagnes et des coquilles.

J'avouerai ingénument que mon oncle avait le malheur d'être d'un sentiment opposé à celui d'un grand naturaliste ' qui prétendait que c'est la nier qui a fait les montagnes; qu'après les avoir formées par son flux et son reflux, elle les a couvertes de ses flots, et qu'elle les a laissées toutes semées de ses poissons pétrifiés.

Voici , mon cher neveu , me disait-il , quelles sont mes raisons : i^Sila mer, par son flux, avait d'abord .fait un petit monticule de quelques pieds de sable, depuis l'endroit où est aujourd'hui le cap de Bonne- Espérance jusqu'aux dernières branches du mont Immaûs ou Mérou 9 j'ai grand'peur que le reflux n'eût détruit ce que le flux aurait formé.

a" T^e flux de l'Océan a certainement amoncelé dans une longue suite de siècles les sables qui forment les dunes de Dunkerque et de l'Angleterre, mais elle n'a pu en faire des rochers; et ces dunes sont fort peu élevées.

3^ Si, en six mille ans, elle a formé des monticules de sable hauts de quarante pieds, il lui aura fallu juste trente millions d'années pour former la plus haute montagne des Alpes, qui a vingt mille pieds de hauteur; supposé encore qu'il ne se soit point trouvé

> Buffon , voyet ci-apns, page 375. B.

MBI.AHGBS. Vn. a4

370 CHAP. XIX. Dis H09TAGM1S

crobstade à cet arraogemeDt, et qu'il y ait tooioars eu du sable à point noomié.

4* Commeot le flux de la mer, qui s élève tout au plus à huit pieds de haut sur nos cotes, aura-t-il fomië des montagnes hautes de vingt mille pieds? et comment les aura-t-il rouvertes pour laisser des poissons sur les cimes ?

5* Comment les marées et les courants auront-ils formé des enceintes presque circulaires de montagnes , telles que celles qui entourent le royaume de Cachemire, le grand duché de Toscane, la Savoie, et lepaysde Vaud?

6^ Si la mer avait été pendant tant de siècles audessus des montagnes, il aurait donc fallu que tout le reste du globe eût été couvert d'un autre océan égal en hauteur, sans quoi les eaux seraient retombées par leur propre poids. Or un océan , qui pendant tant de siècles aurait couvert les montagnes des quatre parties du monde, aurait été égal à plus de quarante de nos océans d'aujourd'hui. Ainsi il faudrait nécessai remeut qu'il y eût trente-neuf océans au moins d'évanouis , depuis le temps où ces messieurs prétendent qu'il y a des poiasons de mer pétrifiés sur le sommet des Alpes et du mont Ararat.

'j'' Considérez, mon cher neveu, que, dans cette supposition des montagnes formées et couvertes par la mer, notre globe n'aurait été habité que par des poissons. C'est, je crois, l'opinion de Telliamed '. Il

* C*est ptr pUisaoterie que Vohure suppose celte opinion à de Maillet, qui dit au ooniraire (lome I , pa^^e 76 de l'édition de 1 755 du Teiliamed) : " A quelque élévation que ces eaa& de la mer aiciit élc portées au - dessus

Page 1