‹ Œuvres de VoltaireChapitre 78 sur 125 · DES MONTAGNES ET DES COQUILLES · texte numérisé non relu

DES MONTAGNES ET DES COQUILLES

point préteodu le blesser en doutant qu'il eût créé des anguilles avec de la farine.

Je conserve l'esprit de charité avec tous les doctes, jusqu'à ce qu'ils me disent des injures, ou qu'ils me jouent quelque mauvais tour; car l'homme est fait de façon qu'il n'aime point du tout à être vilipendé et vexé. Si j'ai été un peu goguenard , et si j'ai par là déplu autrefois à un philosophe lapon ', qui voulait qu'on perçât un trou jusqu'au centre de la terre, qu'on disséquât des cervelles de géants pour connaître l'essence de ia pensée, qu'on exaltât sou ame pour prédire l'avenir, et qu'on enduisit tous les malades de poix-résine ; c'est que ce Lapon m'avait horriblement molesté; et cependant j'ai bien demandé pardon à Dieu de l'avoir tourné en ridicule, car il ne faut pas affliger son prochain; c'est manquer à la raison universelle.

Au reste j'ai toujours pris le parti des pauvres gens de lettres, quand ils ont été injustement persécutés: quand, par exemple, on a juridiquement accusé les auteurs d'un dictionnaire, en vingt volumes in-folio* d'avoir composé ce dictionnaire pour faijre enchérir le pain, j'ai beaucoup crié à l'injustice.

Ce discours de mon bon oncle me fit verset* des larmes de tendresse.

> Maupertuis; Voyez tomeXXXiX, pages 44S, 487, 497. B.

> V Encyclopédie di a8 volumes in-Cblio (non compris le supplément) ; mais il n'en avait paru que vingt et un au moment où Yoltaire écrivait; savoir les dii-«ept volumes de teate et les quatre preoiien des plancbea. B. .

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