DIATRIBES DE L ABBÉ BAZIIT
niques. D'autres fables sont des allégories ingénieuses. Ainsi Janus a un double visage qui représente Tannée passée et Tannée commençante. Saturne, qui dévore ses enfants, est le temps qui détruit tout ce qu'il a fait naître. Les muses, filles de la Mémqire, vous enseignent que sans mémoire on n'a point d'esprit; et que, pour combiner des idées, il faut commencer par retenir des idées. Minerve, formée dans le cerveau du maître des dieux, n'a pas besoin d'explication. Vénus, la déesse de la beauté, accompagnée des Grâces, et mère de l'Amour, la ceinture de la mère , les flèches et le bandeau du fils, tout cela parle assez de soimême.
Des fables qui ne disent rien du tout , comme Barhe bleue et les contes d'Hérodote, sont le fruit d'une imagination grossière et déréglée qui veut amuser des enfants, et même malheureusement des hommes : X Histoire des deux voleurs qui venaient toutes les nuits prendre l'argent du roi Rampsinitus, et de la fille du roi, qui épousa un des deux voleurs; XAn* neau de Gjrgès^ et cent autres facéties, sont indignes d'une attention sérieuse.
Mais il faut avouer qu'on trouve dans l'ancienne histoire des traits assez vraisemblables qui ont été négligés dans la foule , et dont on pourrait tirer quelques lumières. Diodore de Sicile, qui avait consulté les anciens historiens d'Egypte, nous rapporte que ce pays fut conquis par des Ethiopiens : je n'ai pas de peine à le croire; car j'ai déjà remarqué' que qui-
< Tome XXVI , page 436; XLI , 375. B.
oanque s'est présenté pour conquérir TÉgypte en est venu à bout en une campagne; excepté nos extravagants eroîscs, qui y furent tous tués ou réduits eu captivité, parœqu'îls avaient à faire, non aux Egyp^ tiens, qui n'ont jamais su se battre, mais aux niamelues, vainqueurs de FEgypte, et meilleurs soldats que les croises. Je n'ai donc nulle répugnance à croire qu'un roi d'Egypte, nommé par les Grecs Amasis, cruel et efféminé, fut vaincu, lui et ses ridicules prêtres, par un chef éthiopien nommé Actisan, qui avait apparemment de l'esprit et du courage.
Les Égyptiens étaient de grands voleurs; tout le monde en convient. Il est fort naturel que le nombre des voleurs ait augmenté dans le temps de la guerre d'Actisan et d'Amasis^ Diodore rapporte, d'après les historiens du pays, que le vainqueur voulut purger l'Egypte de ces brigands, et qu'il les envoya vers les déserts de Sînai et d'Oreh, après leur avoir préalable» ment fait couper le bout du nez , afin qu'on les recon* nût aisément, s'ils s'avisaient de venir encore voler en Egypte. Tout cela est très probable.
Diodore remarque avec raison que le pays où on les envoya ne fournit aucune des commodités de la vie, et qu'il est très difKcile d'y trouver de l'eau et de la nourriture. Telle est en effet cette malheureuse tontrée depuis le désert de Pharam jusqu'auprès d'Éber.
Les nez coupés purent se procurer, à force de soins, quelques eaux de citerne, ou se servir de quelques puits qui fournissaient de l'eau saumâtre et malsaine, laquelle donne communément une espèce de scorbut
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et de lèpre. Ils purent encore, ainsi que le dit Diodore, se faire des filets avec lesquels ils prirent des cailles. On remarque, en effet, que tous les ans des troupes innombrables de cailles passent au-dessus de la mer RoUge, et viennent dans ce désert. Jusque-là cette histoire n'a rien qui révolte Fesprit, rien qui ne soit vraisemblable. ^
Mais, si on veut en inférer que ces nez coupés sont les pères des Juifs, et que leurs enfants, accoutumés au brigandage, s'avancèrent peu-à-»peu dans la Pales* tine, et en conquirent une partie, c'est ce qui n'est pas permis à des chrétiens. Je sais que c'est le senti* ment du consul Maillet, du savant Fréret, de Boulanger, des Herbert, des Bolingbroke, desToland. Mais quoique leur conjecture soit dans l'ordre commun des choses de ce monde, nos livres sacrés donnent une tout autre origine aux Juifs, et les font descendre des Chaldéens par Abraham , Tharé , Nachor, Sarug, Rehu, et Phaleg.
Il est bien vrai que X Exode nous apprend que les Israélites, avant d'avoir habité ce désert, avaient emporté les robes et les ustensiles des Égyptiens, et qu'ils se nourrirent de cailles dans le désert; mais cette légère ressemblance avec le rapport de Diodore de Sicile, tii*é des livres d'Egypte, ne nous mettra jamais en droit d'assurer que les Juifs descendent d'une horde de voleurs a qui on avait coupé lie ne2. Plusieurs auteurs ont en vain tâché d'appuyer cette profane conjecture sur le psaume lxxx , oii il est dit ff que la fête des trompettes a été instituée pour faire «r souvenir le peuple saint du temps où il sortit de
«l'Egypte, et où il entendit alors parler une langue « qui lui était inconnue. »
Ces Juifs, dit-on, étaient donc des Égyptiens qui furent étonnes d'entendre parler au-delà de la mer Rouge un langage qui n'était pas celui d'Egypte; et de là on conclut qu'il n'est pas hors de vraisemblance que les Juifs soiedC les descendants de ces brigands que le roi Actisan avait chassés.
Un tel soupçon n'est pas admissible. Premièrement parceque, s'il est dit dans V Exode ^ que les Juifs enlevèrent les ustensiles des Égyptiens avant d'aller dans le désert, il n'est point dit qu'ils y aient été relégués pour avoir volé. Secondement, soit qu'ils fussent des voleurs ou non , soit qu'ils fussent Egyptiens ou Juifs, ils ne pouvaient guère entendre la langue des petites hordes d'Arabes bédouins qui erraient dans l'Arabie déserte au nord de la mer Rouge; et on ne peut tirer aucune induction du psaume lxxx, ni en faveur des Juifs, ni contre eux. Toutes les conjectures d'Hérodote, de Diodorc de Sicile, de Manéthon, d'Ératosthène, sur les Juifs, doivent céder sans contredit aux vérités qui sont consacrées dans les livres saints. Si ces vérités, qui sont d'un ordre supérieur, ont de grandes difficultés, si elles atterrent nos esprits, c'est précisément parcequ'elles sont d'un ordre supérieur. Moins nous pouvons y atteindre, plus nous devons les respecter.
Quelques écrivains ont soupçonné que ces voleurs chassés sont les mêmes que les Juifs qui errèrent dans le désert, parceque le lieu où ils restèrent quelque