FRAGMENT DES INSTRUCTIONS
dote universel contre ces poisons de l'anie, c'est le mépris..
Soutenez la justice, sans laquelle tout est anarchie et :brigandage. Soumettez-vous-y le premier vous-même; mais que les juges ne soient que juges et non maîtres, qu'ils soient les premiers esclaves de la loi, et non les arbitres. Ne souffrez jamais qu'on exécute à mort un citoyen, fût*il le dernier mendiant de vos états, sans qu'on vous ait envoyé son procès que vous ferez examiner par votre consul. Ce misérable est un homme, et vous devez compte de son sang.
Que les lois chez vous soient simples, uniformes, aisées à entendre de tout le monde. Que ce qui est vrai et juste dans une de vos villes, ne soit pas faux et injuste dans une autre ' : cette contradiction anar^ chique est intolérable.
Si jamais vous avez besoin d'argent, par le malheur des temps, vendez vos bois, votre vaisselle d'argent, vos diamants, mais jamais des offices de judicature. Acheter le droit de décider de la vie et de la fortune des hommes, c'est le plus scandaleux marché qu'on ait jamais fait. Ou parle de simonie: y a-t-il une plus lâche simonie que de vendre la magistrature? car y a-t-il rien de plus saint que les lois?
Que vos lois ne soient ni trop relâchées, ni trop sévères. Point de confiscation de biens à votre profit; c'est une tentation trop dangereuse. Ces confiscations ne sont, après tout, qu'un vol fait aux enfants d'un
> Voyez tome XXXIX, page 38a ; et LIT, 378. B.
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coupable. Si vous n'arrachez pas la vie à ces enfants innocents, pourquoi leur arrachez- vous leur patrî* moine? M'étes-vous pas assez riche sans vous engraisser du sang de vos sujets? Les bons empereurs, dont nous tenons notre législation , n'ont jamais admis ces lois barbares.
Les supplices sont malheureusement nécessaires; il faut effrayer le crime : mais rendez les supplices utiles; que ceux qui ont fait tort aux hommes servent les hommes. Deux souveraines ' du plus vaste empire du monde ont donné successivement ce grand exemple. Des pays affreux défrichés par des mains criminelles n'en ont pas moins été fertiles. Les grands chemins réparés par leurs travaux toujours renaissants, ont fait la sûreté et l'embellissement de l'empire.
Que l'usage affreux de la question ne revienne jamais dans vos provinces, excepté le cas où il s'agirait évidemment du salut de l'état. *
La question , la torture', fut d'abord une invention des brigands qui, venant piUer des maisons, fesaient souffrir des tourments aux maîtres et aux domestiques, jusqu'à ce qu'ils eussent découvert leur argent caché; ensuite les Romains adoptèrent cet horrible usage contre les esclaves , qu'ils ne regardaient pas comme des hommes; mais jamais les citoyens ro* mains n'y furent exposés.
Vous savez d'ailleurs que, dans les pays où cette coutume horrible est abolie, on ne voit pas plus de crimes que dans les autres. On a tant dit que la ques-
« Éliubeth et Cadieriiie n ; voyez tome XXXH, page $94. B. > Vojei tooM XXXn, pasci 5% 391 ; WI, 446. K.
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tion est un secret presque sûr pour sauver un coupable robuste, et pour condamner un innocent d'une constitution faible, que ce raisonnement a enfin persuadé des nations entières.
Les finances sont che2 vous administrées avec une économie qui ne doit se déranger jamais. Conserves précieusement cette sage administration. La recette est aussi simple qu'elle puisse Têtre. Les soldats , qui ne servent à rien en temps de paix , sont distribués aux portes des villes : ils prêteraient un prompt se* cours au receveur des tributs, qui est dWdinaire un homme d'âge, seul, et désarmé. Vous n'êtes point obligé d^entretenir une armée de commis contre vos sujets. L'argent de l'état ne passe point par trente mains différentes , qui toutes en retiennent une partie. On ne voit point de fortunes immenses élevées par la rapine , à vos dépens , et aux dépens de la noblesse et du peuple. Chaque receveur porte tous les mois l'argent de sa recette à la chambre de vos finances. Le peuple n'est point foulé, et le prince n'est point volé. Vous n'avez point chez vous cette multitude de petites dignités bourgeoises, et d'emplois subalternes sans fonction , qu'on voit sortir de sous terre dans certains états, où ils sont mis en vente par une administration obérée. Tous ces petits titres sont achetés chèrement par la vanité; ils produisent aux acheteurs des rentes perpétuelles, et l'affaibttssement perpétuel de l'état.
On ne voit point chez vous cette feule de bourgeois
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inutiles, intitulés conseillers du prince, qui vivent dans Toisivetë, et qui n'ont autre chose à faire qu'à dépenser à leurs plaisirs les revenus de ces charges frivoles que leurs pères ont acquises.
Chaque citoyen vit chez vous ou du revenu de sa terre, ou du fruit de son industrie, ou des appoin* lements qu'il reçoit du prince. Le gouvernement n'est point endetté. Je n'ai jamais entendu crier ici dans les rues, comme dans un pays' où j'ai voyagé dans ma jeunesse : « Nouvel édît d'une constitution de ren* «tes; nouvel emprunt; charges de conseiller du roi «mouleur de bois, mesureur de charbon'.» Vous ne tomberez point dans cet avilissement aussi ruineux que ridicule. On interdirait un comte de l'empire qui se conduirait ainsi dans sa terre; on lui ôterait justement l'administration de son bien. Si les états dont je parle sont destinés un jour à être nos enne» mis, puissent-ils se conduire selon des maximes si extravagantes!
Faites travailler vos soldats à la perfection des chemins par lesquels ils doivent marcher, à l'aplanis* sèment des montagnes qu'ils doivent gravir, aux ports où ils doivent s'embarquer, aux fortifications des vil* les qu'ils doivent défendre. Ces travaux utiles les oc« cuperont pendant la paix, rendront leurs corps plus robustes et plus capables de soutenir les fatigues de la guerre. Une légère augmentation de paie suffira pour qu'ils courent au travail avec gaité. Telle était
> La FrtDce. B.
• Yùjta tome XX , page 9S6; tt XXXI , 493« B*
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la méthode des Romains ; les légions firent elles-mêmes ces chemins qu'ils traversèrent pour aller conquérir TAsie Mineure et la Syrie. Jje soldat se courbe en remuant la terre, mais il se redresse en marchant à l'ennemi. Un mois d'exercice rétablit ce petit avantage extérieur, que six mois de travail ont pu défiguœr. La force, l'adresse, et le courage, valent bien la grâce sous les armes. Les Anglais et les Russes sont moins parfaits à la parade que les Prussiens, et les égalent au jour de bataille.
On demande s'il est convenable que les soldats soient mariés? Je pense qu'il est bon qu'ils le soient ; la désertion diminue, la population augmente. Je sais qu'un soldat marié sert moins volontiers loin des frontières, mais il en vaut mieux quand il combat dans le sein de la patrie. Vous ne prétendez pas porter la guerre loin de votre état, votre situation ne vous le permet pas ; votre intérêt est que vos soldats peuplent vos provinces, au lieu d'aller ruiner celles des autres.
Que le militaire, après avoir long-temps servi , ait chez lui des secours assurés; qu'il y jouisse au moins de sa demi-paie, comme en Angleterre. Un Hôtel des invalides, tel que Louis XIV en donna l'exemple dans sa capitale, pouvait convenir à un riche et vaste royaume. Je crois plus avantageux pour vos états que chaque soldat, à 1 âge de cinquante ans au plus tard , rentre dans le sein de sa famille. Il peut encore labourer ou travailler d'un métier utile; il peut donner des enfants à la patrie. Un homme robuste peut, à l'âge de cinquante ans , être encore utile vingt an-