SUR LES DISSENSIONS
PAR JOSEPH BOURBILLON, PHonsMva is o»oit public >.
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Avant de donner au public une idée juste des différents qui divisent aujourd^ui la Pologne; avant de déférer au tribunal du genre humain la cause des dissidents grecs, romains, et protestants, il est nécessaire de faire voir premièrement ce que c'est que TEglise grecque.
Il faut avouer d'abord que les Églises grecque et syriaque furent instituées les premières, et que l'orient enseigna l'occident. Nous n'avons aucune preuve
X L*édilioD originale decel Essaie 54 pa^es in^o, sous le nnUtisioie 17Q7, Les Mémoires secrets le citeot à la datç du 18 octobre. Voltaire lui-même en parle dans sa lettre à Damilaviile, du 4 décembre de h même année. G^l par erreur sans doute que, jusqu'à ce jour, on a imprimé, avec la da|e du 4 janvier 1767, une lettre à d*Argental où il en est question; celte lettre doit être du 4 janvier 1768.
Senebier, dans son Histoire littéraire de Genèçe, tome III, page 56, attribue à Jacob Bourdillon VEssai sur les dissensions de Pologne, que Voltaire avait donné, comme on voit, sous le nom de Josepb Bourdillon. Je ne pouvais passer sous silence une telle fonte. Tai dû aussi donner la variante de la fin de cet écrit. B.
ESSAI SUR I«ES DISSEHSTOlVSy ETC. 4^9
que Pierre ait été à Rome; et nous sommes sûrs qu*il resta long-temps en Syrie , et qu*il alla jusqu'à Babylone. Paul ëtait de Tarse en Cilicie. Ses ouvrages sont écrits en grec. Nous n'avons aucun Évangile qui ne soit grec. Tous les Pères des quatre premiers siècles jusqu'à Jérôme ont été Grecs, Syriens, ou Afiricains. Presque tous les rites de la communion romaine attes* tent encore par leurs noms mêmes leur origine grecque; église, baptême, paraclet, liturgie, litanie, symbole, eucharistie, agape, épiphanie, évêque, prêtre, diacre^ pape même, tout annonce que l'Église d'occident est la fille de l'Église d'orient, fille qui , dans sa puissance, a méconnu sa mère.
Aucun évêque de Rome ne fut compté ni parmi les Pères, ni même parmi les auteurs approuvés, pendant plus de six siècles entiers. Tandis qu'Athénagore, Éphrem, Justin, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, Cyprien, Irénée, Athanase, Eusèbe, Jérôme, Augustin, remplissaient le monde de leurs écrits, les évêques de Rome, en silence, se bornaient au soin d'établir leur troupeau, qui croissait de jonr en jour*
Nous n'avons sous le nom d'un évêque de Rome que les Réœgniiions de Clément. Il est prouvé qu'elles ne sont pas de lui: et, si elles en étaient, elles ne feraient pas honneur à sa mémoire. Ce sont des conférences d& Clément avec Pierre , Zachée , Barnabe , et Simon-Ie- Magicien. Us rencontrent vers Tripoli un vieillard ; et Pierre devine que ce vieillard est de la race de César; qu'il épousa MathîMe, dont il eut trois enfants; que Clément est le cadet de ces enfants : ainsi Clément est reconnu pour être de la maison impériale. C'est appa-
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remment cette connaissance qui a donné le titre au livre; encore cette rapsodie est-elle écrite eq grec.
Mais aucun prêtre chrétien , soit grec, soit syriaque, ou africain, ou italien, n'eut certainement d'autre puissance que celle de parler toutes les langues du monde, de faire des miracles, de chasser les diables; puissance admirable que nous sommes bien loin de leur contester.
Qu'il nous soit permis de le dire , sans offenser personne : Si l'ambition pouvait s'en tenir aux paroles expresses de l'Évangile , elle verrait évidemment que les apôtres n'ont reçu aucune domination temporelle de Jésus-Christ, qui lui-même n'en avait pas. Elle verrait que ses disciples étaient tous égaux, et que Jésus- Christ même a menacé de châtiment ceux qui voudraient s'élever au-*dessus des autres'.
Pour peu qu'on soit instruit, on sait que, dans le premier siècle , il n'y eut aucun siège épiscopal particulier. Les apôtres et leurs successeurs se cachaient tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre ; et certainement lorsqu'ils prêchaient de village en village, de cave en oave, de galetas en galetas, ils n'avaient ni trône épiscopal, ni juridiction, ni gardes; et quatre principaux barons ne portaient point à leur entrée les cordons d'un dais superbe, sous lequel on eût vu a\ndré et Luc portés pompeusement comme des souverains.
Dès le second siècle la place d'évêque fut lucrative par les aumônes des chrétiens, et conséquemment les évéques des grandes villes furent plus riches que les
> Matthieu , xx , a6 , 97 ; Luc , un , a6. B.
autces; étant plus riches , ils eurent plus de crédit etxile pouvoir.
Si quelque évéque avait pu prétendre à la supériorité , c'eût été assurément l'évêque de Jérusalem , non pas comme le plus riche , mais comme celui qui , selon l'opinion vulgaire, avait succédé à saint Jacques, le propre frère de Jésus-rCbrist. Jérusalem était le berceau de la religion chrétienne. Son fondateur y était mort par un supplice cruel ; il était reçu que Jacques . son frère y avait été lapidé. Marie , mère de Dieu , y était morte. Joseph, son mari, était enterré dans le pays. Tous les mystères du christianisme s'y étaient opérés. Jérusalem était la ville sainte qui devait reparaître dans toute sa gloire pendant mille années. Que de titres pour assurer à l'évêque de Jérusalem une prééminence incontestable !
Mais lorsque le concile de Nicée régla la hiérarchie, qui avait eu tant de peine à s'établir, le gouvernement ecclésiastique se modela sur le politique. Les évéques appelèrent leurs districts spirituels du nom temporel de diocèse. I^es évéques des grandes villes prirent le titre de métropolitains. Le nom àe patriarche s'établit peu-à-peu; on donna ce titre aux évéques de Constantinople et de Rome , qui étaient deux villes impériales ; à ceux d'Alexandrie et d'Antioche, qui étaient encore deux considérables métropoles ; et enfin à celui de Jérusalem , qu'on n'osa pas dépouiller de cette dignité , quoique cette ville, nommée alors Élia, fût presque dépeuplée et située dans un terrain ingrat, dans lequel elle ne pouvait s'affranchir de la pauvreté, n'ayant jamais fleuri que par le grand concours des Juifs qiû