‹ Œuvres de VoltaireChapitre 93 sur 125 · ESSAI SUR LES DISSENSIONS · texte numérisé non relu

ESSAI SUR LES DISSENSIONS

Tenaient autrefois y célébrer leurs grandes (Stes; mais , ne tirant alors quelque argent que des pèlerinages peu fréquents des chrétiens , le district de ce patriarche fut très peu de chose. Les quatre autres, au contraire, furent très étendus.

Il ne tomba dans la léte ni d'aucun évêque, ni d'aucun patriarche, de s'arroger une juridiction tempo* relie. On n^en trouve aucun exemple que dans la subversion de l'empire romain en occident.

Tout y changea lorsque Pépin d'Austrasie, premier domestique d'un prince franc, nommé Childeric, se lia avec le pape Zacharie, et ensuite avec le pape Etienne II , pour rendre son usurpation respectable aux peuples. Il se fit sacrer à Saint-Denys en France par ce même pape Etienne: en récompense, cet usurpateur lui donna dans la Romagne quelques domaines aux dépens des usurpateurs lombards.

Voilà le premier ëvâque devenu prince. On conviendra sans peine que cette grandeur n'est pas des temps apostoliques. Aussi ftit-elle signalée par le meurtre et par le carnage, peu de temps après , sous le pape Etienne III. Le clergé romain , partagé en deux partis , inonda de sang la chaire de bois dans laquelle on prétend que saint Pierre avait prêché au peuple romain. Il est vrai qu'il n'est pas plus vraisemblable que, du temps de rempei*enr Tibère, un Galiléen ait prêche en chaire dans le forum romanum , qu'il n'est vraisemblable qu'un Grec vînt prêcher aujourd'hui dans le grand bazar de Stamboul. Mais enfin il y^vait à Rome, du temps d'Etienne III, une chaire de bois, et elle fut entourée de cadavres sanglants.

€x>r8que Ckarlemagne partit de la Germanie pour usurper ia Lotnbardie ; lorsqu'il eut privé ses neveux de l'héritage de leur père Pëpiu; lorsqu'il eut enfermé en prison ses enfants innocents, dont on n'entendit plus parler depuis; lorsque ses succès eurent couronne ce crime; lorsqu^il se fut fait reconnaître empereur dans Rome , il donna encore de nouvelles seigneuries au pape Léon III, qui lui mit dans l'église de Saint-Pierre une couronne d'or sur la tête, et un manteau de poui^ pre sur les épaules.

Cependant remarquons que ce pape Léon III, encore sujet des empereurs résidants à Constantinople, n'osa pas sacrer un Allemand ; tant ce vieux respect pour l'empire romain prévalait encore. Ce n'était qu'une cérémonie de plus; mais elle était réputée sainte, et on n'osait ta faire. La faiblesse se joignait à l'audace de l'esprit, qui souvent n'ose franchir la seconde barrière après avoir abattu la première.

Charlemagne fut toujours le maître dans Rome; mais, dans la décadence de sa maison, le peuple romain reprit un peu sa liberté, et la disputa toujours contre l'évéque, contre la maison de Toscanelle, contre les Gui de Spolette, contre les Béranger, et d'autres tyrans ; jusqu'à ce qu'enfin l'imprudent Octavien Sporco, qui le premier changea son nom à son avènement au pontificat, appela Othon de Saxe en Italie. Ce Sporco est connu sous le nom de Jean XII. Il était fils de cette fameuse Marozie qui avait fait pape son bâtard Jean XI , né de son inceste. avec le pape Sergius III.

Jean XII était patrice de Rome, ainsi qu'Albérie son père , dernier mari de Marozie. Ils tenaient cette dignité

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