‹ Œuvres de VoltaireChapitre 94 sur 125 · SSAI SUR LES DISSENSIONS · texte numérisé non relu

SSAI SUR LES DISSENSIONS

de l'empereur Constantin Porphyrogénète; preuve évidente que les Romains, au milieu de leur anarchie, reconnaissaient toujours les empereurs grecs pour les vrais successeurs des cësars : mais, dans leurs troubles, ils avaient recours tantôt aux Allemands, tantôt aux Hongrois, et se donnaient tour-à-tour plusieurs mai* très pour tïen avoir aucun.

On sait comment le roi d'Allemagne Othon, appelé è Rome par ce Jean XII, et ensuite trahi par lui, le fit déposer pour ses crimes. Le procès-verbal existe; il fait frémir.

Tous les papes ses successeurs eurent à combattre les prétentions des empereurs allemands sur Rome , les anciens droits des ^empereurs grec^, et jusqu'aux Sarrasins mêmes. Ils ne furent puissants que par l'intrigue et par l'opinion du vulgaire, opinion qu'ils surent établir, et dont ils surent toujours profiter.

Grégoire y II, qui, à la faveur de cette opinion, et surtout des Fausses décrélales^ marcha sur les têtes des empereurs et des rois, ne put jamais être le maître dans Rome. Les papes ne purent enfin avoir la souveraineté de cette ville que lorsqu'ils se furent empares du mole d'Adrien, appelé depuis Saint- Ange, qui avait toujours appartenu au peuple ou à ceux qui le représentaient.

Loi vraie puissance des papes et celle des évêques d'occident ne s'établit en Allemagne que dans l'interrègne et l'anarchie, vers le temps de l'élection de Rodolphe de Habsbourg à Tempire : ce fut alors que lc$ évêques allemands furent véritablement souverains.

Jamais rien de semblable ne s'est vu dans l'Église

DES iGUSES DE POLOGNE. I767. 44^

grecque. Elle fut toujours soumise aux empereurs jusqu'au dernier Constantin ; et , dans le vaste empire de Russie, elle est entièrement dépendante du pouvoir suprême. On n'y connaît pas plus qu'en Angleterre Ift' distinction des deux puissances' ; l'autel est subordonné au trône, et ces mots mêmes, les deux puissances ^ y sont un crime de lèse-majesté. Cette heureuse subordination est la seule digue qu'on ait pu opposer aux querelles théologiques, et aux torrents de sang que ces querelles ont fait répandre dans les Églises d'occident, depuis l'assassinat de Priscillien jusqu'à nos jours.

Personne n'ignore comme, au seizième siècle, la moitié de l'Europe , lassée des crimes d'Alexandre YI , de l'ambition de Jules II , des extorsions de Ijéon X, de la vente des indulgences, de la taxe des péchés, des superstitions et des friponneries de tant de moines, secoua enfin le joug appesanti depuis long-temps. Les Grecs avaient enseigné l'Église d'occident, les protestants la réformèrent.

Je ne prétends point parler ici des dogmes qui divisent les Grecs, les Romains, les évangëliques, les réformés, et d'autres communions. Je laisse ce soin à ceux qui sont éclaires d'une lumière divine. Il faut l'être sans doute pour bien savoir si leSaint-E^rit procède par spiration du Père et du Fils , ou du Fils seulement, lequel Fils étant engendré et n'étant point fait, ne peut pourtant engendrer. Il n'y a qu'une révélation qui puisse apprendre clairement aux saints comment on mange le Fila en corps et en ame dans un pain qui est anéanti, sans manger ni le Père ni le Saint-Esprit;

* Toyei tome XXXII , ptge 39. B.'

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OU commeat le corps et l'ame de Jésus sont incorporés au pain^ ou comment on mange Jésus par la foi. Ces questions sont si divines, qu'elles ne devraient point mettre la discorde entre ceux qui ne sont qu'hommes , et qui doivent se borner à vivre en frères, et à cultiver la raison et la justice, sans se persécuter pour des mystères qu'ils ne peuvent entendre.

Tout ce que j'oserais dire en respectant les évâques de toutes les communions, c'est que ceux qui iraient à pied, de leur maison à l'église, prêcher la charité et la concorde , ressembleraient peut-être plus aux apôtres, au moins à l'extérieur, que ceux qui diraient quelques mots dans une messe en musique en quatre parties, entourés de hallebardiers et de mousquetaires, et qui ne sortiraient de l'église qu'au son des tambours et des trompettes.

Je me garderai bien d'examiner si celui qui naquit dans une élable entre un bœuf et un âne, qui vécut et qui mourut dans l'indigence, se plaît plus à la pompe et aux richesses de ses ministres qu'à leur pauvreté et à leur simplicité. Nous ne sommes plus au temps des apôtres; mais nous sommes toujours au temps des ci*toyens: il s'agit de leurs droits, de la liberté naturelle, de l'exécution des lois solennelles, de la foi des sermentSy de l'intérêt du genre humain. Tout cela existait avant qu'il y eût des prélats, et existera encore si jamais (ce qu'à Dieu ne plaise) on a le malheur de se passer de prélatures. Les dignités peuvent s'abolir , les sectes peuvent s'éteindre; le droit des gens est éternel.

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