‹ Œuvres de Walter ScottChapitre 15 sur 31 · HAROLD · texte numérisé non relu

HAROLD

« Prêtez, oh I prêtez l'oreille, brillantes dames ; je ne viens point chanter un orgueilleux fait d'armes-, ils sont doux et mélancoliques les chants qui rappellent la perte de l'aimable Rosabelle (17).

« Amarrez , amarrez votre barque , braves matelots ; et vous, aimable dame, daignez demeurer en ces lieux. Reposez-vous au château de Ravensheuch (18) , et n'allez pas aujourd'hui vous exposer sur le détroit orageux.

« Les flancs noirs de la barque sont bordés d'écume : la mouette se sauve vers les îles et sur les rochers; les pêcheurs ont entendu l'esprit des eaux, dont les cris présagent un naufrage.

« La nuit dernière, un homme favorisé du don de seconde vue

m LE LAI DU DERNIER MÉNESTREL.

a aperçu une belle dame enveloppée dans un drap mortuaire humide. Demeurez doncàRavensheuch, ô jeune beauté? pourquoi traverser aujourd'hui le détroit dangereux?

« Ce n'est point parce que l'héritier de lord Lindesay ouvre ce soir le bal à Roslin ; mais c'est que ma mère est seule dans la salle du château.

« Ce n'est point parce qu'on doit courre la bague et que Lindesay est adroit à ce jeu; mais c'est que mon père trouvera le vin mauvais s'il n'est pas versé par Rosabelle.

n Pendant toute cette nuit terrible on vit briller une flamme étrange sur Roslin ; elle s'étendait plus que celle d'un feu qu'on aurait allumé pour servir de fanal , et plus rouge que les rayons brillants de la lune. Elle éclairait tout le sommet du rocher sur lequel se trouve le château de Roslin , réfléchissant une teinte Touge sur les taillis de la vallée ; on l'apercevait de dessous les chênes de Dryden et des cavernes de Hawthornden.

« On croyait voir en feu cette superbe chapelle où les barons de Roslin reposaient sans cercueil et ensevelis dans leur armure en guise de drap mortuaire (19).

« Tout, à l'intérieur et autour de la sacristie et de l'autel, paraissait dans les flammes ; les colonnes gothiques , la cotte-de^ nrdilles des morts semblaient en réfléchir la lueur.

« Elles enveloppaient les créneaux , les sommets élevés des tours , les beaux arcs-boutanls sculptés en rosaces... c'est ainsi qu'elles paraissent encore tout dévorer lorsque la mort menace quelque membre de la noble famille de Saint-Clair.

« Dans cette magnifique chapelle sont enterrés vingt barons de Saint-Clair, fameux par leur valeur. Ces murs sacrés les renferment tous ; mais les flots de la mer recouvrent les restes de l'aimable Rosabelle.

« Tous y ont été enterrés à la lueur des cierges avec les prières des prêtres et au son des cloches; mais les rugissements des flots

et le sifflement des vents ont été le chant funèbre de l'aimable Rosabelle. *

Ce lai attendrissant d'Harold avait tellement charmé l'attention des convives qu'ils s'étaient à peine aperçus de l'obscurité qui régnait dans la salle, quoique long-temps avant la chute du jour ils se trouvassent tous environnés de ténèbres extraordinaires. Ce n'était point un brouillard formé par les eaux d'un marais converties en vapeur aux rayons du soleil et chassées par les vents ; les savants n'avaient prédit aucune éclipse, et néanmoins, dans la rapidité avec laquelle la salle en fut obscurcie , chacun pouvait à peine voir la face de son voisin ou distinguer sa propre main. Lorsqu'elle était étendue , une secrète horreur troubla la joie du festin et glaça le cœur de chaque convive; la noble dame elle-même resta presque stupéfaite : elle sentait qu'il allait arriver quelque malheur ; le page-lutin tomba étendu par terre, et en frissonnant murmura ces mots : « Trouvé ! trouvé I trouvé l »

Alors un éclair sillonna tout à coup en traits de feu les ténèbres de l'air. La lueur en fut si vive et si étendue que le château parut dans les flammes ; les poutres de la salle, les bouchers suspendus à la muraille en réfléchirent la lumière étincelante ; les trophées d'armes, les murailles sculptées brillèrent et disparurent à l'instant; la foudre traversa les convives éblouis .et alla frapper le nain , remplissant toute la salle d'une fumée dont ils étaient suffoqués. Au même instant retentit un long éclat de tonnerre qui atterra les plus braves et fit pâlir les plus fiers courages... Le tocsin sonna de rivage en rivage, sur les murs de Berwick et dans Carlisle; les guerriers étonnés coururent aux armes. Lorsque cessa ce fracas épouvantable le nain avait disparu!

Quelques uns avaient entendu une voix dans la salle de Branksome; d'autres avaient eu une vision dont tous les yeux n'avaient pas été frappés ; quelques convives avaient entendu une voix terrible crier: « Vieks, Gylbin (20); » et à l'endroit où tomba la foudre, sur le lieu même où le page s'était couché contre terre , les uns aperçurent un bras, d'autres une main , quelques autres enfin le flottement d'une robe. Les convives , tremblants, prièrent en silence, et la terreur se peignait sur ces visa, ges habitués à respirer la hauteur. Mais nul dans cette assemblée stupéfaite n'était aussi atterré queDeloraine : son sangétaitglacé, sa tête brûlante ; on craignait que sa raison ne fût égarée pour toujours; il avait perdu l'usage de la parole , ses yeux étaient hagards, ses traits décomposés, ainsi qu'on le rapporte de celui qui parla au chien-spectre dans l'île de Man (21); enfin , d'une voix entrecoupée et tremblant de tous ses membres, il prononça quelques paroles presque inintelligibles et souvent interrompues, par lesquelles on finit par comprendre qu'il était sûr d'avoir vu une forme humaine^ enveloppée dans une aumusse assujétie par un baudrier d'un travail espagnol, comme un pèlerin d'au delà des mers; et qu'il savait... peu importait comment... que c'était le magicien Michel Scott.

XXYII.

Tremblante et pâle d'horreur, la foule écouta avec anxiété ce récit étrange ; pas un son , pas une parole ne se firent entendre jusqu'à ce que le noble Angns rompit le silence. Il prit envers Sainte-Bride de Douglas '22) l'engagement sacré et solennel de faire un pèlerinage à l'abbaye deMelrose, pour la délivrance de l'âme de Michel. Alors chacun , dans la vue de rassurer sa conscience , adressa ses prières à quelque saint; les uns firent des

vœux à saint Modan, d'autres à sainte Marie des Lowes, ceux-ci à la sainte Croix de Lisle ,• ceux-là à Notre-Dame de Lisle. Chacun prit son patron à témoin qu'il entreprendrait quelque pèlerinage semblable, et ferait chanter les moines et sonner les cloches pour le repos de l'âme de Michel. Tandis que tous les convives s'engageaient par quelque vœu ou récitaient leurs prières , on rapporte que la noble dame effrayée renonça pour toujours aux pratiques de la magie.

XXYIII.

Je ne parlerai point des fiançailles qui se célébrèrent peu de temps après, ni des fils vaillants et des filles charmantes qui bénirent l'union de la fleur du Téviot et de l'héritier des Cranstoun. Après avoir reposé nos yeux sur un spectacle si terrible, c'est envain qu'on voudrait les promener de nouveau sur des scènes riantes. Il serait plus convenable de peindre ce jour de pénitence et de prières où les chefs pèlerins, humblement vêtus, se dirigèrent vers les saints autels de Melrose.

Les pieds nus , couvert d'une haire et les bras croisés sur la poitrine, s'avançait chaque pèlerin ; sur toute cette nombreuse ligne de pénitents, l'oreille du spectateur eût pu saisir le moindre bruit d'un pas, d'un mot ou d'un soupir. Point d'airs de grandeur ou de démarche martiale : tout éclat avait disparu , leur orgueil était humilié, leur gloire oubliée. Ils glissent lentement et en si • lence comme des ombres vers le sanctuaire et vont s'agenouiller au pied du maître-autel. Sur la tête de ces chefs humblement prosternés flottent les bannières des braves qui ne sont plus ; sous les larges pierres recouvertes d'inscriptions reposent les cendres de leurs pères ; et autour d'eux , dans des niches richement sculptées , s'aperçoivent les visages sévères des saints et des martyrs, souffrant pour la foi.

Bientôt remontant en ordre et lentement les ailes sombres du saint lieu, la tête couverte de leurs capuchons noirs , portant le scapulaire et des étoles blanches comme la neige , s'avancent deux à deux les saints religieux dont la longue file se perd dans le lointain. Ils étaient munis de livres et de cierges ; au milieu d'eux apparaissait l'hostie sainte et la riche bannière sur laquelle brillait le nom du rédempteur.

La mitre en tête, l'abbé étendit la main sur les pèlerins prosternés, les bénit en faisant le signe de la croix sur eux , et leur souhaita la sagesse en temps de paix et le succès dans les combats. On célébra la messe et l'office des morts , on chanta un requiem solennel, le son des cloches retentit au loin pour le repos de l'âme du défunt ; à la fin de l'office on entonna l'hymne d'intercession, et les voûtes sonores du temple retentirent du verset imposant et lugubre :

Dies irœ, dies illa Solvet sœclum in favilla ,

accompagné de l'harmonie bruyante de l'orgue retentissant soUs les voûtes comme des éclats de tonnerre ; et s'il était convenable de terminer par un chant sacré ce lai futile et léger , ainsi chan»taient les saints religieux : « Jour de colère, jour terrible où te ciel et la terre s'effaceront , quelle puissance tendra la main aU pécheur ? Comment envisagera-t-il ce jour redoutable ?

« Lorsque les cieux embrasés se rouleront sur eux-mêmes Comme le parchemin sur la flamme , lorsque les morts s'éveilleront aux sons éclatants et sinistres de la trompette.

« Oh ! dans ce jour, jour de ta colère, où l'homme surgira de la poussière des tombeaux pour paraître devant son juge redoutable, tends, ô mon Dieu , tends une main secourable au pécheur tremblant lorsque le ciel et h terre s'effaceront ! >•

La harpe a cessé de se faire entendre... le ménestrel a quitté ces lieux.. Continua-t-il démener une vie errante et solitaire, sa vieillesse indigente poursuivit-elle seule son long pèlerinage? Non... Al'ombre des tours orgueilleuses de Newark s'élève l'humble demeure du ménestrel : ce n'était qu'une simple cabane ; mais on voyait auprès un petit jardin bordé de haies vives et un foyer très propre répandait la vie et la joie dans le modeste séjour qu'éclairait une jolie croisée Là, à la lueur de la flamme pétillante , le voyageur abrité écouta plus d'une fois des histoires du bon vieux temps ; car sa porte était ouverte à tout le monde , et il se plaisait à ofTrir riiospitalité qu'il avait demandée autrefois. Ainsi se passaient les soirées d'hiver 5 mais lorsque l'été venait rendre la vie aux riants coteaux de Bowhill, et que l'haleine embaumée de juillet balançait la fleur azurée de la campanelle sur les bruyères de Newark-, que la grive faisait entendre seschantssousle feuillage de Hare-Head ; que la brise agitait la verdure ondoyante desblésde Carterhaugh, et que les chênes immenses de Blackandro avaient repris leur riche parure, alors 1 ame du vieux ménestrel reprenait une nouvelle vie I Alors il célébrait la gloire des nobles barons et les hauts faits de la chevalerie. Le voyageur , captivé par ses chants, Oubliait sa course et le déclin rapide du jour ; le chasseur dans l'ardeur de la jeunesse abandonnait pour l'entendre la poursuite du daim, et l'Yarrow en roulant ses ondes limpides accompagnait les chants du ménestrel.

rsOïES

CHANT PREMIER

(1) Le château de Branksome, réparé par sir Waller Scoltde Buccleach, continua d'être la résidence de la famille tant que la sécurité fut l'objet que le» barons de Bucdeucb eurent en vue dans le choix de leur demeure. L'étendue de cet édiûce est encore indiquée par quelques vestiges de ses fondements, et sa force est évidente par sa situation sur une hauteur à pic entourée par la rivière de Téviot, et flanquée par un ravin profond que forme le cours rapide et incliné d'un ruisseau.

(2) Les anciens barons de Buccleuch, comme objet de splendeur féodale et en raison de leur situation sur la frontière, entretenaient dans leur maison un grand nombre de gentilshommes de leur nom qui tenaient des terres en fief de leur chef, eo retour du service militaire auquel ils étaient employés dans la garde de son château.

(3) La hache de Jedwood était une espèce de pertuisane dont se servaient les cavaliers.

{U) Le château de Branksome était continuellement exposé aux attaques des Anglais en raison de sa situation et des dispositions guerroyeuses et turbulentes de ses habitants qui vivaient rarement en bonne intelligence avec leurs voisins, tu lo55, les Anglais ayant fait une invasion dans le pays qu'ils ravagèrent jusqu'aux portes du château sans atteindre cependant le Lut principal de leur expédition qui était de tuer ou faire prisonnier le laird de !:uccleuch , ceiui-ci , uni à d'autres chefs de la frontière , asseoibla une armée de trois mille cavaliers avec laquelle ils pénétrèrent <lans le ^'o^thumberland, battirent et dispersèrent les forces anglaises qui leur étaient opposées , ravagèrent le pays jusqu'à uue grande distance, et revinrent chargés de butin.

(o) Sir Walter Scott de Buccleuch était un brave et puissant baron dont la mort fut le fruit de la haine qui existait entre les Scott et les Kerr, les derniers ayant pris part pour, et les premiers contre les Douglas qui dominaient le roi et gouvernaient le royaume selon leur bon plaisir. Les Kerr avaient même perdu le laird de Cessford dans une rencontre avec Jes Scott. Sir Walter fut assassiné par les Kerr dans les rues d'hdimbourg en I3ii2. C'est à cet événement qu'on fait allusion dans la stance VII ; et le poème est supposé commencer peu à près qu'il eut lieu.

(0) tntre autres expédients auxquels on eut recours pour éteindre la haine qui existait entre les Scott et les Kerr , ou Car , il y eut une convention passée en 1329 ealre les chefs de chaque clan par laquelle ils s'engageaient à accomplir réciproquement les quatre principaux pèlerinages d'Ecosse pour le repos des âmes de ceux des deux partis qui étaient morts par suite de leurs querelles ; mais ou cet engagement ne fut pas rempli, ou les haines reprirent peu de temps après le dessus.

De tels pactes n'étaient pas rares dans les temps féodaux, et, comme on peut s'y attendre, se trouvaient souvent, comme dans le cas présent, dépourvus d'effet. Lorsque sir Waller Manny, le célèbre suivant d'Edouard III, eut pris la ville de LaRéole en Gascogne , il se rappela avoir entendu dire que son père y avait été enterré , et offrit cent écus à celui qui pourrait lui indiquer sa tombe. Un vieillard se présenta è sir Walter, lui donna les détails de la mort de son père, et lui montra le lieu de sa sépulture. 11 paraît que le lord de Manny, dans un grand tournoi, démonta et blessa mortellement un chevalier gascon de la maison de Mirepoix , dont le parent était évêque de Cambrai. 11 fui pour celte action poursuivi par la haine des parents du chevalier jusqu'à ce qu'il consentit à entreprendre un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle pour le repos de l'âme du défunt. Mais iraversani à son retour la ville de La Réole après avoir accompli son vœu , il fut attaqué et perfidement assassiné par les parents du chevalier qu'il avait tué. Sir Walter fit enlever le corps de son père et le fit transporter à Valenciennes, sa ville natale, où l'on disait des messes du temps de Froissard pour le repos de l'âme de l'infortuné pèlerin. Chroniques de Froissard , vol. I.

(7; La famille des Ker, Kerr, ou Car, était très-puissante sur la frontière d'Ecosse.

(S) Les Cranstoun sont une ancienne famille de la frontière. Ils étaient alors ennemis des Scott, car il parait que la dame de Buccleuch assiégea le laird de Cranstoun h la vie duquel elle en voulait. Néanmoins le même Cranstoun, ou peut-être son fils, épousa une fille de cette dame.

(G) Les Bélhune étaient d'origine française et tiraient leur nom d'une petite ville de l'Artois. Il y avait trois familles distinguées de ce nom en Picardie, qui comptent parmi leurs descendants le célèbre duc de Sully. De celle famille descendait aussi dame Jeanne Bealon, lady Buccleuch, veuve de sir Walter Scott de Branksome. Celait une femme d'un courage mâle, comme elle le montra en marchant à cheval à la tête de son clan lors du meurtre de son époux. Elle possédait aussi à un si haut degré les talents héréditaires dans sa famille, que le vulgaire superstitieux les imputait à des connaissances surnaturelles.

(»0) Padoue fut long-temps regardée par les paysans écossais comme la principale école de nécromancie. Le comte de Gowrie prétendait avoir appris pendant ses éludes en Italie des connaissances cabalistiques au moyen desquelles il pouvait ctarmer les serpents, et opérer d'autres miracles, en particulier la procréation des enfants sans la participation des deux sexes.

(t i)Le vulgaire croit que, lorsqu'une certaine classe d'adeptes ont fait des progrès suflisants dans leurs éludes mystiques, ils sont obligés de traverser en courant une salle souterraine, où le diable attrape celui qui se trouve le dernier à courir, à moins qu'il ne parcoure la salle si rapidement que l'esprit malin ne puisse saisir que son ombre. Dans ce dernier cas, le corps du sage ne projette plus d'ombre ; et ceux qui ont ainsi perdu la leur sont toujours les meilleurs magiciens.

(12; Le vulgaire écossais, sans avoir une idée précise de leurs atlribuH, croit à l'existence d'une classe intermédiaire d'esprits qui habitent lair ou les eaux, cl auxquels il attribue les inondations, les tempéles, et tons les phénomènes dont ses connaissances bornées ne peuvent se rendre compte. On suppose qu'ils interviennent dans les affaires des mortels, quelquefois dans des intentions malveillantes, d'autrefois dans des vues plus douces. On dit, par exemple, qu'un valeureux baron trouva, à son retour de la Terre-Sainte, sa belle châtelaine nourrissant un gros

enfant dont la naissance ne cadrait pas du tout avec l'époqae de son départ. Un tel fait, disons-le à Tlionneur des daines des croisés, était si rare, qu'il exigea une solution miraculeuse. La dame fut donc crue lorsqu'elle assura avec conGance qua l'esprit de la Tweed était sorti de la rivière pendant qu'elle se promenait sur ses bords, et l'avait forcée de se soumettre à ses embrassements. On donna le nom de Twcedie à l'enfant qui, dans la suite fut baron de Drummelziar et chef d'un clan puissant.

(lo) C'était le nom quî l'jn donnait ordinairement aux maraudeurs des fronlières. Les habitants de cette partie des deux royaumes se livraient à des excursions et à des rapines sur le territoire ennemi ; mais ceux qui suivaient cette profession avec le plus d'ardeur et de succès étaient ceux du clan de Buccleuch.

(U) Les armes des Kerr de Cessford portaient une licorne, et celle des Scott de Buccleuch une étoile entre deux croissants.

(13) Les terres de Delorainc sont jointes à celles de Buccleuch dans la forél d'Etlrick. Les, barons de Buccleuch les donnaient quelquefois en fief à des vassaux ou à des parents sous la redevance du service militaire à la frontière.

CI6) II y avait des chiens dressés à la chasse des maraudeurs qui les traquaient dans toutes les directions. Un moyen sûr d'arrêter le chien était de répandre du sang sur la trace que l'on suivait, ce qui lui faisait perdre la piste.

'17) C'est un monticule de terre rond et arliGciel, près de Hawick.

[i8) Le domaine de Hazeldean appartenait anciennement à une famille de Scott.

(19) Assemblage romantique <?e rochers qui s'élèvent au-dessus de la vallée du Téviotdans le voisinage de la résidence de famille dont lord Minto tire son nom. Une petite plate-forme sur un rocher avancé, dominant une vue magniOque, se nomme le lit de Barnhill. On dit que ce Barnhiil était un brigand. Sir Gilbert Elliot, père du lord Minto actuel, est l'auteur de la pastorale suivante ;

J'oubliai mes moulons, je brisai ma houlette ;

Je fuis les doux plaisirs goûtés sous la coudrette ;

Mes mains n'ornèrent plus de fleurs son front charmant j

L'or bientôt de l'amour effacera l'image,

Disais-je... Mais qu'est-il besoin d'or à mon âge?

Pourquoi quitter Amynte et trahir mon serment?

Entre l'amour et moi cherchant une barrière, En vain J'erre inquiet sur la plage étrangère. Insensé 1 penses-tu pouvoir dompter la voix D'un sentiment si pur, d'une ardeur si parfaite? Rendez-moi mes moutons, rendez-moi ma houlette : iJ'Amynle et de l'amour je ne fuis plus les lois.

Hélas ! il n'est plus temps d'accuser ta folie.

Pauvre berger; Amynte à jamais t'est ravie;

Tes vœux sont superflus, tu pleures vainement :

Les moments négligés sont le regret du sage.

Malheureux! ah ! qu'est-il besoin d'or à mon âge?

Devais-je fuir Amynte et trahir mon serment !

(20) La faiTiille de Riddel, qui remonte aux temps les plus reculés, a été très longtemps en possession de la baronnie de l.iddel ou Ryedale, dont une partie porte encore te dernier nom.

(2!) Halidon était un ancien ciiàleau des Ker de Cessford. Près de là est le champ de bataille de MelrObC, où les troupes de Buccleuch rencontrèrent celles d'Angus,et qui est encore appelé le champ de l'escarmouche.

(22) L'ancien et beau monastère de Melrose fut fondé par le roi David K"'. Ses ruines oBTrenl le plus beau morceau d'architecture et de sculpture gothiques dont l'Ecosse pui se se faire honneur.

CHANT DEUXIÈME

(1) les arcs-boulanls des ruines de l'abbaye de Melrose portent, parmi d'autres ornements, des inscriptions tirées du texte des Écritures.

(2) David I"^' acquit une réputation de sainteté en fondant et dotant libéralement, non seulement le monastère de Melrose, mais aussi ceux de Kelso, Jedburgh, et plusieurs autres : ce qui fit dire à :on successeur que «c'était un saint qui avait bien coûté à la couronne.)!

(5) La fa:nille de Buccleuch se signala par ses bienfaits envers l'abbaye de Melrose.

(4) Les maraudeurs, comme on peut le supposer, étaient très ignorants en fait de pratiques religieuses. i\'ais quoique manquant de vraie religion, ils disaient régulièrement leur chapelet, et jamais avec plus de zèle que lorsqu'ils partaient pour une expédition dont la suite devait être le pillage.

(j) Les cloftres étaient souvent employés coiuiiie lieux de sépulture.

(6) Voyez dans Froissurt, vol. 11, chap. xliv et lxm, la manière adroite dont les Castillans et les Portugais se servaient de ces dards.

Cl) La bataille dOtterturnc, où la victoire fui si vaillaiiiment disputée de part et d'autre, fut gagnée par les Écossais qui y perdirent leur brave chef, Jacques, comte de Douglas. 11 fut enterré au-dessous du mailre-autel à Melrose, où sa bannière (lotiait au-dessus de sa tombe.

(8; William Douglas, appelé le chevalier de LiJdesdale, était si distingué par sa valeur, qu'on l'appela la fieitr de la chevalerie. ÎNèanmoins il ternit sa gloire par le meurtre cruel de Ramsey, anciennement son ami et son frère d'armes. Il fut bientôt après assassiné par son filleul, ie comte de l^ouglas, chef de son clan.

(il) 11 est impossible de concevoir un plus beau nioùèle de la légèreté et de l'élégance de rarcliitecture gothique dans sa pureté, que les vitraux de l'Est de l'abbaye de Melrose.

(10) On montre une gran'lc pierre ûe marbre dans le sanctuaire do Melrose comme étant le tombeau d'Alexandre !I, l'un des plus gran Is rois des premiers temps de notre histoire.

(H) Sir Michel Scott de Balwearie était un homme d'un profond savoir, acquis principalement dans les pays étrangers. Il écrivit un commentaire sur Aristote, imprimé à Venise, en «496, cl plusieurs Irailcs sur les sciences naturelles, d'après lesquels il paraît s'être adonné à l'étude abstraite de l'astrologie judiciaire, d»

l'alchimie, de la physionomie et de la chiromancie. Par là il passa parmi ses contemporains pour un habile magicien. Demspter dit qu'il se rappelle avoir entendu dire dans sa jeunesse que les li?res de magie de Michel Scott existaient encore, mais ne pouvaient être ouverts sans danger, à cause des esprits malins qui étaient évoqués par leur moyen.

( 12) L'Espagne, par suite des sciences et des superstitions que lui avaient laissées les Arabes, passait pour la résidence favorite des magiciens. Le pape Sylvestre, qui importa d'Espagne l'usage de la numération arabe, était supposé y avoir appris la magie, ce dont l'ignorance de son siècle lui fit un cri;ne. Il y avait des écoles publiques où la magie, ou plutôt les sciences que l'on supposait en renfermer les mystères, était régulièrement enseignée à Tolède, à Séviile et a Salaminque. tn cette dernière ville les leçons se donnaient dans une caverne profunde, dont rentrée fut murée par ordre d'Isabelle, femme du roi Ferdinand. Le célèbre magicien Maugis, cou-in de Renaud de Montauban, appelé par l'Ariosle .Malagigi, étudia la magie noire à Tolède.

( 3) Michel Scott, dit une tradition très répandue, fut choisi pour aller en amba?sade obtenir du roi de France satisfaction de certains actes de piraterie exercés par ses sujets au détriment de ceux du roi d'Ecosse. Au lieu de préparer un nouveau train et une suite splendide, l'ambassadeur se retira dans son cabinet, ouvrit son livre et évoqua un démon sous la forme d'un grand cheval noir, monta sur son des et le força de s'envoler à travers les airs vers les côtes de France. Comme ils trrversaient la mer, le diable demanda insiilieusement à celui qui le montait, ce que les vitilles femmes d'Ecosse murmuraient à l'heure de se mettre au lit. Un magicien moins expérimenté eût pu répondre que c'était le Pater Nostcr, ce qui eût donné carte blanche au diable psur le précipiter de dessus son dos. Mais Michel lui répliqua rudement : « Qu'est-ce que cela te fait? monte, diabolus, et vole I n Ljrsqu'il ariiva à Paris, il attacha son cheval à la porte du palais, entra et s'acquitta hardiment de son message. Un ambassadeur si peu entouré des pompes et des dehors de la diplomatie ne fut pas reçu avec beaucoup de respect, et le roi se disposait à refuser avec mépris ses demandes, lorsque Michel le pria de suspendre sa résolution jusqu'à ce qu'il eût vu son cheval frapper trois fois du pied. La première ébranla tous les clochers de Paris, et fit sonner toutes les cloches ; la seconde renversa trois des tours du palais, et le coursier infernal avait levé le pied pour frapper le troisième coup, lorsque le roi préféra renvoyer Michel avec les concessions les plui larges k s'exposer aux conséquences probables de ce dernier choc.

(14) Michel Scott était un jour très embarrassé d'un esprit pour lequel il était obligé de trouver continnellement de l'occupatijn. 11 lui commanda de bâtir une écluse en travers de la Tweed à Kelso, elle fut achevée en une nuit, et fait encore honneur à l'architecte infernal. Michel lui ordonna ensuite de diviser la montagne d'Eildon, qui ne formait alors qu'un seul cône en trois. One autre nuit suIBl pour faire de son sommet les trois pics pittoresques dont elle est maintenant composée. Enfin l'enchanteur dompta l'infatigable démon en l'employant à la tâche ingrate et sans terme de faire des cordes avec le sable de la mer.

(lo) Plusieurs auteurs qui traitent de la magie naturelle parlent beauc )up de lampes éternelles, qu'ils prétendent avoir été trouvées brùljnt dans d'anciens sépulcres. Kircher énumère trois diJérentes recettes pour construire de telles lampes, et conclut sagement que la chose est néanmoins impossible.

(16) L'idée du page-lutin de lord Cranstoun est prise d'un être appelé Gilpin Horner, qui parut et Gt quelque séjour à une ferme prés des montagnes de la frontière. Les circonstances de son apparition et de son séjour sont à peu près les luêmes que celles qui sont retracées dans le poème, et plusieurs personnes ajoutent encore de nos jours une foi entière à la tradition qui en fait mention.

(17) Lady Buccleuch fut citée pour ce fait à comparaître en justice avec plusieurs de ses adhérents , il y eut une instruction commencée, mais la reine leur fit grâce et suspendit les procédures.

CHANT TROISIÈME

(4) Le cimier des Cranstoun représentait une grue tenant en sa pâte une pierre , par allusion à lear nom. crâne signifiait grue, et stone pierre.

(2) L'art du glamour ou Pillusion magique dans les superstitions écossaises consistait dans le pouvoir magique, d'en imposer à l'œil des spectateurs, de telle sorte que l'apparence d'un objet était totalement différente de la réalité.

(3) Le docteur Henri More, dans une lettre mise en tète du Sadacisvius trhtmphattis de Glanville, fait mention d'un phénomène semblable.

(4) Le peuple croit fermement qu'aucun enchantement ne peut subsister dans un courant d'eau; même si vous pouvez mettre un ruisseau entre vous et les sorciers, les spectres et même les démons, vous êtes en sûreté. Brompton nous apprend que certains sorciers irlandais pouvaient, par des charmes, convertir des mottes de terre ou des pierres en cochons gras, qu'ils vendaient au marché, mais qui reprenaient toujours leur forme véritable, lorsque les acquéreurs trompés leur faisaient traverser quelque eau courante; mais Brompton est sévère sur le compte des Irlandais, pour une très bonne raison : « Gens ista spurcissima non solvunt décimas.^

(5) Blesser son antagoniste à la cuisse ou à la ^ambe, était réputé contraire aux lois de la chevalerie. Voyez Froissard, vol. I, chap. ccclxvi et ccclxxiii.

(6) Voyez plusieurs charmes destinés à produire cet effet dans Reginal Scott. Discovery of witchtraft, pag. 275.

(7) Ce mode de traitement était appelé guérison par sympathie. Il consistait à opérer, sur un objet qui eût louché la plaie ou fût teint de son sang, le ménae pansement que l'on eût fait subir à la blessure elle-même.

(8) Les feux ou signaux de la frontière, par leur nombre et leur position, formaient une sorte de ligne télégraphique avec Edimbourg. Un acte du parlement de il6o décide qu'un fagot avertira de l'approche des Anglais, deux fagots de leur arrivée; quatre, brûlant l'un auprès de l'autre, que l'ennemi est en force.

(9) Les habitants de la frontière étaient habitués à rassembler de nombreux corps de cavalerie en quelques heures.

(10) Lescairnsou amas de pierres détachées qui surmontent le sommet de la plupart de nos montagnes d'Ecosse, et se trouvent dans d'autres lieux remarquables, semblent ordinairement, mais non pas dans tous les cas, avoir été des monuments destinés aux sépultures. On trouve habituellement au centre six pierres plaies formant une cavité de dimciisions plus ou moins grandes, dans laquelle est souvent l'iacèc une urne.

NOTES. lOo

CHANT QUATRIÈME

(l)Le vicomte de Dundee, tué à la bataille de Killicrankie.

(-2) Les marécages étaient le refuge habituel des pâtres de la frontière à rapproche d'une armée anglaise. Des cavernes creusées dans les endroits les plus dangereux et les plus inaccessibles, leur servaient aussi parfois de retraite. On aperçoit encore plusieurs de ces cavernes sur les bords des rivières de la frontière; mais ces antres affreux n'étaient même pas toujours un lieu de retraite sûr. On y enfermait ces malheureux comme des renards lorsqu'on les découvrait et qu'ils refusaient de se rendre. Dans ces occasions, ils avaient quelquefois une arrière-pièce de refuge, où on les poursuivait de même.

(3) Il est difficile de se faire une idée de l'esprit de dévastation et de cruauté qui présidait aux hostilités qui s'exerçaient de part et d'autre sur les frontières. Le comte de Northumberland, rendant compte à Henri VIII d'une expédition des Ecossais dans un village qui lui appartenait, rapporte qu'ils avaient Tintenlion d'y mettre le feu, mais que, ne pouvant s'en procurer dans le village, et n'en ayant point apporté avec eux, ils saisirent une femme enceinte, et lui disant que, puisqu'ils ne pouvaient pas éclairer le comte, ils allaient au moins faire quelque chose en dépit de lui, lui assénèrent trois blessures mortelles à la tête et une dans le flanc, arrachant ainsi barbarement la vie à la mère et à l'enfant, sans y être en aucune sorte provoqués que par leurs habitudes de meurtre et de pillage. Le comte, par représailles, se disposait à brûler la ville de Kelsey, avec tout le grain qu'elle contenait.

(4; Ce Tinlinn était dans ma jeunesse le sujet de bien des contes de bonne femme.

(5) I ieu célèbre pour les jeux dans le Liddesdale.

(G) Autant les habitants de la frontière négligeaient l'ameublement de leurs demeures, si souvent exposées à être brûlées et pillées, autant ils élaient jaloux de déployer leur luxe dans la mise et les ornements portés par leurs femmes.

(7) Lord William Howard, troisième fils de Thomas, duc de Norfolk, possédait le château de Naworth, du chef de sa femme Elisabeth, sœur de George, lord Dacre, qui était mort sans héritier mâle. On voit encore ses appartements, qui ne nous donnent pas une idée bien agréable de la vie d'un lord gouverneur des frontières. Trois ou quatre portes très fortes, séparant ces appartements du reste du château, indiquent des craintes de trahison de la part de la garnison, et les passages secrets conduisant à la salle où se tenait la garde et même aux donjons, prouvent qu'ils étaient obligés de s'astreindre à une surveillance secrète très active.

(8) Le nom très connu des Dacre est tiré des exploits de leurs ancêtres au siège d'Acre, sous Richard Cœur-de-Lion. Celui dont il est ici question était d'un caractère violent et obstiné, comme le montre une lettre de Surrey à Henri VIII, sur la conduite qu'il tint au siège de Jedburgh.

(9) Dans leurs guerres contre l'Ecosse, Henri YIII et ses successeurs employèrent de nombreuses bandes de mercenaires. A la bataille de Pinky, il y avait dans l'armée anglaise six cents fantassins armés de haches d'armes, et deux cents cavaliers, presque tous étrangers. Dans les lettres de cette époque, il est souvent fait mention d'Allemands employés dans des expéditions.

(10) Jacques V ayant assemblé sa noblesse pour faire une invasion en Angleterre, tous ses barons refusèrent de marcher, à l'exception de sir John Scott de Thirlestone, qui déclara qu'il élail prêt à suivre le roi parlout où il le conduirait. Les fleurg de lis dont il e t fait ici mention se trouvaient également dans les armes du roi.

(n) La famille de Harden descend d'un fils cadet du laird de Buccleuch, qui vivait avant que le domaine de Murdieston eût passé dans !a famille par le mariage de l'un de ces chefs de clan avec celle qui eu était héritière, en 1296.

Waller Scott de Harden vivait sous le règne de la reine Marie : c'était un maraudeur renommé, sur le compte duquel la tradition a conservé diverses anecdotes. H épousa Marie Scott, fille de Philippe Scott de Dryhope, surnommée en poésie la Fleur d'yarroiD. Il possédait un domaine très étendu, qui fut partagé entre ses c'nq fîls.

(12) Dans cette stance et dans la suivante, on donne littéralement, telles qu'elles nous ont éié transu.ises par la tradition, les circonstances qui ont accompagné le transfert de la propriété de la vallée d'Esk, des Beattison aux Scott.

(lô) Bellenden étant au centre des possessions des Scott était souvent choisi pour leur lieu de rendez-vous et leur mot de ralliement.

(ii) Voyez dans Froissart, vol. 1, ch. 29», la conduite et les principes des aventuriers mercenaires que le comte de Cambridge conduisit en 1380 au secours du roi de Portugal contre les Espagnols.

(iô) Un gant au haut d'une lance était l'emblème de la bonne foi parmi les habitants de la frontière, qui avaient coutume, lorsque quelqu'un manquait à sa parole., d'exposer cet emblème, et de le proclamer un vilain sans foi dans leur plus prochaine assemblée. Celte cérémonie était très redoutée.

(16) Plusieurs espèces de délits particuliers à la frontière constituaient ce qu'on appelait un crime de violation de frontière. Tel était celui qui consistait à f. ire une expédition contre le pays ennemi en temps de trêve.

(17) Dans les cas douteux, on avait quelquefois recours au serment pour purger les crimes dont étaient accusés les maraudeurs. Voilà la formule du serment : « Vous jurez, par le ciel qui est au-dessus de vous, par l'enfer qui est sous vos pieds, par votre part du paradis, par tout ce que Dieu a fait en six jours et sept nuits, que vous n'avez contribué, ni par vos actes ni par vos conseils, au vol des effets et des troupeaux meulionnes dans ce bill, que vous n'en avez eu aucune connaissance, et que vous n'avez rien recelé de ce qui a été pris.»

(18) La dignité de chevalier, d'après son institution primitive, avait cela de particulier, qu'elle ne dérivait pas du monarque, mais pouvait être conférée par le premier venu qui en était revêtu , à tout écuyer qui, après avoir été soumis aux épreuves convenables, se trouvait di.gnc des honneurs de la chevalerie. Plus tard, ce pouvoir ne fut plus exercé que par les généraux, qui avaient coutume de créer (les chevaliers bunnerels après ou avant un cngagemenl.

(19) La baluillo d'.Vncram fut livrée en \.\U^ Les Anglais, commandés parsir Ralph Even et sir Brian Latoun, furent complètement n;is en déroute, et eurent leur deux généraux tués dans l'action. Lariiiée écossaise était conuiiandée par Archibald Douglas, comte d'Angus, assislé du laird de Uuccleuch et de Norman Lesly.

(-20) C'étai.mt les armes de la noble inaison d'Howard. Les guerriers prenaient souvent pour nom de guerre l'emblème de leur cimier.

NOTES. :;.l :M ,107

(2i) On n'aura pas de peiue à croire que le jugement par combat singulier , auquel on avait si souvent recours dans le système féodal, était souvent mis en pratique par les habitants de la fronliére. Il fut même employé jusqu'au dix" septième siècle comme une preuve de culpabilité ou d'innocence.

(22) Allusion à un ancien ménestrel.

CHANT CINQUIÈME

(1) Le chef c'e cette famille puissante de héros était à celle époque Archibald Douglas , seplièiue comle d'Angus, homme d'un grand courage et d'une rare activité. Le cœur sanglant se trouvait dans les armes de la maisjn de Douglas depuis que le bon lord James avait été chargé, par Robert Bruce, de porter le cœur de celui-ci à la Terre-Sainte.

(2) Sir ravid de Wedderburne, qui fut tué à la fatale bataille de Flodden, laissa sept fils, par sa femme Isabelle, ClIe de Iloppingle de Galasliieh. On les appelait les sept lances de Wedderburne.

(3) A la bataille de Beaugé,en France , Thomas , duc de Clarence, frère de Henri V, fut désarçonné par sir John Swinton, qui le distingua à une couronne ducale, ornée de pierres précieuses, qu'il portait autour de son casque. La famille de Swinton est une des plus anciennes d'Ecosse, et a produit plusieurs guerriers célèbres.

(4) Les Hepburo, famille puissante du Lothian, étaient alliés des Home. Le chef de ce clan était Hepbiirn, lord de Hailes : sa famille s'éteignit dans le trop fameux comle de Bothwell.

(3) Le jeu du ballon était aDciconcment très goûté dans toute l'Ecosse, principalement sur la frontière. Sir Bobert Carey, dans ses a/émoire.y, parle d'une grande assemblée convoqu'^e à Kelsu pour jouer au ballon, mais qui se termina par une incursion en Angleterre. De nos jours, les habitants des paroisses voisines ou des bords opposés d'un ruisseau, font souvent des parties de ballon. La victoire est disputée avec la plus grande fureur, et des accidents très sérieux sont quelquefois arrivés dans ces luttes.

(6) Malgré les guerres continuelles qiii avaient lieu sur la frontière, cl les cruautés qui marquaient parfois les incursions réciproques, les habitants des deux côtés ne paraissent pas s'êlre reçus avec cette animosité personnelle et violente que l'on aurait pu leur supposer. Au contraire, comme les avant-postes des deux armées ennemies, ils entretenaient souvent des espères de relations amicales, même au milieu des hostilités; et il est évident, par plusieurs ordonnances contre le commerce et les mariages entre les Anglais et les Écossais de la frontière, que les gouvernements des deux pays trouvaient qu'ils entretenaient des liaisons trop intimes.

(7) Les habitants des frontières n'observaient aucun ordre dans un camp, et passaient le temps, même pendant la nuit, à se chercher et à s'appeler les uns les autres.

(8) La poursuite des maraudeurs de la frontière était suivie par la personne qu'ils avaient lésée et -es amis avec des limiers el un cor de chasse. Ils avaient le droit, si leur chien pouvait découvrir la piste, de poursuivre les assaillants sur le royaume ^nneroi, privilège qui entraînait souvent l'elTusion du sang.

(I) Les croyances populaires, conlrairement aux doclrioos de l'Église, faisaient, entre les magiciens et les nécromanciens ou les sorciers, une distinction avantageuse aux premiers : les magiciens étaient supposés commander aux esprits infernaux, tandis que les autres leur obéissaient ou du moins se liguaient et conspiraient avec ces ennemis du genre humain. Les procédés, pour soumettre les démons, étaient de divers genres; quelquefois ces esprits infernaux étaient joués par les magiciens, comme dans le marché qui eut lieu entre Tun d'eux et le poète Virgile, Le lecteur classique sera, sans aucun doute, curieux de connaître cette anecdote. « Virgile était à l'école à Tolenton, où il étudiait avec ardeur, car il avait une grande intelligence. Un jour les écoliers eurent permission d'aller jouer et s'amuser dans les champs, et Virgile en profita pour se promener sur les hauteurs des environs. 11 aperçut par hasard un grand trou dans le flanc d'une haute montagne, il s'y enfonça si avant qu'il ne voyait plus le jour; alors il aperçut une lumière, et S'avançant de ce côté, il entendit une voix qui appelait Virgile, Virgile ! 11 regarda autour de lui et ne vit personne. Alors la voix lui dit : « Virgile, ne vois-tu pas cette petite planche qui est devant tes pieds, marquée de ce mol? Enlève-la afin que je puisse sortir.» — «Qui es-tu, toi qui me parles ainsi? » dit Virgile. Alors la voix répondit : « Je suis un diable qui a été chassé du corps d'un homme, et banni ici pour y demeurer jusqu'au jour du jugement, à moins que je ne sois délivré par lu main des hommes. Ainsi, Virgile, je t'en prie, délivre-moi de cette peine, et je te montrerai tous les livres de nécromancie, et les moyens d'y faire des progrès rapides et de les connaître tellement, qu'aucun nécromancien n'en .'aura plus long que toi ; et de plus, je te montrerai les moyens d'obtenir tout ce que tu désireras : il me semble que c'est un joli cadeau pour une si petite action » Virgile se laissa tenter, il dit au démon de lui montrer les livres, aDn qu'il les eût et les parcourût à loisir : ce que le diable fit. Alors Virgile leva la planche, et il y avait dessous un petit trou par lequel le diable se glissa comme une anguille et vint se placer devant Virgile, sous la forme d'un homme d'une haute stature. Alors Virgile parut tout émerveillé de voir un homme si gros sortir d'un trou si petit. « Est-ce que vous pourriez bien, dit-il, repasser par ce petit trou d'où vous venez de sortir ! «—«Mais oui,» dit le diable.— " Je parie ce que j'ai de plus précieux que non,» dit Virgile.—" Bien, dit le diable, je tiens le pari » Alors il se glissa de nouveau dans le trou, que Virgile couvrit avec la planche lorsqu'il y fut. Et ainsi le ilialile se trouva pris, et Virgile devint très savant dans la magie noire »

(2) Les dames de haut rang portaient ordinairement avec elles un émérillon, de même qu'un chevalier ou un baron ne marchait jamais en temps de paix sans un faucon. Uarclay se plaint de l'usage indécent d'amener des faucons et des chiens dans les églises.

(5) Le paon, dans les temps de la chevalerie, était regardé, non seulement comme un mets délicat, mais aussi comme un plat d'une solennité particulière. Après ravoir fait rùiir, on l'ornait de nouveau de ses plumes, et l'on plaçait dans son bec une éponge trempée dans l'esprit de vin et enflaunnée. Lorsqu'on le servait dans les jours de grandes fêtes , son apparition était pour les chevaliers aventureux un signal pour faire, devant le paon et les dames, vœu de quelque acte de chevalcri«.

(4) La tête du sanglier était aussi un plat habituel de la splendeur féodale. En Ecosse elle était quelquefois entourée de petites bannières, portant les couleurs et les armoiries du baron à la table duquel elle était servie.

(S; On aperçoit souvent des bandes de cygnes sauvages sur le lac Sainte-Marie, près de la source de l'Yarrow.

(6) Les Ruthford de Hunlill sont une ancienne famille de la frontière que l'histoire représente lanlôt défendant leur pays contre les Anglais, tantôt le troublant par leurs querelles.

(7) L'action de mordre son gant paraît avoir été considérée par les habitants de la frontière, non pas comme un geste de mépris, ainsi que le fait Shakspeare, mai» comme gage d'une haine à mort.

C8j La personne perlant ce redoutable nom de guerre était un Eliot, et demeurait à Thorleshop dans le Liddesdale.

(9) Les lieux habités par les Grœme se trouvent en grande partie sur le pays contestable, ainsi appelé parce qu'il était réclamé par les deu\ royaumes. Leurs déprédations s'étendaient à la fois impunément et en Angleterre et en Ecosse; car comme les deux gouverneurs prétendaient qu'ils étaient sujets de leurs monarques respectifs, ni l'un ni l'autre ne voulait demander la réparation de leurs excès aux autorités du pays opposé, ce qui eût été leur reconnaître un droit de juridiction sur eux.

(tO) Le brave et infortuné Henri Howard, comte de Surrey, était sans contredit le cavalier le plus accompli de son temps; et ses sonnets renferment des beautés qui feraient honneur à une époque plus civilisée. Il eut la tête tranchée à To\»er-Hill, en lois, et tomba victime de la basse jalousie de Henri VIK, qui ne put souiïrir une réputation aussi brillante prés de son trône.

Cornélius Agrippa lui montra, dit-on, dans une classe pendant ses voyages, lu charmante Géraldine au service de laquelle il avait voué sa plume et son épée. La vision la représentait indisposée, et couchée sur un lit de repos ; lisant les vers Cnson amant à la clarté d'une bougie.

(lO Les Saint-Clair possédaient de la libéralité des divers monarques qui avaient occupé successivement le trône, les baronnies de Roslin, Pentland , Cowsland, Cardine et plusieurs autres. Un de leurs descendants ayant épousé la fille du comte d'Orkney son fils, fut créé à ce titre, en 1ô79,par Hacon, roi de Norwège, et reconnu en cette qualité par le roi d'Ecosse. Le comté resla dans la famille jusqu'en 1471, époque où il fut annexé à la couronne par acte du parlement, lis obtinrent en échange le château et les domaines de Ravensheuch.

(42) Le château de Kirkwal fut bâti par les Saint-Clair, lorsqu'ils étaient comtes d'Orkney. 11 fut démantelé vers l'an t6t» par le comte de Caithness, ayant été mis en état de défense contre le gouvernement par Robert Stewarl, fils naturel du comte d'Orkney.

(13} Les chefs des pirates Scandinaves prenaient le titre de rois de la mer. Les Taisseaux, dans le langage plein d'enflure des Scalde, sont souvent appelés les serpents de VOcéan.

(14) Le jormunijandr ou serpent de l'Océan, dont les replis entourent la terre, est une des fictions les plus bizarres de l'Edda, Il fut très prés diitre pris par le dieu

liO LE LAI DU DERNIER MÉNESTREL.

Thor, qui chercha à le pêcher avec un hameçon garni d'une tète de taureau pour appât.

(liî) C'étaienl les valkyries envoyées du Va^halla par Odin, pour désigner ceux qui devaient périr dans le combat, et régler le sort de la bataille.

(IG) Les guerriers du Nord étaient ordinairement enterrés avec leurs armes et et leurs autres trésors. On croyait que leurs spectres livraient combat à ceux qui venaient pour dépouiller leur tombe, ce qui n'était qu'une tentation de plus pour les héros qui avaient envie d'entreprendre ce genre d'aventures ; car ils ne trouvaient rien de plus digue de leur valeur que de se mesurer avec des êtres surnaturels.

(l7)C'étaitun nom ordinairementporté parlesfemmes delà maison de Saint-Clair.

(18) Vaste château fortifié , tombant maintenant en ruines, situé sur le détroit dé Forth.

(19) La chapelle de Eoslin est encore assez bien conservée , et est un très beau morceau d'architecture gothique. La tradition rapporte que ce monument paraît tout en feu à l'approche de la mort de quelque membre de la famille de Saint-Clair par qui il a été bâti. Cette superstition est probablement d'origine norwégienne, et aura été importée par les comtes d'Orkney dans leurs domaines du Lothian. Il est fait mention dans la plupart des sagas, des flammes qui environnent les tombeaux du Nord.

On enterrait les barons de Saint-Clair dans un caveau prés de la chapelle ; ils étaient placés sur une pierre plate, revêtus de leur armure, avec un bonnet de velours rouge entouré d'une fourrure blanche sur la tète.

(20} L'idée du page-lutin est empruntée à un fermier des frontières, appelé Gilpin.

(21) 11 est question, dans les traditions de l'ile de Man, d'un spectre appelé le chien Manthe. C'était un être qui avait la forme d'un grand épagneul noir, et qui tous les soirs, lorsqu'on allumait les chandelles dans le corps-de-garde du château de Peel- Town, entrait et se couchait devant le feu en présence des soldats. Us avaient fini par habitude à éprouver moins de terreur à sa vue. Néanmoins étant bien persuadé que c'était quelque esprit malin qui cherchait Ji leur nuire à la première occasion, ils évitaient en sa présence de lui donner prise par des Jurements on des discours profanes. Mais quoiqu'ils pussent soutenir sa vue lorsqu'ils étaient réunis, personne ne se souciait de se trouver seul avec lui , et ils allaient toujours deux fermer les portes du château à une certaine h.eure de la nuit.

Un soir l'un d'eux étant ivre voulut y aller seul, quoiqu'on pût faire pour le dissuader, et éprouver, disait-il, si Manthe était un chien ou le diable. Après son dé^ part on entendit un grand bruit; personne n'osa s'assurer de ce que c'était ; et enfin il revint pâle et défait, et pendant trois jours qu'il vécut dans des convulsions affreuses, on eut beau le prier de dire ce qu'il avait vu, on ne put en arracher ni un mot ni un signe.

(22) C'était le saint qu'invoquait de préférence la maison de UougLis, cl le comte d'.ir.gus en particulier.

FIN DES NOTES DU I.At DU DEUMER iMÉN ESTREL.

ROKEBY,

POÈME E\ SIX CHAATS.

ROKEBY.

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