LA HARPE
Chant du Larde.
Je naquis tacilurnc autant que volontaire ; Enfant, je dédaignais tout plaisir enfantin ; Je fuyais tous les jeux créés pour me distraire, Kl ma gaieté rêveuse adopta pour refrain Ma harpe solitaire.
Ma jeunesse, écoulant la folle ambition, Méprisa le ruisseau, les bois el la chaumière, Berceau de mes aïeux, inconnus cl sans nom. Qui nourrissait ainsi ma vague illusion? Ma harpe solitaire.
L'amour de tous ses feux vint embraser mon cœur, A la fille d'un lord mes chants avaient su plaire; J'élevai jusqu'aux cieux mon vol Iriomphaleur ; i Lt qui put m'inspirer un espoir si flatteur ?
Ma harpe solitaire.
L'illusion partit sur les ailes du temps, L'orgueil de l'âge mûr délruisit ma chimère, Et j'accusai l'amour de ma douleur amère, Mais je n'accusai point le charme de mes ans. Ma harpe solitaire.
Le malheur, les besoins, vinrent avec la guerre ; D'un rebelle ennemi j'endurai les affronts : Rien peut-il compenser ma cabane en poussière. Et le feu détruisant mes fertiles sillons? Ma harpe solitaire.
De la gloire jai vu les rêves s'envoler,
J'ai senti l'aiguillon de l'affreuse misère ]
Et les traits dont l'amour a voylu m'uccabler : Quelqu? chose pourtant a su me consoler. Ma harpe solitaire.
Eh bien ! sur la montagne, aux champs, sur la fougère, Tu me suivras toujours, compagne aimable et chère ; Près du terme à présent des besoins et des maux. Tu frémiras encore à mon dernier repos, Ma harpe solitaire!
« La jolie romance I » ditMatilde ; maisHarpool secoua sa vieille tète grise, et prit son bâton ainsi que son flambeau pour retourner à son poste sous le portail. Edmond l'observa... et soudain, changeant de mesure, il laissa errer ses doigts sur les cordes jusqu'à ce qu'ils y éveillassent les sons plus hardis d'un air guerrier; puis, s'arrêtant au milieu de celte musique militaire, eL regardant autour de lui avec une crainte simulée : « 11 n'y a certainement personne dans cette noble maison, dit-il, qui puisse en vouloir à un ménestrel pour avoir, et dans la bonne ef dans la mauvaise fortune, gardé un constant amour à son royal maître ; et, avec votre honorable permission, je vous vais réjouir d'une chanson en rhonneur du roi. » Alors, comme rassuré par les gestes et les regards des assistants, il continua sa mélodie guerrière, et ainsi retint Harpool qui voulut entendre la ballade du chevalier.