‹ Œuvres de Walter ScottChapitre 26 sur 31 · XXXI Y · texte numérisé non relu

XXXI Y

Les images de mort ont disparu, le bruit des trompettes et des cors a cessé, quoique à travers les bois s'avancent des bannières, des cors, des trompettes et des tambours, armés de pouvoirs suffisants pour délivrer le jeune Redmond de tout danger, et appuyés d'un corps de cavalerie en état de faire respecter des pouvoirs moins étendus. Muni de toutes les preuves et de tous les indices qui donnaient un héritier à son nom et rendaient aux bras d'un père une image des charmes de son Edith, Mortham est arrivé pour voir et apprendre les événements de cette étrange matinée. Il ne voit point le pavé de l'église jonché de morts et teint de sang, il n'entend point les cris de la foule qui le poursuit de ses acclamations de joie; il ne voit, il n'entend que Redmond, le presse sur son cœur et s'écrie en sanglotant : » Mon fils ! mon

fils! »

Ces événements se passaient par une belle matinée d'été, lorsque les épis dorés balançaient leurs tètes sur la plaine. Mais lorsque les chaleurs du mois d'août appelèrent les moissonneurs dans les champs, un joyeux spectacle se déroula sur la route qui se rend à travers les bois d'Eglistone à Mortham. Les vigoureux paysans cessent un instant de lier et d'entasser les gerbes, et les jeunes filles abandonnent leurs faucilles pour venir considérer

l'heureux époux et la mariée; des groupes d'enfants bordent la haie et les épis s'échappent de la main de la glaneuse au moment où elle les joint, pour prier et implorer la bénédiction du ciel en faveur de l'aimable couple. L'héritière de Rokeby donnait sa foi au brave Redmond ; et la vallée de Teesdale se rappelle encore commentvle sort s'acquitta envers la vertu, et leur donna, en dédommagement des traverses qu'ils avaient éprouvées, une longue vie de paix et d'amour.

Ainsi le temps et le sort suivirent leurs cours, offrant, comme une journée d'avril, ua riant après-midi en revanche d'une triste matinée , et des années de bonheur pour des heures d'affliction !

FIN DE ROKEBY,

NOTES DE ROKEBY.

CHANT PREMIER

(1) Les ruines du château de Carnard sont siluées sur une falaise très élevée au jiied de laquelle coule la Tecs. Du baul de la tour de Ealiol qui en fait partie, l'oeil a une vue magnifique de la vallée boisée de la Tees.

(2) L'usage des armes complètes était tombé en désuétude du temps de la guerre civile. Sous le régne de Jacques I«s la casaque de buffle, qui se portait auparavant sous la cuirasse, remplaça celte arme défensive, quoique la grosse cavalerie ait continué quelque temps à porter l'armure complète.

(5) On a voulu rendre dans ce personnage le caractère de ces aventuriers des Indes occidentales, qui, pendant le xvii^ siècle, étaient très connus sous le nom de fl '.bustiers.

(4) La bataille de Long-Marston-Moor, qui se termina d'ane manière si malheureuse pour la cause de Charles I'""', avait commencé sous des auspices bien différents. Le prince Rupert, avec une armée de vingt mille hommes, avait débloqué York, et en joignant la garnison à son armée, avait suivi l'armée des parlementaires et les troupes auxiliaires d'Ecosse jusqu'à Marston-Moor. Là l'aile droite et le centre de C3S derniers ayant été enfoncés, ils furent poursuivis avec trop d'ardeur par les troupes royales dont l'aile droite, attaquée ensuite par la gauche des parlementaires, fut battue. Une partie de l'armée du parlement, qui avait d'abord été dispersée, s'étant ralliée à l'aile gauche, tomba conjointement sur les corps divisés du prince Rupert, les défit entièrement et obtint une victoire complète, après trois heures de combat.

(o) Mouklon et Mitton sont des villages près de la rivière de l'Ouse, peu éloignés <lu champ de bataille.

(G) Cromwell, avec le régiment de cuirassiers, dont il était colonel, conirilua beaucoup à faire tourner la chance de la bataille à Marston-Moor.

(7) Perceval Rede fut trahi et vendu par les Hall à des maraudeurs qui le massacrèrent. On supposait que son ombre hantait les bords d'un ruisseau appelé le Tringle.

(8) Près de Kisingham, s'aperçoit l'image d'un chasseur sculptée en relief sur le roc. La tradition rapporte qu'elle représente un géant , dont le frère subsistait roiume lui au moyen de la chasse. Celui-ci trouvant que le gibier devenait trop rare pour les faire vivre tous deux, empoisonna son frère, à la mémoire de qui ce monument a été sculpté.

(!)) Les statuts des flibustiers étaient plus équitables qu'on ne pourrait s'y attendre d'après le genre de vie qu'ils menaient. Voyez à ce sujet Raynald C//t47o..'"e «ie*ùlablisscmcnts européens dans les Indes orientales et occidentales).-

CHANT DEUXIEME

(1) La Tees coule dans un lit profond creusé dans le roc qui se compose principalement de pierre à chaux et de marbre.

(2) L'abbaye d'Eglistone renfermait autrefois les sépultures des familles de Rokeby, Bowes et Fitz-Hugli.

(5) Dans un c;.mp romain, à Grela-Bridge, a été trouvé un autel votif, portant rinscriplion : Legio. sexta. victric. pu. fortis. fidelis.

(4) Cet ancien manoir avait donné son nom à une famille distinguée jusqu'alors ; mais, dans la guerre cÎTile qui éclata, celle famille ayant embrassé la cause de Charles I""', il souffrit beaucoup par les amendes et les confiscations.

(5) On a essayé, dans la description suivante, de donner une idée de la pittoresque vallée, ou plutôt du ravin à travers lequel la Greta s'est creusé un passage entre Rokeby et Mortham, qui sont situés le premier sur la rive gauche, et le second sur la droite, à un mille plus près de sa jonction avec la Tees.

(6) Les Lapons et les Finlandais, parmi d'autres actes de superstition, étaient dans l'habitude de vendre des vents aux bâtiments qui étaient retenus sur leurs côles par des temps contraires.

(7) Une superstition généralement répandue parmi les marins, c'était qu'il existait des spectres qui, se perchant au haut des mâts, même dans les plus grands calmes, donnaient un coup de sifflet, et aussitôt il s'élevait une tempête furieuse qui faisait périr le Vuisseau, corps et biens.

(8) Cet Éric, roi de Suède, était un grand magicien, dont l'influence sur les esprits infernaux était telle que, de quelque côté qu'il tournât sa toque, le vent soufflait aussitôt du même point.

(9) On fait ici allusion à un bâtiment dont l'équipage, en punition de ses crimes, était condamné à hanter éternellement avec le bâtiment les parages où ils avaient été commis. Sa vue était considérée par les marins comme le présage le plus funeste.

(10) Ces petites îles, qui offraient aux flibustiers un abri commode pour se reposer ou pour attendre leur proie, et où ils pratiquaient la plupart des atrocités qu'ils exerçaient envers leurs prisonniers, inspirent encore de nos jours une sorte de terreur superstitieuse aux marins.

(11) On aperçoit encore, près du château de Mortham, les deux ormeaux elle monument dont il est question dans le texte.

(12) Les hommes les plus cruels sont souvent les plus superstitieux. La tradition maritime rapporte qu'entre autres pratiques par lesquelles les flibustiers procédaient à enfouir ce que leurs débauches ne pouvaient consommer de leur butin, ils tuaient un nègre on un Espagnol, et l'enterraient avec leur trésor, pensant que son ombre hanterait ce lieu, et écarterait par la terreur tous ceux qui auraient envie d'en approcher.

(13] Cette tour, dont il a déjà été fait mention, est située près de l'extrémité nord-est de la muraille qui entoure le château de Barnard, auquel la tradition rapporte qu^elle servait de prison.

2S0 ROKEBY.

(U) Après la bataille de Marslon-Moor, les commissaires du parlement imposèrent aux partisans de Charles des amendes proportionnées h leur fortune et à leur prétendue culpabilité. Ces amendes étaient souvent données en récompense aux personnes qui avaient servi la cause des communes. Il arriva dans quelques circonstances que les royalistes opprimés furent obligés de former des alliances de famille a>ec les personnages influents du parti triomphant.

CHANT TROISIÈME

(i) La patience, la facilité à supporter l'abstinence et la ruse dont font preuve les Indiens de l'Amérique du nord, dans la poursuite de leur proie ou de leur vengeance, sont le trait le plus marquant de leur caractère; et l'activité et l'adresse qu'ils déploient dans leur retraite sont également surprenantes.

(2) Les habitants de la vallée de Redesdale étaient fameux pour le vol des troupeaux. Ils voyageaient pendant le jour par des sentiers détournés et connus d'eux seuls, pour arriver à la nuit au lieu qu'ils avaient l'intention de piller.

(5) Tous ceux qui ont écrit sur la magie s'accordent à dire que la vengeance était presque toujours le motif déterminant qui dictait le prétendu contrat entre Satan et ses vassaux.

(4) A mesure que les ressources de Charles, pour payer régulièrement ses troupes, diminuèrent, des habitudes de maraudage s'introduisirent dans son armée.

(5) Il existe sur les bords de la Greta des carrières d'où l'on retire l'ardoise, et qui forment des cavernes à l'entrée desquelles poussent des arbrisseaux qui les cachent aux regards lorsqu'elles sont abandonnées.

(6) Il y eut une courte guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, vers l'époque où est supposée se passer l'action du poème. 1023-0.

(7) T. es règlements des flibustiers, quoique sévères et équitables, étaient souvent mis de côté par le parti le plus fort.

CHANT QUATRIEME

(0 Vers l'an 866, les Danois envahirent le Northumberland , ayant avec eax rétendard magique dont il est si souvent fait mention en poésie, et qui portait la figure d'an corbeau.

(2) Les Danois ont laissé plusieurs traces de leur culte dans la partie supérieure du Teesdale.

(5) Cet O'Neale, qui se révoltait continuellement, battit le brave comte d'Essex, cl lui imposa un traité.

(i) La principale bataille que remporta O'Ne'ale fut livrée contre le maréchal sir Henri Bagnrjl, à qui il en voulait beaucoup, et qui périt dans l'action. Les Anglais eurent treize odiciirs et quin^e cents soldais de tués.

(5) Le tanistc était celui que les Irlandais élisaient pour succéder h leur chef, qui était lui-même choisi par eux dans la famille qui les gouyernait, non pas en ligne

NOTES. 2dl

directe, mais dans toutes les branches, en procédant par génération. Ils avaient par là pour but d'éviter les mineurs : celte coutume se nommait tanistry.

(6) L'auteur a eu en vue, dans le texte, de donner une idée de l'ancien costume irlandais.

(7) Les chefs irlandais, dans leurs communications avec les Anglais et entre eux, avaient coutume de prendre le langage de souverains indépendauts.

(8) Il n'y avait pas de lien plus sacré chez les Irlandais, que celui qui unissait le père nourricier, de même que la nourrice à l'enfant qu'ils avaient élevé.

(î)) Niai lire son surnom de neuf tribus qui lui étaient soumises, et desquelles il recevait des otages.

(10) Ce chef nous est représenté comme l'homme le plus orgueilleux et le plus débauché delà terre. 11 affectait la royauté dans l'Ulster.

(H) Con-More maudit tous ceux de sa postérité qui apprendraient la langue anglaise, et qui sèmeraient du blé ou bâtiraient des maisons pour inviter les Anglais à venir s'établir dans leur pays.

(12) Les places de cornettes à cette époque étaient données à de tous jeunes gens.

(15) 11 y avait d'abord trois grades dans la chevalerie : le page, l'écuyer et le cberalier; mais avant le règne de Charles I«% la coutume de servir comme écuyer était tombée en désuétude.

CHANT CINQUIEME

(1) Le sanglier, dont il est ici parlé, fait le sujet d'une ballade comique, écrite en vieux style, qu'on trouve dans plusieurs recueils d'anciennes poésies. D'après la ballade en question, il paraît que le sanglier, qui reçut le nom de Félon, était l'effroi du voisinage, et que le seigneur de Rokeby en fit cadeau aux moines de Richemond, qui, avant de pouvoir s'en emparer, furent plusieurs fois vaincus par lui : il ne faut pas s'étonner si les bons frères en conclurent que leur ennemi était possédé du démon.

(2) Le Filea ou l'Ollamh-Re-Dan était le poète particulier d'une famille. Chaque chef de distinction en avait un ou plusieurs à son service, et cette charge était ordinairement héréditaire Les ménestrels domestiques partageaient tous les plaisirs du maître et s'asseyaient même à sa table. L'influence de ces bardes sur leurs patrons était fort grande, et on les consultait toujours dans les affaires de haute importance.

(3) Clandeboy est un district de l'Ulster , autrefois possédé par la famille des O'Neale, et Slieve-Donald une montagne pittoresque dans la même province.

(4) Marwood-Chase est une ancienne forêt qui s'étend sur les rives de la Tees, du côté de Durha!ii,et qui dépend du château de Barnard.Toller-Hill est une éminenco sur les bords de la même rivière, mais du côté de l'Yorkshire, commandant une superbe vue des ruines du vieux château.

(5) Drummond d'Hawthorden était à l'apogée de sa réputation comme poète dorant les guerres civiles. Il mourut en 1649.

2oli ROKEBY.

(C) Mac-Curlin était roUamli héréditaire du Munster septentrional, et le Filea de Donough, comte de Thoinond, cl président de Munster.

(7) Dans une des fêles données à la reine Elisabeth, au château de Kenilworth, on lui pré enta un individu costumé de manière à rappeler les anciens ménestrels ambulants, qui la régala de l'histoire solennelle des faits et gestes du roi Arthur. On trouvera la description de ce costume dans une dissertation placée en tète d'un recueil de vieilles poésies qu'a donné révêque Percy,

(8) Cette ballade est fondée sur la tradition que voici : « Le château de Littlecot. est situé dans un lieu bas et solitaire. De trois côtés, il est entouré par un parc qui S'étend jusqu'à la colline adjacente, et du quatrième, par des prairies qu'arrose la rivière de Kennct. Près d'une des façades de la maison, est un bois épais de grands arbres, au bord duquel passe une des principales avenues qui conduisent au château à travers le parc. C'est un bâtiment irrégulier et fort antique, qui fut probablement bâti vers la fin de la féodalité, alors qu'il ne semblait plus être tout à fait indispensable de fortifier une maison de campagne. Cependant l'intérieur semble, sous plusieurs rapports, approprié aux mœurs féodales. La salle est fort spacieuse, pavée en larges pierres, et éclairée par de hautes fenêtres à vitraux. Aux murailles sont suspendus de vieux instruments de guerre qui sont depuis long-temps devenus la proie de la rouille. A une extrémité de la salle est une rangée de cottes de mailles et de casques, et il y a de tous côtés abondance de pistolets et de carabines d'une forme anglaise, la plupart à mèche. Immédiatement au-dessous de la corniche est suspendue une provision de jaquettes en cuir, faites en forme de chemises, qu'on suppose avoir été portées comme armures par les vassaux. Une large table de chêne, qui va presque d'une des extrémités de la pièce à l'autre, pouvait permettre de donner un banquet à tout le voisinage, et l'un des bouts était disposé de telle manière, qu'elle servait parfois au vieux jeu du galet. Le reste de l'ameublement est du même style, et surtout un énorme fauteuil en bois, artistement travaillé, avec un dossier très haut et un coussin triangulaire, dont se servit, dit-on, le juge Popham, sous le règne d'Elisabeth. L'entrée dans la salle est à l'une des extrémités par une porte basse, communiquant avec un passage qui conduit de la porte qu'on trouve dans la façade de la maison à un vestibule carré; à l'autre extrémité, la salle ouvre sur un escalier obscur par lequel on monte au premier étage, et, après avoir passé devant plusieurs chambres à coucher, vous entrez dans une étroite galerie qui règne, sur les derrières, dans toute la longueur du bâtiment, et donne sur un vieux jardin. Cette galerie est ornée de portraits dont presque tous les personnages portent le costume espagnol du xvi" siècle. Dans une des chambres à coucher que vous trouvez en allant vers la galerie, est un bois de lit drapé en rideaux bleus, que le temps a noircis et râpés, et au milieu de l'un de ces rideaux on voit qu'une petite déchirure fut faite à l'étoffe,, puis raccommodée, circonstance qui sert à spécifier la scène de l'histoire suivante.

« C'était par une nuit noire et pluvieuse du mois de novembre; une vieille sagefemme était assise rêvant au coin de son feu, quand soudain elle fut tirée de sa rêverie par un grand coup frappé à sa porte. Allant ouvrir, elle trouva un cavalier qui lui dit que ses secours étaient mcessaires à une dame de distinction , et quelle serait libéralement récompensée; mais que des raisons particulières exigeaient qu'on tint l'accouchement secret et qu'en conséquence il lui fallait se laisser bander les yeux et conduire en cet état près du lit de la dame. Après quelque hésitation, la sagefemme consentit; le cavalier lui banda les yeux et la prit en croupe derrière lui.

Après ayoir parcouru plusieurs milles en silence, à travers des sentiers difficiles et sinueux, ils s'arrêtèrent, et la sage-femme fut introduite dans une maison que, par la longueur des corridors aussi bien que par le bruit qui frappait ses oreilles, elle soupçonna être la demeure de la richesse et de la puissance. Quand sou bandeau lui fut ôté, elle se trouva dans une chambre où était la dame pour qui on était venu la chercher, et un homme d'un aspect dur et irrité. La dame accoucha d'un beau garçon. Aussitôt l'homme commanda à la sage-femme de lui donner l'enfant, et le lui arrachant même, il traversa précipitamment la chambre et le jeta dans le feu qui flambait dans une vaste cheminée. Mais l'enfant était fort, et se débattant, il roula sur les cendres ; alors le cruel le ressaisit avec fureur, et malgré l'intercession de la vieille, malgré les prières plus touchantes encore de la mère, le rejeta dans la cheminée, et le recouvrant de charbons enflammés, mit bientôt fin à sa vie. La sagefemme, après avoir prodigué à la malheureuse mère tous les secours qui étaient en sa puissance, reçut ordre de se retirer. Son cjnducleur reparut, lui baada de nouveau les yeux, et la reconduisit en croupe jusque chez elle : là il lui remit une forte somme et partit. La sage-femme fut bouleversée par les horreurs de la nuit précédente, et alla tout de suite faire déposition du fait devant les magistrats. Deux circonstances firent espérer qu'on découvrirait la maison dans laquelle le crime avait été commis : l'une était que la sage-femme, pendant qu'elle était assise au chevet du lit, avait déchiré les rideaux qu'elle avait ensuite recousus, pour mieux examiner les lieux ; l'autre, qu'en descendant l'escalier elle en avait compté les marches. Quelques soupçons tombèrent sur un Darrell, alors propriétaire de Littlecot et des domaines qui en dépendent. I a maison fut visitée et reconnue par lu vieille, et Darrell fut appelé en justice à Saliàbury pour meurtre. En corrompant ses juges, il échappa à la sentence de la loi, mais il se tua peu de mois après en tombant de cheval à la chasse. Le nom où cet événement arriva est encore connu sous le nom de barrière de Darrell, lieu que redoutent les paysans, lorsque les ombres du soir les ont surpris en chemin »

A ce terrible récit, l'auteur a joint quelques circonstances par lui empruntées à une légende à peu près semblable, qu'il a entendu conîer à Edimbourg durant sa jeunesse.

Au commencement du xvui'^ siècle, lorsque les vastes châteaux des nobles écossais et même les hôtels particuliers qu'ils possédaient dans la ville, comme la noblesse française, étaient quelquefois le théâtre d'actions étranges et mystérieuses, un prêtre d'une sainteté connue fut appelé à minuit pour prier près d'une personne qui se mourait. Jusque là rien d'extraordinaire; mais la suite fut un peu plus alarmante. Il fut mis dans une chaise à porteurs, et les porteurs, après l'avoir emmené dans un quartier éloigné de la ville, exigèrent qu'il se laissât bander les yeux. La requête fut appuyée par la vue d'un pistolet armé, et il se soumit ; mais dans le cours de la discussion il conjectura, d'après le langage des personnes, et d'après certaines parties de leurs vêlements qui n'étaient pas complètement cachés par leurs manteaux, que c'étaient des gens bien au-dessus du métier qu'ils faisaient, Après bien des tours et des détours, on monta la chaise par l'escalier d'une maison, et on l'introduisit les yeux toujours bandés, dans une chambre où il trouva une dame qui venait d'accoucher. Il reçut l'ordre de réciter, auprès du lit de la dame, les prières qu'on récite d'ordinaire près de ceux des mourants. 11 se récria, se hasarda même à observer que l'heureux accouchement de la dame lui donnait une meilleure espérance. Mais on lui commanda sévèrement d'obéir à l'ordre qu'il avait

mu ROKEBY.

reçu, et ce ne fut qu'à grande peine qu'il parvint à se remettre suffisamment pour s'acquitter de son ministère. Ensuite on le fit rentrer dans la chaise; mais tandis qu'on le descendait, il entendit un coup de pistolet. II fut de nouveau transporté dans sa maison; on le força d'accepter une bourse d'or; mais en même temps on l'avertit que la moindre indiscrétion lui coulerait la vie. Il alla se coucher, et après une longue insommie pleine d'agitation, s'endormit enfin. Le lendemain il fut réveillé par son domestique qui lui annonça une triste nouvelle, à savoir qu'un violent incendie avait éclaté dans la maison de****, vers le haut de la Canongate, et que cette maison était totalement consumée ; en outre, la fille du propriétaire, jeune miss remarquable pour sa beauté et ses perfections, avait péri dans les Qammes. L'ecclésiastique conçut des soupçons, mais les rendre publics n'eût servi de rien. Il était craintif, la famille était fort puissante; surtout le crime était commis, etpartantirreparable.il se passa du temps; mais ses terreurs ne firent qu'augmenter. II se trouva malheureux d'être seul dépositaire de ce terrible secret, et le confia à quelques uns de ses confrères, parmi lesquels l'anecdote acquit une espèce de célébrité. Cependant le prêtre était mort depuis long-temps, et l'histoire en quelque sorte onbliée, quand le feu prend au même endroit où se trouvait jadis la maison de****, qui avait été remplacée par des bâtiments moins considérables. Lorsque les flammes eurent atteint les combles, le tumulte qui accompagne d'ordinaire un pareil accident fut tout à coup suspendu par une apparition inattendue. Une belle et jeune femme en costume de nuit extrêmement riche, mais vieux d'un demi-siècle au moins, apparut au nnlieu du feu et prononça ces mots terribles dans son idiome maternel : « Une fois brûlée ; deux fois brûlée ; la troisième fois je vous épouvanterai tous ! » La croyance qu'on ajoutait autrefois à cette histoire était si forte, que si le feu venait à prendre et semblait devoir gagner le lieu fatal, tout le monde craignait que l'apparition vînt exécuter la menace.

(1) Cet usage en vigueur parmi les habitants des frontières du ReJesdale et du Tynedale est rapporté dans l'intère?sanle vie de Bernard Gilpin, où il est question de ces contrées sauvages que cet excellent homme avait coutume de visiter régulièrement

Ces duels étaient encore en usage sur les frontières, où la barbarie saxonne conserva le plus long-temps son empire. Mèn^.c ces farouches Norihuuibriens dépassaient leurs ancêtres en férocité. Ils ne se contentaient pas d'un seul duel; chacun des adversaires recrutait autant que possible d'adhérents, et tâchait d'exciter une petite guerre. De sorte qu'une querelle particulière faisait souvent verser beaucoup de sang.

Il arriva qu'une querelle de ce genre eut lieu lorsque M. Gilpin était à Rolhburg, dans ses districts. Durant les deux ou trois premiers jours de ses prédications les partis ennemis observèrent quelque décorum, et ne se montrèrent jamais ensemble à l'Eglise. A la fin pourtant ils s'y rencontrèrent. Un parti s'était rendu de bonne heure à l'église, et M. Gilpin venait de commencer son sermon lorsque l'autre y arriva. Ils ne gardèrent pas long-temps le silence : enflammés à la vue les uns des autres, ils se mirent à faire retentir leurs armes, car ils étaient tous munis de javelines et d'èpées, et bientôt s'approchèrent ; mais, contenu par la sainteté da lieu, le tumulte s'apaisa jusqu'à un certain point. M. Gilpiu continuait lorsque les

NOTES. 2dd

combattants recommencèrent à brandir leurs armes, et à se porler quelques coups. Comme un engagement véritable semblait imminent, M. Gilpin descendit de la chaire, parla aux chefs, mit fin à la querelle pour le moment, mais ne put effectuer une entière réconciliation, lîs lui promirent cependant que le désordre ne recommencerait plus durant le sermon. Il remonta alors dans la chaire, et passa le reste du temps à tâcher de les rendre honteux de ce qu'ils avaient fait. Sa conduite et ses paroles les touchèrent tellement qu'à sa prière ils promirent enfin qu'ils s'abstiendraient de tout acte d'hostilité tant qu'il demeurerait dans le pays. Et tel était le respect qu'ils lui portaient tous, que quiconque redoutait son ennemi avait coutume de se retirer près de M. Gilpin, regardant sa présence comme la meilleure protection possible.

Un dimanche malin qu'il se rendait à une église des environs avant que le peuple y fût rassemblé, il remarqua un gant suspendu, et apprit du sacristain que c'était un défi à quiconque oserait le détacher. M. Gilpin ordonna au sacristain de le décrocher; mais sur son refus positif, il le détacha lui-même et le cacha dans son sein. Quand les fidèles furent réunis, il Kfionta en chaire, et, avant d'achever son sermon, ne manqua point de les réprimander sévèrement pour des défis si inhumains. « J'ai ouï dire, ajouta-t-il, que quelqu'un parmi vous a suspendu un gant, même dans ce lieu sacré, menaçant de se battre contre quiconque le détacherait ; voyez, je l'ai détaché, moi « et tirant le gant, il le montra à toute l'assemblée, puis tacha de faire sentir combien ces usages barbares étaient contraires au christianisme, en recourant, pour les exciter à la concorde, aux moyens de persuasion qu'il croyait les plus puissants. Vie de Bernard Gilpin. Londres, t"bô. in-8, p. 177.

(2J Ce trait est un exploit véritablement accompli par le major Robert Philipson, que son courage aventureux et désespéré fit surnommer Robin-le-Diable. Nous allons ici conter les faits comme ils se sont réellement passés :

« L'ile de Curwen, dans le lac de Windermère, appartenait jadis aux Philipson, famille distinguée du Westmoreland. Durant les guerres civiles, deux d'entre eux, deux frères, servirent la cause du roi. Le premier commandait un régiment... c'était le propriétaire de l'île ; le second était major.

« Le major, qui s'appelait F.obert, était un homme très courageux et fort entreprenant : aussi sa bravoure et ses prouesses lui avaient-elles valu le nom de Robinle-Diable parmi les Oiiveriens de la contrée.

«Après que la guerre fut éteinte el que les terribles e(rel> de l'opposition publique eurent cessé, la'vengeance et la haine entretinrent long-temps l'animosiié des individus. Le colonel Briggs, ami zélé de l'usurpation, résidait alors à Kendal; et sous son double titre de magistrat civil, car il était juge de paix, et de commandant militaire, il tenait le pays en crainte. Ce personnage ayant ouï dire que le major Philipson s'était réfugié chez son frère, dans l'ile de "Windermère, résolut de saisir, s'il était possible, et de punir un homme qui s'était rendu si coupable. Comment il exécuta sa résolution, je n'ai pu le savoir, non plus s'il avait traversé le lac et bloqué la place par mer, ou s'il avait débarqué el fait un siège en règle. La force de la garnison et la solidité des retranchements nous sont également inconnues. Tout ce que nous savons, c'est que le major Philipson soutint avec un grand courage un siège de huit mois jusqu'à ce que son frère, le colonel, eût levé un régiment, et fût venu le secourir.

«Ce fut alors au lour du major à user de représailles. 11 se mit donc à la tête d'une petite troupe de cavaliers, el marcha yers Kendal. Là apprenant que le colo-

9m ROKEBY.

ncl Briggs éluii à l'olTice, car c^était un dimanche malio, il plaça ses hommes da manière à garder toutes les issues, et lui-même il se dirigea armé v ers l'église. Ce n'était probablement pas une église véritable, mais quelque vaste emplacement. On dit qu'il avait dessein de prendre le colonel et de l'emmener; mais comme il semble que ce dessein aurait été tout à fait impraticable, il est plus probable que son intention était de le luer sur place, et de s'enfuir à la faveur du tumulte. Si telle était son intention, il ne put l'exécuter, car Briggs se trouvait n'être pas à l'église.

« La congrégation, comme on doit s'y attendre, s'abandonna à la confusion en voyant un homme armé paraître à cheval au milieu du lieu saint ; et le major, profitant de la surprise générale, tourna bride et s'en alla tranquillement. Mais l'alarme avait été donnée, et il fut assailli en sortant de l'église. On le saisit, on coupa les sangles de son cheval, et il se trouva démonté.

«A ce moment sa troupe fit une attaque furieuse contre les assaillants, et le major tua de sa propre main l'homme qui l'avait saisi, remit sa selle, bien qu'elle n'eût plus de sangles, sur son cheval, et s'élançant dessu.», s'enfuit à toute bride par les rues de Kendal, exhortant ses gens à le suivre ; puis avec toute sa troupe il se retira sain et sauf dans sa retraite au milieu du lac. A ce fait on reconnut l'homme. Bien des gens le connaissaient d'ailleurs, et les autres comprirent fort bien qu'une pareille tentative ne devait être attribuée qu'à Robin-le- Diable »

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