VIT
Les guerriers qu'on avait envoyés à la découverte; accourant à toute bride et harassés de Liddesdale, confirmèrent ces nouvelles. Autant qu'ils avaient pu en juger à la vue , trois mille Anglais en armes arriveraient sous trois heures sur les bords du
Téviot. . . d'un autre côté plusieurs bandes de guerriers accouraient de Téviot, d'Aill et de la forêt d'Ettrick, au secours de la châtelaine. Ils s'empressaient de s'armer et de monter en selle; ils piquaient de l'éperon à travers les marécages et les enclos, et celui qui arrivait le dernier au lieu du rendez-vous était mal vu de sa dame.
Depuis les flots argentés du beau lac de Sainte-Marie, des hauteurs sombres et afl'reuses de Gamescleugh , le vaillant Thirlestane rassemblait ses braves lances sous sa brillante bannière (10). Il avait droit à entourer son écu d'une bordure de fleurs de lis depuis que le roi Jacques, campé sur la pelouse de Fala, lui accorda cette glorieuse distinction pour sa tidélité pendant les dissensions féodales; au temps où les barons d'Ecosse refusèrent tous obstinément, à l'exception du seul Thirlestane, de marcher contre l'Angleterre. De là, en souvenir de cette noble action , un faisceau de lances surmonte son cimier , et l'on voit briller sur un champ d'azur sa noble devise... « Prêt, toujours prêt. »
Un chevalier en cheveux blancs, endurci aux dangers, arriva à la tête d'une troupe nombreuse de maraudeurs; son écu d'azur portait, sur un champ d'or, les étoiles et le croissant, mais on n'y voyait point la bande de Murdieston (11). Ses terres s'étendaient au loin dans les environs de la tour d'Oakwood et autour du château d'Ower, hanté par les esprits. Son manoir, entouré de bois, s'élevait au dessus du torrent de Borthwick 5 dans la sombre vallée creusée à une gran Je profondeur au dessous, mugissent les troupeaux enlevés à l'Angleterre, pour nourrir les intrépides guerriers qu'il a à sa solde, et achetés au prix du sang et de dangers sans nombre. Chef de maraudeurs, les excursions à la
b2 LE LAI DU DERNIER MÉNESTREL,
clarté de la lune, le combat au point du jour sont sa seule jouissance; lés charmes mômes de la fleur de l'Yarrow ne pouvaient dans sa jeunesse surmonter sa passion pour les armes; et quoique avancé en âge il ne pouvait souffrir le repos, et il n'était content que le casque en tète, quoique les boucles de cheveux qui s'en échappaient fussent aussi blanches que la neige éblouissante du Dinlay. Quatre guerriers d'une taille imposante s'avançaient le sabre en main à la tète de la troupe de leur père. Jamais chevalier plus brave que lord Harden n'avait ceint l'épée.
Les Scott d'Eskdale , guerriers intrépides (12j , descendirent en foule du Todshawbill. Ils avaient gagné leurs terres par le fer et les défendaient encore par le fer. Ecoutez , nobles dames, le récit de la manière dont vos ancêtres acquirent la possession de la belle vallée d'Eske.... Le comte Morton en était le seigneur: il y avait les Beattison pour vassaux. Le comte était d'un caractère bon et doux, ses vassaux étaient belliqueux, fiers et insolents : ailiers et présomptueux, ils s'embarrassaient peu d'un seigneurlige aussi faible. Le comte vint dans Eskdale pour réclamer d'eux, foi et hommage : il demanda à Gilbert-le-Gaillard, un hériot' et lui dit : « Donne-moi ton meilleur coursier, comme le doit un vassal. » — « Mon bon coursier blanc m'est cher : il m'a souvent été d'un grand secours au moment du danger. Quoique tu sois seigneur et comte, je pense que je puis encore mieux monter Bucksfoot que toi.... » De paroles en paroles ils s'échauffèrent jusqu'à ce que la fureur des Beattison fut portée à un tel degré que, si le comte n'eût pris la fuite, les vassaux auraient massacré leur seigneur. Il joua fort du fouet et de l'éperon en lançant son coursier à travers les marais d'Eskdale-, et l'animal, épuisé de
1 Le seigncur-li[;c ùail en droit dans certains cas d'exiger, sous le nom d'Hériot, de son vasîûl, le iLcilleur cl;cval (jue celui-ci eût en sa possession, a. m.
fatigue, vint tomber comme une masse juste à la porte du château de Branksome.
Le comte ne se possédait pas de colère : il voulait être vengé ;i tout prix. S'adressant avec chaleur au seigneur de Branksome, il lui dit :« Prends ces traîtres sous ton joug; je te vends en toute propriété la vallée d'Eskdale pour un vol d'oiseaux de fauconnerie et une bourse d'or : mal t'en prenne si tu laisses dans la vallée d'Eske un pouce de terre à un homme du clan des Beatt:son ; mais, épargne seulement les (erres de AVcodkerrick, car il m'a prêté son cheval pour me fournir le moyen de m'échapper. -• S'il fut jamais un homme joyeux, ce fut en ce moment l'intrépide Branksome. Il lui jette la bourse d'or; et bientôt après il presse les flancs de son coursier vers la vallée d'Eske, suivi de cinq cents cavaliers.il laissa ses braves soldats cachés par le brouillard de la coUine, leur ordonna de se tenir serrés et en silence, et descendit seul dans la plaine, pour aller trouver le Galliard et. tout sou clan. Il s'adressa ainsi à Gilbert: » Reconnais-moi pour ton seigneur-lige et pour ton chef 5 ne te conduis pas avec moi comme avec le faible Morton-, car les Scott sont les plus forts au jeu de la guerre. Donne-moi paisiblement l'hériot qui m'est dû, ton bon coursier blanc, ou tu te repentiras de ton refus. Si je sonne trois fois de mon cor, Eskdale se souviendra long-temps de ces sons....»
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Le Beattison lui rit au nez avec mépris : « Nous nous embarrassons fort peu des sons de ton cor. Jamais le Galliard ne sera réduit à céder son coursier à un orgueilleux Scott. E.etourne-t'en à pied à Branksome, avec tes éperons rouilles et les bottes crottées. » Le cor du baron retentit avec tant de ^orce, que le cerf en tressailUt dans les bois éloignés de Craikcrcss. A !a seconde fois
qu'il en sonna, le son fut si perçant, qu'on aperçut des lances à travers le brouillard grisâtre de la montagne, et il retentit avec une telle violence à la troisième, que les échos de Pentoun-Linn y répondirent, et tous ses cavaliers arrivèrent rapidement autour de lui. Alors vous eussiez vu un terrible choc, dans lequel des selles furent vidées, des lances rompues. Pour chaque parole insolente du Galliard un Beattison fut étendu sur la poussière. Le baron tira sa bonne lame et la plongea de part en part dans le corps de Gilbert. Le lieu où le sang des Beattison se mêla aux flots du ruisseau est appelé aujourd'hui le Galliard's Haugh. Les Scott dispersèrent le clan des Beattison ; ils ne laissèrent de terre dans la vallée d'Eske qu'à un seul d'entre eux. La vallée de l'Eske, depuis son embouchure jusqu'à sa source, fut perdue et gagnée au sujet de ce bon coursier blanc.
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On vit arriver Whitslade le Faucon, Headshaw, et plus de guerriers que je n'en pourrais nommer. Depuis Yarrow-CIeugh jusqu'à Hindaw-Swair, de WoodhouseUe à Chester-GIen, s'agitaient les hommes et les chevaux , les arcs et les lances ; leur mot de ralliement était Bellenden (13). Jamais, sur la frontière, plus mâles courages ne s'avancèrent à l'assaut ou à la recousse. La dame de Branksome vit avec orgueil arriver tous ces secours ^ elle ordonna qu'on amenât son fils, pour qu'il connut les amis de son père et apprît à faire face à ses ennemis. « L'enfant est en âge d'assister aux comhats; je l'ai vu bander une dure arbalète, et sa flèche sûre alla frapper au loin le nid du corbeau perché sur le rocher. La croix rouge qui couvre la poitrine d'un Anglais est plus large que le nid du corbeau : toi, Whislade, tu lui apprendras à manier son arme et le couvriras du bouclier de son père. »
Vous pouvez penser que le page imposteur n'avait pas grande envie de se présenter devant la clairvoyante dame. Il contrefit une peur d'enfant, cria, versa des larmes en abondance, gémit et se lamenta d'une manière effrayante. Les gens du château dirent à la dame de Buccleuch qu'il fallait que quelque esprit eût changé le caractère de l'enfant, qui avait coutume d'être si assuré et si hardi. La noble dame rougit d'indignation et de honte. « Qu'il parte avant que le clan s'aperçoive de sa lâcheté; qu'on l'amène à Buccleuch. Watt Tinlinn, guide ses pas sur les bords solitaires du Rangleburn. Il faut que quelque esprit malin ait maudit notre race pour qu'un poltron ait pu naître de moi.
Ce fut pour Watt Tinlinn une rude tâche que de conduire le faux enfant. Dès que le palefroi sentit le poids de son diabolique cavalier, il dansa , se cabra et donna des ruades, sans obéir en aucune manière au mors et aux rênes. Watt Tinlinn eut beaucoup de peine à faire avec lui seulement un raille d'Ecosse. Mais, comme ils traversaient un ruisseau peu profond, le lutin, au milieu du courant changea de forme, comme ces figures que l'on voit se métamorphoser en rêve, et s'enfuit en criant : « Perdu I perdu î perdu ! » Le malin page riait aux éclats, fuyait avec la rapidité de l'éclair j mais, plus prompte encore, une flèche longue d'une verge partit en sifflant de l'arc de Tinlinn^, et lui perça l'épaule de part en part. Quoique l'esprit malfaisant ne put être tué, et que la blessure guérît bientôt, cependant elle lui arrachait dans sa course des cris effrayants, et Watt Tinlinn, frappé d'horreur, retourna à toute bride à Branksome.