‹ Œuvres de Walter ScottChapitre 8 sur 31 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Il arriva bientôt sur le bord escarpé de la colline qui doniice

liG LE LAI DU DERNIER MÉNESTREL.

les tours et le bois de Branksome : et les cris de guerre qui retentissaient au dessous de lui, lui annoncèrent l'approche des ennemis. Dans la sombre épaisseur du bois, les cornemuses de la frontière mêlaient leurs sons à celui du cor. Il reconnaissait le hennissement des coursiers, et le pas cadencé d'une troupe de fantassins en marche. De temps en temps le retentissement grave et sévère de la tymbale d'Almain se faisait entendre -, les hautes bannières d'un rouge éclatant se montraient au dessus du taillis -, et les casques, les boucliers et les lances brillaient à travers le verd feuillage de l'aubépine.

XYII.

Les fourrageurs, légèrement armés^ caracolaient en avant pour reconnaître le terrain. On voyait avancer derrière eux, serrant leur rang et présentant un front imposant, les archers de Kendal, habillés de vert, et attentifs aux sons du cor. Pour appuyer et protéger le corps des archers, venaient ensuite les hallebardiers de lord Dacre, race aguerrie, née sur l'Irthing : ils étaient vêtus de jaquettes blanches ornées d'une croix, et rangés en bataille sous la haute bannière, qui flotta sur les murs conquis d'Acre. Les ménestrels, rangés avec ordre, jouaient l'air : Le noble lord Dacre réside à la frontière.

Derrière les hallebardes et les arcs anglais, les troupes mercenaires, d'un pas lent et assuré , s'avançaient au combat en rangs serrés. Ils étaient conduits par Conrad de Wolfenslcin . qui les avait amenés des bords éloignés du Rhin, et avait vendu leur sang à la solde de l'Angleterre. Ils n'avaient d'au(res foyers que les camps, d'autre loi que l'épée ; ils ne reconnaissaient ni souverain ni patrie (14). Ils n'étaient point armés comme les fils do la vieille Angleterre, mais le mousquet lançait entre leurs mains

la foudre 5 ils portaient un justaucorps de buffle orné de fronçures et de broderies , la poire à poudre et l'écharpe ; ils avaient le genou droit nu , pour pouvoir monter plus aisément à l'assaut; et, dans leur dur langage, ils chantaient pendant la marche les hymnes guerriers de la Germanie.

Mais le bruit augmenta, et les cornemuses des ménestrels retentirent avec encore plus de force, lorsque la cavalerie de lord Howard vint à déboucher du taillis : ces hommes d'armes portant la lance et l'épée, formaient la brillante arrière-garde. On y apercevait maints jeunes chevaliers brûlant de gagner leurs éperons et portant à leur cimier le nœud de rubans ou le gant , ce gage d'amour de leurs dames. Ils s'avancèrent ainsi dans une tenue magnifique, j usqu'à ce qu'ils eussent déployé leur longue ligne de bataille : alors ils tirent halte et se mirent à crier : « Saint-George pour la joyeuse Angleterre I >•

Alors tous les yeux des Anglais se portèrent attentivement sur les tours armées de Branksome. Ils en étaient si près qu'ils entendaient crier les arbalètes dans les rudes efforts qu'on faisait pour les bander sur les créneaux, et partout brillaient les haches , les lances et les pertuisanes. Sur toutes les tours le faucon et la coulevrine se tenaient prêts à faire pleuvoir la mort; et des armures éclatantes s'agitaient en tous sens à travers les noirs tourbillons de fumée que la poix et le plomb fondu, bouillant comme le chaudron embrasé d'une sorcière, vomissaient du haut des tours et des tourelles. Tandis qu'ils regardent, le pont-levis s'abaisse, le guichet s'ouvre, et le vieux sénéchal sort à cheval des murs du château.

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