LIVRE SECOND
qui gouvernez des provinces; vous qui, du haut des tours de vos palais , parcourez la terre d'un regard insolent, et qui vous dites à vous-mêmes avec orgueil : Tout ce que je vois est à moi ; cet empressement pénible des peuples est pour moi ; car je suis leur maitre y et mon aspect les fait -trembler. Répondez 1 pour qui les doux plaisirs coulent-ils du sein de cette paisible retraite , de ces fertiles campagnes et de toute la belle naturel Pour qui les ruisseaux font-ils entendre leur murmure % Pour qui la fraîcheur des ombres et la chaleur du soleil ont-elles des . douceurs ravissantes 1 Est-ce pour vous , monarques , ou pour le pauvre berger qui repose sur l'herbe y entouré de sofi troupeau % Il goûte le repos , et il respire le ravissement ; satisfait de ce.qn'il possède > il ignore qu'il est pauvrjB \ et quan,d il seroit le maître de toute la tei^re y pourroit-elle procurer plus de plaisir à celui qui est déjà contenta Cette admirable et bienfaisante nature est pour jlui une source intarissable de plaisirs et. de biens. Ni l'ojfgueil y ni l'ambition ,
^O DAPHMIS.
ni la cupidité , ne le rendent mécontent de sa fortune. Son esprit tranquille et son Cœur droit répandent sans cesse les plai* Ars devant lui ^comme tu répands y 6 soleil du matin ! l'éclat qui t'environne sur les campagnes baignées de rosée. Ne soyez point irrités , è Dieux ! si je me suis cru malheureux y et si j'ai pleuré ; si ^ en quit« tant Crotone , j'ai encore tourné un œil mouillé de larmes vers les murs paternels, Cest par un chemin sombre et fangeux que vous m'avez conduit dans des campa^ gnes délicieuses. O ruisseaux! c'est sur vos bords que je vais goûter le repos :
et vous , arbres , recevess-moi sous la frai* cheurde vos ombres. Cabanes rustiques , soyez ouvertes à un étranger qui va passer doucement sa vieillesse avec vos habitans ^ plus dignes d'envie que les rois. Coulei sans cessç , torrens de volupté ! Je vous apporte un esprit serein et pur; serein comme le ciel , lorsqu'il n'est obscurci par aucun nuage ; pur comme un lac que les plus petits ilôts sillonnent à peine , et datts lequel lé ciel et toute là contrée se pei-
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gnent. Oui , paisibles ruisseaux ^^dest pr^ de vofiis que je Tais, plein de transport , plein de reconnoissance envers les dieux , repasser ma vie. Mes pensées la paroour'* ront arec joie : heureux de ce qu'elles n'ont à frémir d'aucun crime ! Mes jours s'écon<* leront ici comme tos ondes tranquilles ; ils se faneront doucement , comme se fane une rosé qui exhale en mourant ses demierf parfuma.
Ainsi parla le vieillard y pénétré du ra« vissement le plus délicieux ; et après avoir jeté encore une fois sur tonte la contrée Ses yenx remplis dé larmes de joie , il descendit du coteau pour régaler à pa^ lentA la cabftHe d'Amyntas.
Duphnia et son père le reçurefnt en ^emf brasjEiant t éé^: le diner champêtre l'aH^n^ doit. Ces honnêtes vieillards » se tenant pair la maiiiy s'àsshrent à table , et Daphniss'y assit ausfti»;!! ste hâta d'appaiser sa faimi puis il laissa les vieillards »qui s^entrete« noient avec amitié , et «oufut vei^ le flenv ye y 'qu^il passai précÂp^mmeitt pour revoiir •a chère Philia» lit lur^ive bilent6t> à l<i^ fon*
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tAÎne; mais il n'y trouve pas sa Philis; il {ette des regards de tous côtés ; et > quei fut son trouble ! Les noms qu*il avoit gra.
▼es sur récorce des arbres.... illes trouva effacés. Dieu! s'écria-t-il , en tremblant, est-ce-là le funeste avant-coureur deqitelr que affreuse disgrâce % Ah ! pourvu que ma Philis ne soit menacée d*aacun malheur l pourvu. .. . Mais y hélas ! où èst-elle ? Je crains y je frissonne. Nos amours ne sontils pas menàcésl Ainsi pafloit Daphnis , agité par son inquiétude , lorsque Lamôn sortit du bocage : Que viens-tu faire ici i Daphnis ? lui dit -il ; qui; cherches- tu?
Philis , sans doute. £h bien ! tu l'attends en vain. Philis ne t'aime plus. Tu pâlis :
l'in£[delle ! . . . . Non , elle ne t'aime plus : j'ai triomphé de son amour ; je hii ai donné mon grand troupeau ,• tontes mes prairies ; )St maintenant elle m'aime. Oui, elle m'aime, cette belle enfiant. Tu vois les arbres sur lesquels leos noms étoient graVéé. Phif ^is et moi, étant ici- ensemble ce matin au lever de l^anrorev ;nous^en avons coupé tes écorcesi. Adieu '^ 'Daphnis , di8oii.elIe